Coat of ArmsThe Apprentice's Book — Le Livre de l'Apprenti


By Oswald Wirth

(Translated by Bro. Vincent Lombardo)

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Source: www.masoniclib.com





Oswald Wirth

LE LIVRE DE L'APPRENTI

MANUEL A L'USAGE DES NOUVEAUX INITIÉS

publié par la L∴ TRAVAIL & VRAIS AMIS FIDÈLES

En vente sur justification maç∴


AUX ÉDITIONS RHÉA

21, Rue Cujas, PARIS (Ve)

1894


 

Oswald Wirth

The Apprentice's Book

MANUAL FOR THE USE OF NEW INITIATES

published by the L∴ TRAVAIL & VRAIS AMIS FIDÈLES

On sale upon Masonic Proof:


AT ÉDITIONS RHÉA

21, Rue Cujas, PARIS (Ve)

1894


Voir aussi:Le Livre du Compagnon et Le livre du MaîtreSee also: The Fellowcraft's Book and The Master's Book


INDEX


Remarque, page 4.

Aux nouveaux initiés, page 5.

Interrogations rituelles aux Frères Visiteurs, page 6.


Connaissances philosophiques sur l'histoire générale de la Franc-maçonnerie, page 8.

La situation maçonnique en 1920, page 48.

Maçonnerie étrangère, page 56.

L'avenir de la franc-maçonnerie, page 65.

L'initiation maçonnique, page 66.

Conceptions philosophiques relatives au ritualisme des apprentis, page 78.

Fonctions de l'apprenti maçon, page 81.

Catéchisme interprétatif du diplôme d'apprenti, page 85.

Premiers éléments de la philosophie initiatique, page 92.

 


INDEX


Note, page 4.

To the New Initiates, page 5.

Ritualistic Interrogations to the Visiting Brethren, page 6.

Philosophical Knowledge on the General History of the Freemasonry, page 8.

The Masonic Situation in 1920, page 48.

Foreign Masonry, page 56.

Future of Freemasonry, page 65.

The Masonic Initiation, page 66.

Philosophical Concepts Relating to Ritualism of the Apprentice Degree, page 78.

Duties of the Apprentice Mason, page 81.

Interpretive Catechism of the Apprentice Degree, page 85.

Main Elements of Initiatic Philosophy, page 92.

*


REMARQUE

Le présent manuel a été publié pour la première fois en 1894: mais ses auteurs en avaient conçu l'idée dès 1888, lors de la fondation du Groupe maçonnique d'Études Initiatiques, dont la L∴ Travail et Vrais Amis fidèles devait adopter la programme en 1897.
 Le Livre de l'Apprenti fut tiré tout d'abord à 3.000 exemplaires, qui s'écoulèrent peu à peu jusqu'en 1908. Il fallut preparer alors une nouvelle édition de 5.000 exemplaires. Elle comporta un remaniement de la partie historique, qui fut mise en harmonie avec les conquêtes les plus récentes de l'histoire maçonnique.
 La troisième édition se trouva retardée par les circonstances jusqu'à fin 1920. Le texte de 1908 y est maintenu, sauf quelques légères retouches et l'adjonction de quelques pages consacrées aux événements qui ont bouleversé le monde à partir de 1914.

 


NOTE

This manual was first published in 1894: but its authors had conceived the idea as early as 1888, when the Masonic Group of Initiatic Studies was founded, the program of which was to be adopted in 1897 by the Lodge Travail et Vrais Amis Fidèles.
 The Apprentice Book was first printed in 3,000 copies, which little by little ran out by 1908. It was then necessary to prepare a new edition of 5,000 copies. It included a reworking of the historical part, which was brought into harmony with the most recent conquests of Masonic history.
 The third edition was delayed by circumstances until the end of 1920. The 1908 text is maintained there, except for a few slight alterations and the addition of a few pages devoted to the events which upset the world starting from 1914.

*


AUX NOUVEAUX INITIÉS


TT∴ CC∴ FF∴,
 En vous initiant à ses mystères, la F∴ M∴, vous convie à devenir des hommes d'élite, des sages ou des penseurs, élevés au-dessus de la masse des êtres qui ne pensent pas.
 Ne pas penser, c'est consentir à être dominé, conduit, dirigé et traité trop souvent en bête de somme.
 C'est par ses facultés intellectuelles que l'homme se distingue de la brute. — La pensée le rend libre: elle lui donne l'empire du monde. — Penser, c'est régner.
 Mais le penseur a toujours été un être d'exception. — Jadis, lorsque l'homme a eu le loisir de se livrer au recueillement, il s'est perdu dans le rêve; de nos jours, il tombe dans un excès contraire. La lutte pour la vie l'absorbe, au point qu'il ne lui reste aucun temps pour méditer avec calme et cultiver l'Art suprême de la Pensée.
 Or cet Art appelé le Grand Art, l'Art Royal ou Art par excellence, il appartient à la F∴ M∴ de le faire revivre parmi nous.
 L'intellectualité moderne ne peut pas continuer à se débattre entre deux enseignements qui excluent l'un et l'autre la pensée: entre les églises basées sur la foi aveugle et les écoles qui décrètent les dogmes de nos nouvelles croyances scientifiques.
 Alors que tout conspire pour épargner à nos contemporains la peine de penser, il est indispensable qu'une institution puissante ravive le flambeau des traditions qui s'oublient. — Il nous faut des penseurs, et ce n'est pas notre enseignement universitaire qui en forme.
 Le penseur n'est pas l'homme qui sait beaucoup. Il n'a point la mémoire surchargée de souvenirs encombrants. C'est un esprit libre, qu'il n'est besoin ni de catéchiser ni d'endoctriner.

 Le penseur se fait lui-même: il est le fils de, ses œuvres. — La F∴ M∴, le sait, aussi évite-t-elle d'inculquer des dogmes. — Contrairement à toutes les églises, elle ne se prétend point en possession de la Vérité. — En Maçonnerie, on se borne à mettre en garde contre l'erreur, puis on exhorte chacun à chercher le Vrai, le Juste et le Beau.
 La F∴ M∴, répugne aux phrases et aux formules, dont les esprits vulgaires s'emparent pour s'attiffer de tous les oripeaux d'un faux savoir. — Elle veut obliger ses adeptes à penser et ne propose, en conséquence, son enseignement que voilé sous des allégories et des symboles. Elle invite ainsi à réfléchir, afin qu'on s'applique à comprendre et à deviner. Efforcez-vous donc, TT∴ CC∴ FF∴, de vous montrer devins, dans le sens le plus élevé du mot. — Vous ne saurez en Maçonnerie que ce que vous aurez trouvé vous-mêmes.
 Rigoureusement, il devrait être superflu de vous en dire plus long. — Mais, étant données les dispositions si peu méditatives de notre temps, des Maçons expérimentés ont cru devoir venir en aide à la pesanteur trop commune de l'esprit actuel.
 Ils ont donc entrepris de rendre la F∴ M∴, intelligible à ses adeptes. — Après avoir publié déjà un Rituel Interprétatif pour le Grade d'Apprenti, ils font paraître le présent Manuel qui sera suivi du Livre du Compagnon et du Livre du Maître.

 Leur tâche est ingrate, mais ils comptent sur l'appui et le concours de tous ceux qui sentent le besoin d'une régénération initiatique de la F∴ M∴, — Ils se montreront profondément reconnaissants des conseils et des renseignements qu'on voudra bienfaire parvenir à la L∴ Travail et Vrais Amis Fidèles.

 8, rue Puteaux.
 O∴ de Paris XVIIe

 


TO THE NEWLY INITIATED


Very Dear Brethren,
 By initiating you into its mysteries, Freemasonry invites you to become elite men, wise men, or thinkers, raised above the mass of beings who do not think.
 Not to think is to consent to be dominated, led, directed, and treated too often as a beast of burden.
 It is by his intellectual faculties that man is distinguished from the brute. — Thought makes him free and gives him the rule of the world. — To think is to reign.
 But the Thinker has always been an exception. — In the past, when man had the leisure to devote himself to meditation, he got lost in dreams; nowadays it falls into the opposite excess. The struggle for life so absorbs him that there is no time left to calmly meditate and cultivate the supreme Art of Thinking.
 Well, this Art, called the Great Art, the Royal Art or Art par excellence, it is up to Freemasonry to revive it among us.

 Modern intellectuality cannot continue to grapple between two teachings which both exclude thought: between churches based on blind faith and schools which decree the dogmas of our new scientific beliefs.
 Now that everything conspires to spare our contemporaries the trouble of thinking, it is essential that a powerful institution rekindle the torch of forgotten traditions. — We lack thinkers, and it is not our university education that can form them.
 The thinker is not the man who knows a lot. His memory is not overloaded with cumbersome memories. He is a free spirit, who has no need to be catechized or indoctrinated.
 The thinker is formed by himself: he is the son of his works. — Freemasonry knows it and avoids instilling dogmas in him. — Unlike all churches, it does not claim to be in possession of the Truth. — In Masonry, we limit ourselves to warning against error, then we urge everyone to seek the True, the Just and the Beautiful.
 Freemasonry is loath to phrases and formulas, which vulgar minds seize on to feast on all the tinsel of false knowledge. — It wants to force her followers to think and, therefore, offers its teaching under the veil of allegories and symbols. It thus invites reflection, so that we apply ourselves to understanding and discovering. Strive therefore, very dear Brethren, to show yourself diviners, in the highest sense of the word. — You will only know in Masonry what you have found by yourselves.
 Strictly speaking, it should be superfluous to tell you more. — But, given the so little meditative dispositions of our time, experienced Masons have thought it necessary to come to the aid of the too common gravity of the current spirit.

 They therefore set out to make Freemasonry intelligible to its followers. — After having already published an Interpretative Ritual for the Apprentice Degree, they now publish this Manual which will be followed by the Book of the Fellowcraft and the Book of the Master.
 Their task is thankless, but they count on the support and the help of all those who feel the need for an initiatory regeneration of Freemasonry. — They will show themselves deeply grateful for the advice and the information which anyone wishes to send to the Lodge Travail et Vrais Amis Fidèles [Work and True Faithful Friends].
 8, rue Puteaux.
 Orient of Paris XVII

*



QUESTIONS RITUÉLIQUES
A POSER AUX FF∴ VISITEURS

Lorsqu'un Maçon se présente pour prendre part aux travaux d'une L∴, il n'obtient l'entrée du T∴ qu'après avoir été tuilé par le Fr∴ G∴ E∴
 En entrant, il exécute la marche et les saluts d'usage, puis il reste debout et à l'ordre entre les deux colonnes, jusqu'à ce qu'il soit invité à prendre place.
 A cette occasion, le Vén∴ pourra poser au Fr∴ les questions suivantes, auxquelles il devra savoir répondre:

 D. — Mon Fr∴, d'où venez-vous?
 R.— De la L∴ Saint Jean, Vén∴ M∴
 D. — Que fait-on à la L∴ Saint Jean?
 R. — On y élève des temples à la vertu, et l'on y creuse des cachots pour les vices.
 D. — Qu'en apportez-vous?
 R. — Salut, prospérité et bon accueil à tous les frères.

 D. — Que venez-vous faire ici?
 R. — Vaincre mes passions, soumettre mes volontés et faire de nouveaux progrès dans la Maçonnent.
 Le Vén∴ — Prenez place, mon Fr∴, et soyez le bienvenu au sein de cet atelier qui reçoit avec reconnaissance le concours de vos lumières.
 Les auteurs qui ont étudié la F∴ M∴, dans son ésotérisme, c'est-à-dire dans son enseignement caché, ont beaucoup insisté sur l'importance de la question: D'où venez-vous?
 Elle doit être prise par le penseur dans son sens le plus élevé et conduire ainsi au problème de l'origine des choses.
 L'Apprenti doit chercher d'où nous venons, tout comme le Compagnon devra se demander ce que nous sommes et le Maître où nous allons.
 Ces trois questions formulent l'éternelle énigme que toute science et toute philosophie tendent continuellement à résoudre. Nos efforts ne peuvent aboutir qu'à des solutions provisoires, destinées à apaiser momentanément notre soif de curiosité. Mais bientôt nous concevons la vanité des réponses dont nous nous étions contentés, et nous cherchons toujours, sans nous bercer jamais d'illusion en croyant que nous avons trouvé.
 Semblable au légendaire Juif errant, l'esprit humain marche toujours. Mais lorsque les hommes se groupent entre eux, leur lien social découle essentiellement des idées qu'ils se font du passé, du présent et de l'avenir des choses.
 Il y a donc obligation pour le penseur d'éclairer à ce point de vue ses contemporains. Comme Œdipe, il doit savoir répondre aux interrogations du Sphinx, à moins qu'à l'exemple d'Hercule, il sache tromper la faim de Cerbère, en lançant à pleines poignées la terre du sol dans la triple gueule du gardien des enfers.
 La question d'où venez-vous, n'a pas uniquement une portée philosophique: le Rituel y répond en nous reportant à l'Histoire de la Franc-Maçonnerie. — Notre institution dérive, en effet, des confraternités de Saint Jean, titre que portaient au Moyen-Age les corporations constructives auxquelles nous devons tous les chefs-d'œuvres de l'architecture ogivale.
 On a en outre voulu voir dans Saint Jean le Janus des Latins. Ce dieu à double visage symbolisait le principe permanent, pour qui le passé et l'avenir ne font qu'un. Son image doit engager les Maçons à regarder en arrière, en même temps qu'en avant; car, pour préparer à l'humanité les voies du progrès, il faut tenir compte des leçons de l'histoire.

 



RITUALISTIC QUESTIONS
TO ASK THE VISITING BRETHREN

When a Mason shows up to take part in the work of a Lodge, he is not allowed to enter until after he has been tuilé [examined] by the Brother Expert.
 On entering, he performs the step and the customary salutes [sign], then he remains standing and to order between the two columns, until he is invited take a seat.
 On this occasion, the Worshipful Master will be able to ask the visiting Brother the following questions, to which he must know how to answer:
 Q.- My brother, whence come you?
 A.- From the Saint John Lodge, W. Master.
 Q.- What is done in a Saint John Lodge?
 A.- Temples are raised there to virtue, and graves are dug for vices.
 Q.- What do you bring from there?
 A.- Health, prosperity and a warm welcome to all the brethren.
 Q.- What are you here to do?
 A.- To overcome my passions, control my wishes, and make new progress in Masonry.
 The W. Master: Take a seat, my brother and be welcome to this atelier [quarry], which receives with gratitude the contribution of your lights [knowledge].
 The authors, who have studied Freemasonry in its esotericism, that is to say in its occult teaching, have insisted a lot on the importance of the question: whence come you?
 It must be taken by the thinker in its highest sense and thus lead him to the problem of the origin of things.
 The Apprentice must seek where we came from, just as the Fellowcraft must ask himself what are we? and the Master where are we going?
 These three questions formulate the eternal enigma that all science and all philosophy continually try to solve. Our efforts can only lead to temporary solutions, intended to momentarily quench our thirst for curiosity. But soon we conceive the fragility of the answers we were satisfied with, and we always seek, never deluding ourselves in believing that we have found them.
 Like the legendary Wandering Jew, the human mind is always on the move. But when men are grouped together, their social bond rests essentially on ideas that are made of the past, the present and the future of things.
 There is therefore an obligation for the thinker to enlighten his contemporaries on this point of view. Like Oedipus, he must know how to answer the questions of the Sphinx, unless, in imitation of Hercules, he knows how to deceive Cerberus's hunger, by throwing handfuls of earth into the triple jaws of the guardian of the underworld.
 The question whence come you? is not only philosophical in scope: the Ritual answers it by referring us to the History of Freemasonry. — Our institution derives, in fact, from the confraternities of Saint John, a title held in the Middle Ages by the builders' corporations to which we owe all the masterpieces of ogival architecture.
 It has also been wanted to see in Saint John the god Janus of the Latins. This double-sided God symbolized the permanent principle for which the past and the future are but one. His image should induce the Masons to look backwards as well as forward; because, in order to prepare the progress of humanity, it is necessary to take into account the lessons of history.

*


APERÇU PHILOSOPHIQUE SUR L'HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA FRANC-MAÇONNERIE
[PHILOSOPHICAL OVERVIEW ON THE GENERAL HISTORY OF FREEMASONRY]



Considérations préliminaires

Certaines idées sont susceptibles d'exercer une puissance attractive sur les individus isolés. Elles les groupent et deviennent ainsi le pivot intellectuel d'une association.
 Mais celle-ci ne saurait être constituée par le seul fait d'un groupement dépourvu de toute stabilité et de toute cohésion. Une agrégation d'individualités disparates ne peut être transformée en un tout permanent, que par l'intervention d'une loi organique instituant la vie collective.
 En toute association il faut donc distinguer l'idée et la forme.
 L'idée ou l'esprit agit en tant que générateur abstrait: c'est le père de la collectivité, dont la mère est représentée par le principe plastique qui lui donne sa forme.
 Ces deux éléments de génération et d'organisation sont représentés en Maçonnerie par deux colonnes, dont la première(masculine-active) fait allusion à ce qui établit et fonde, tandis que la seconde (féminine-passive) se rapporte à ce qui consolide et maintient.
 L'historien qui s'éclaire des lumières de la philosophie ne peut faire abstraction de ces deux facteurs essentiels. Pour lui, les annales de notre institution remontent au-delà de l'année 1717, date de la fondation de la F∴ M∴ moderne; car les idées, qui ont alors réussi à prendre corps, avaient inspiré, à des époques antérieures, de nombreuses tentatives de créations similaires.

 Une collectivité qui se fonde ne saurait, d'autre part, improviser son organisation. Tout être se constitue conformément à son espèce, et il bénéficie en cela de l'expérience ancestrale. Tout nouveau-né devient ainsi l'héritier d'une race antique, qui revit en lui, comme il a vécu lui-même dans toute la chaîne de ses devanciers.
 En se plaçant à ce point de vue, il est permis d'assigner à la F∴ M∴, une origine des plus anciennes, car elle se rattache à toutes les confraternités initiatiques du passé.
 Mais celles-ci paraissent issues des premières associations de constructeurs, comme on peut en juger d'après les circonstances qui ont donné naissance à l'art de bâtir.



Les Origines Maçonniques

La F∴ M∴, ne se livre plus, de nos jours, à des travaux de construction matérielle, mais elle dérive directement d'une confrérie de tailleurs de pierres et d'architectes, dont les ramifications s'étendaient au Moyen-Age sur toute l'Europe occidentale.
 En se transmettant les secrets de leur art, ces constructeurs se conformaient à des usages anciens. Ils pratiquaient des rites initiatiques, que les légendes corporatives faisaient remonter à la plus haute antiquité.
 Nous devons nous garder de prendre à la lettre ces traditions naïves. Elles tiennent du mythe et cachent le plus souvent un sens allégorique 1).
 Mais il suffit de réfléchir à l'influence exercée primitivement par l'art de bâtir, pour se faire une idée juste du rôle civilisateur que les plus anciennes associations maçonniques ont nécessairement joué.
 Ces associations se sont constituées dès que l'architecture est devenue un art. Elles furent appelées, sans doute, à construire tout d'abord les murs des villes primitives. Ces remparts en pierres taillées n'ont pu être l'œuvre que d'ouvriers exercés et groupés en tribus. On se figure volontiers ces artisans se transportant d'un lieu à l'autre pour exercer leur profession là où ils étaient appelés.
 Ils ne pouvaient manquer d'être associés pour deux raisons: d'abord, parce que toute construction importante ne saurait être l'œuvre d'individus isolés, et ensuite parce que la pratique de l'art de bâtir exige une initiation professionnelle.

 Il est donc évident que, dès les temps les plus reculés, les maçons ont formé des groupements corporatifs, et que, par la force même des choses, ils se sont divisés en apprentis, compagnons et maîtres.
 Quant à leur mission civilisatrice, elle s'est manifestée à un double point de vue:
 D'une part, les villes, protégées contre les assauts de la brutalité barbare par de solides murailles, devinrent des foyers d'activité pacifique, des asiles inviolables réservés à, une élite plus cultivée que la multitude du dehors.
 D'un autre côté, les maçons donnèrent l'exemple de l'association en vue d'un travail commun.
 On peut donc affirmer que l'Architecture est mère de toute civilisation 2) et c'est à juste titre que les anciens maçons considéraient leur art comme le premier et le plus estimable de tous.


1)   D'après une de ces légendes, Adam aurait été régulièrement reçu Maçon selon tous les rites, à l'Or∴ du Paradis, par le Père Éternel. C'est une manière de dire que la Franc-Maçonnerie a toujours existé, sinon en acte, du moins en puissance de devenir, vu qu'elle répond à un besoin primordial de l'esprit humain.

2)   La barbarie est l'état primitif d'insécurité, qui met le plus faible à la merci du plus fort. Les citadins se sont mis à l'abri des barbares, en se retranchant derrière d'infranchissables remparts. Une fois en sécurité, ils ont pu se civiliser en adoptant des lois protégeant le faible contre le fort. L'architecture est donc le facteur primordial de toute réelle civilisation.


L'Art sacré.

Primitivement tout a revêtu un caractère religieux. Mais l'art de bâtir était plus particulièrement empreint d'un caractère divin. Les hommes qui s'y livraient exerçaient un sacerdoce. Ils étaient prêtres à leur manière. — En taillant des pierres et en les assemblant pour élever des édifices sacrés, ils croyaient rendre un culte à la divinité.
 Toute construction utile était sainte: la détruire était un sacrilège et les plus anciennes inscriptions menacent de la vengeance des dieux tout homme impie qui s'attaquerait aux monuments.
 Les constructeurs avaient une religion à eux, entièrement basée sur l'art de bâtir. L'univers était à leurs yeux un immense chantier de construction, où chaque être est appelé à contribuer par ses efforts à l'édification d'un monument unique. — On se figurait un travail incessant, n'ayant jamais commencé et ne devant jamais finir, mais s'exécutant de toutes parts selon les données d'un même plan.
 De là vient l'Idée du Grand-Œuvre visant à la construction d'un Temple idéal, réalisant de plus en plus la perfection. De là, en outre, l'usage traditionnel parmi les maçons de consacrer leurs travaux à la Gloire du Grand Architecte de l'Univers.



Premières données historiques.

Nous ne possédons que des renseignements précaires sur les plus anciennes corporations constructives des peuples d'Orient. Mais il est singulier de rencontrer dans l'écriture accadienne le triangle Δ comme signe de la syllabe rou qui a le sens de faire, bâtir. — Si ce n'est qu'une simple coïncidence, elle est tout au moins frappante, et les Maçons enthousiastes pourront y voir un indice de la haute antiquité de leur symbolisme, car les monuments chaldéens dont il s'agit remontent à plus de 4500 ans avant notre ère.
 Les auteurs inconnus des plus anciens livres sacrés de la Chine n'ignoraient pas, d'ailleurs, la valeur symbolique du compaset de l'équerre, insignes du sage qui possède les secrets du Premier Constructeur et sait se conduire conformément à ses intentions 3).
 En Égypte le sacerdoce enseignait les sciences et les arts. Certains hiérophantes étaient plus spécialement ingénieurs et architectes. Les artisans placés sous leurs ordres n'avaient droit à aucune initiative.
 Les sculpteurs et les tailleurs de pierre furent beaucoup plus libres en Syrie. Ils y formaient des associations religieuses qui parcouraient toute l'Asie-Mineure pour élever partout des temples, selon la convenance des différents cultes.
 C'est ainsi que vers l'an 1000 avant J. C., Hiram, roi de Tyr, put envoyer à Salomon les ouvriers nécessaires à la construction du temple de Jérusalem, du palais royal et des murs de la cité. Ces mêmes constructeurs prirent part également à la fondation de Palmyre.
 Plus tard, l'architecture était exercée dans toute la Grèce par les pontifes dionysiens, dont Numa Pompilius perfectionna l'organisation vers l'an 715 avant l'ère chrétienne.
 Le législateur romain constitua des collèges de constructeurs, chargés d'exécuter tous les travaux publics. Ces corporations avaient leur autonomie et la loi leur garantissait de nombreux privilèges. Chacune d'elles pratiquait ses cérémonies religieuses particulières, appropriées au métier exercé par ses membres 4). Ceux-ci exerçaient toutes les professions nécessaires à l'architecture religieuse, civile, militaire, navale et hydraulique.
 Ces confraternités laborieuses se répandirent dans tout l'empire. Elles suivaient la marche des légions romaines pour construire des ponts, des routes, des aqueducs, des camps retranchés, des villes, des temples, des amphithéâtres, etc. Partout elles contribuaient à civiliser les peuples vaincus, en les instruisant dans les arts de la paix. Elles subsistèrent florissantes jusqu'à l'invasion des barbares.
 Au troisième siècle, Théophraste nous les dépeint dans les termes suivants: «D'après les traditions de la statuaire antique, les sculpteurs et tailleurs de pierres voyageaient d'un bout à l'autre de la terre avec les outils nécessaires pour travailler le marbre, l'ivoire, le bois, l'or et les autres métaux. La matière informe leur était fournie par les temples qu'ils élevaient sur des modèles divins» 5).


3)   R. F. Gould, A Concise History of Freemasonry, Londres, 1903, pp. 3 et 4.

4)   Plutarque, Vie des Hommes Illustres, Numa, 17.

5)   Théophraste, Vie d'Apollonius de Tyane, Traduction de Chassang, p. 202.



Le Christianisme.

Les religions professionnelles étaient conformes au génie du polythéisme gréco-romain; aussi, tant qu'il régna, nul ne put songer à demander compte aux corporations architecturales de leur enseignement religieux particulier. Il n'en fut plus de même lorsque le Christianisme, devenu avec Constantin religion d'État, prétendit fonder l'unité du culte et de la croyance.

 Le Suprême Architecte de l'Univers cadrait, sans doute, avec le monothéisme, qu'il semblait avoir devancé. Mais cette simplicité, ce vague propice aux adaptations contradictoires, ne devaient plus satisfaire la nouvelle religion qui formulait des dogmes impérieux et précis, auxquels, de toute nécessité, il fallait désormais se soumettre.

 Fidèles à leurs traditions, les constructeurs se gardèrent bien d'entrer en révolte contre la foi officielle 6). Ils se firent baptiser, tout en se réservant d'adapter secrètement le christianisme aux doctrines de la métaphysique architecturale. Ainsi prit naissance une hérésie occulte, parente du gnosticisme, qui s'abstint soigneusement de toute manifestation extérieure. Tout au plus en trouverait-on un indice dans cette facilité singulière avec laquelle les artistes byzantins et cophtes se mettaient indifféremment au service, d'abord des différentes sectes chrétiennes, puis des Musulmans.
 Extérieurement soumises à l'absolutisme chrétien, les associations constructives purent prospérer sous l'égide de l'Empired'Orient, alors qu'elles disparurent en Occident, submergées sous les flots des invasions barbares. Une période vint, où l'on fut bien plus préoccupé de détruire les édifices anciens, que d'en élever de nouveaux.
 Le Christianisme, cependant, ne tarda pas à s'imposer aux envahisseurs. L'architecture religieuse fut alors remise en honneur et de nouvelles écoles de constructeurs se constituèrent peu à peu, Elles donnèrent naissance au style roman.


6)   Les Vers d'Or de Pythagore débutent en prescrivant a l'Initié de rendre extérieurement aux dieux immortels le culte consacré, mais de garder intérieurement sa propre conviction.



Les Ordres monastiques.

Pendant de longs siècles, toute l'Europe occidentale fut en proie à la brutalité de guerriers ignorants, qui ne tremblaient que devant les fantômes de leur imagination grossière. Le clergé chrétien, appliquant en cela les traditions de tous les sacerdoces, apprit très rapidement à dominer ces esprits enclins aux terreurs superstitieuses. Il eut la hardiesse de menacer des conquérants farouches au nom d'un Juge céleste, dont la rigueur impitoyable ne pouvait être fléchie qu'à la faveur de donations pieuses. Ce fut là pour l'Église la source d'immenses richesses.
 On vit alors le Christianisme s'entourer d'un appareil fastueux. Après avoir grandi dans l'abnégation et dans la pauvreté, il voulut séduire par la magnificence. Les temples anciens, jadis saccagés par la cupidité des barbares ou renversés par la fureur iconoclaste des nouveaux croyants, devaient être relevés à la gloire du Dieu des chrétiens. Comme on n'avait jamais entièrement cessé de bâtir, les procédés du métier s'étaient conservés parmi les artisans; mais, lorsqu'il fut question de construire des édifices appropriés aux exigences imprévues du culte chrétien, on manqua tout d'abord d'architectes.
 Des moines instruits furent appelés ainsi à étudier l'architecture et leur habileté à tracer des plans ne tarda pas à s'affirmer. Certains abbés, en particulier ceux de la congrégation de Cluny, déployèrent même sous ce rapport un véritable talent. Rivalisant entre eux, ces prélats ne se contentèrent bientôt plus de constructions techniquement grossières, pour l'exécution desquellesils pouvaient avoir recours à des artisans de rencontre, sédentaires ou nomades. Lorsque, de simples murs en briques ou enmoellons, ils voulurent passer aux assemblages de pierres de taille, il leur fallut de toute nécessité former des artistes véritables, surtout quand l'ambition leur vint de frapper les esprits par la hardiesse de voûtes de plus en plus complexes.
 Les moines furent ainsi conduits à s'adjoindre, d'une manière permanente, des laïcs tailleurs de pierre, qui, en qualité de frères convers, portaient le froc et recevaient leur subsistance du couvent.



La Maçonnerie Franche.

Parmi les ouvriers soumis à la discipline monastique, les mieux doués ne manquèrent pas de s'assimiler des connaissances suffisantes pour leur permettre de diriger eux-mêmes les travaux de leurs compagnons. Il se forma ainsi des architectes laïques, d'un esprit d'autant plus indépendant, qu'ils prenaient davantage conscience de leurs capacités et de leur talent. Leur autorité ne tarda pas à primer celle des moines, qui virent peu à peu les confréries constructives se soustraire à leur tutelle.
 Des associations autonomes, rappelant à certains égards les collèges romains, purent ainsi se constituer. Cette évolution semble s'être accomplie tout d'abord en Lombardie, où les traditions antiques, toujours restées vivaces, ont pu d'autant plus facilement être remises en honneur que, par l'intermédiaire de Venise, l'influence byzantine s'exerçait puissamment dans cette région. Ce qui est certain, c'est que la ville de Côme resta longtemps le centre où affluaient les artistes soucieux de se perfectionneren l'art de bâtir. Leur ambition était de se faire initier aux secrets des magistri comacini, titre étendu au XIe siècle, d'une manière générique, à tous les constructeurs.

 On prétend, qu'en vue de faire consacrer leur indépendance, les associations architecturales laïques, unies entre elles par les liens d'une étroite solidarité, auraient sollicité du pape le monopole exclusif pour la construction de tous les édifices religieux dela chrétienté. Voulant encourager une aussi pieuse entreprise, la Cour de Rome aurait pris la confraternité maçonnique sous sa protection spéciale, en déclarant que ses membres devaient être partout exempts d'impôts et de corvées. Ce seraient ces franchises, que l'on dit octroyées par Nicolas III en 1277 et confirmées par Benoît XII en 1334, qui auraient valu aux protégés du Saint-Siège le nom de Francs-Maçons 7).


 Le patronage du Souverain Pontife expliquerait la faveur que la Maçonnerie franche rencontra auprès de tous les princes chrétiens. En ces temps de ferveur religieuse, ceux-ci ne pouvaient éprouver, d'ailleurs, que des sympathies pour les constructeurs d'églises, qui se répandirent progressivement en France, en Normandie, dans la Grande-Bretagne, en Bourgogne, puis en Flandre et sur les bords du Rhin, pénétrant de là dans toute l'Allemagne. Partout, ces associations ont laissé des monuments d'un style particulier, dit gothique, ou plus exactement ogival, chefs-d'œuvre, dont l'uniformité de caractère semble être l'indice d'une entente internationale, maintenue pendant des siècles entra les constructeurs éparpillés sur toute l'Europe occidentale. C'est ce qui fait dire a M. Hope, dans son Histoire de l'Architecture: «Les architectes de tous les édifices religieux de l'Église latine avaient puisé leur science a une même école centrale, ils obéissaient aux lois d'une même hiérarchie; ils se dirigeaient dans leurs constructions d'après les mêmes principes de convenance et de goût; ils entretenaient ensemble, partout où on les envoyait, une correspondance assidue, de sorte que les moindres perfectionnements devenaient immédiatement la propriété du corps entier et une nouvelle conquête de l'Art».


7)   Jusqu'ici, la preuve documentaire de ces allégations risquées n'a pas été fournie.



Les Confraternités de Saint-Jean.

Les architectes du Moyen-Age aimaient à célébrer les solstices, conformément à des usages remontant aux époques païennes les plus reculées. Afin de pouvoir rester fidèles à des traditions équivoques au point de vue chrétien, ils choisirent pour patrons les deux Saint Jean, dont les fêtes tombent aux époques solsticiales.
 On s'est demandé si, à l'abri de ce choix, l'antique culte de Janus n'avait pas retrouvé des adeptes plus ou moins conscients. De même que les deux saints solsticiaux, le dieu au double visage présidait à l'entrée du soleil dans chacun des hémisphères célestes. Janus était d'ailleurs le génie de tous les commencements, aussi bien des années et des saisons, que de la vie et de l'existence en général. Or, il ne faut pas perdre de vue que commencement se dit initium en latin. Les Initiés devaient donc voir la divinité tutélaire de l'initiation dans cet immortel préposé à la garde des portes (janua), dont il écartait ceux qui ne doivent pas entrer. Une baguette (baculum) lui servait à cet effet. Il tenait, en outre une clef, pour indiquer qu'il lui appartenait d'ouvrir et de fermer, de révéler les mystères aux esprits d'élite, ou de les dérober à la curiosité des profanes indignes de la connaître.
 Étymologiquement, Jean, il est vrai, ne provient pas de Janus, mais bien de l'hébreu Jeho h'annan, qui se traduit par: «Celui que Jeho favorise». Le même verbe revient dans H'anni-Baal ou Annibal, qui signifie Favori de Baal. Mais Jeho et Baal ne sont autres que des noms ou des titres du Soleil. Celui-ci était envisagé par les Phéniciens comme un astre brûlant, souvent meurtrier, dont les ravages sont à redouter. Les mystagogues d'Israël y voyaient, au contraire, l'image du Dieu-Lumière qui éclaire les intelligences. Jeho h'annan, Johannès, Jehan ou Jean, devient ainsi synonyme d'Homme éclairé ou illuminé à la manière des prophètes. De même que les artistes des cathédrales, instruits sans doute de doctrines ésotériques fort anciennes, le Penseur véritable ou l'Initié est donc en droit de se dire frère de Saint Jean.

 Remarquons, au surplus, que Saint Jean-Baptiste nous est présenté comme le précurseur immédiat de la Lumière rédemptrice ou du Christ solaire. Il est l'aube intellectuelle qui, dans les esprits, précède le jour de la pleine compréhension. Apre et rude, sa voix retentit à travers la stérilité du désert, éveillant les échos endormis. Ses accents véhéments secouent les mentalités rebelles et les préparent à saisir les vérités qui doivent être révélées.
 Si le farouche Précurseur se rattache symboliquement aux blancheurs blafardes du matin il convient, par opposition de sereprésenter Saint Jean l'Evangéliste comme environné de toute la gloire empourprée, du couchant. Il personnifie la lumière crépusculaire du soir, celle qui embrase le ciel lorsque le soleil vient de disparaître sous l'horizon. Le disciple préféré du Maître fut, en effet, le confluent de ses enseignements secrète, réservés aux intelligences d'élite des temps futurs. On lui attribue l'Apocalypse, qui, sous prétexte de dévoiler les mystères chrétiens, les masque sous des énigmes calculées pour entraîner les esprits perspicaces au delà des étroitesses du dogme. Aussi, est-ce de la tradition johannite que se sont prévalues toutes les écoles mystiques, qui, sous le voile de l'ésotérisme, ont visé à l'émancipation de la pensée. N'oublions pas, enfin, que le quatrième Evangile débute par un texte d'une haute portée initiatique, sur lequel s'est longtemps prêté le serment maçonnique. La doctrine du Verbe fait chair, c'est-à-dire de la Raison divine incarnée dans l'Humanité, remonte d'ailleurs, à travers Platon, aux conceptions des anciens hiérophantes.

 Parmi ces conditions le titre de loges de Saint Jean convient, mieux que tout autre, aux ateliers où les intelligences, après avoir été préparées à recevoir la lumière, sont amenées à se l'assimiler progressivement, afin de pouvoir la refléter à leur tour.



Canonisations équivoques.

Il serait téméraire d'affirmer que les deux Saint Jean relèvent uniquement du symbolisme initiatique. Peut-être correspon-dent-ils à des personnages ayant réellement existé. D'autres saints, par contre, ne jouissent de leur privilège céleste, que parcequ'ils furent jadis extraits du calendrier païen. Dans son Origine de tous les Cultes, Dupuis est très explicite à cet égard:
 «Les Grecs, dit-il, honoraient Bacchus sous le nom de Dionysios ou de Denis; il était regardé comme le chef et le premier auteur de leurs mystères, ainsi qu'Eleuthère. Ce dernier nom était aussi une épithète qu'ils lui donnaient, et que les Latins ont traduite par Liber. On célébrait en son honneur deux fêtes principales: l'une au printemps et l'autre dans la saison des vendanges. Cette dernière était une fête rustique, célébrée dans la campagne ou aux champs; on l'opposait aux fêtes du Printemps; appelées fêtes de la ville ou Urbana. On y ajouta un jour en l'honneur de Démétrius, roi de Macédoine, qui tenait sa cour à Pella, près du golfe de Thessalonique: Bacchus était le nom oriental du même Dieu. Les fêtes de Bacchus devaient donc être annoncées dans le calendrier payen par ces mots: Festum Dionysii, Eleutherii, Rustici. Nos bons ayeux en ont fait trois saints: Saint Denis, Saint Eleuthère et Saint Rustique, ses compagnons. Ils lisaient au jour précédent: Fête de Démetrius, dont ils ont fait un martyr de Thessalonique. On ajoute que ce fut Maximilien qui le fit mourir par suite de son désespoir de la mort de Lyæus, et Lyæus est un nom de Bacchus, ainsi que Démétrius. On plaça la surveille la fête de Saint Bacchus, dont on fit aussi un martyr d'Orient. Ainsi ceux qui voudront prendre la peine de lire le calendrier latin ou le bref qui guida nos prêtres dans la commémoration des saints et dans la célébration des fêtes, y verront au 7 Octobre: Festum sancti Demetrii; et au 9: Festum sanctorum Dionysii, Eleutherii et Rustici. Ainsi, l'on a fait des Saints de plusieurs épithètes, ou des dénominations diverses du même Dieu, Bacchus, Dionysios ou Denis, Liber ou Eleutheros. Ces épithètes devinrent autant de compagnons.



 « … Bacchus épousa le Zéphir ou le vent doux, sous le nom de la nymphe Aura. Eh bien! deux jours avant la fête de Denis ou de Bacchus, on célèbre celle d'Aura Placida ou de Zéphir, sous le nom de Sainte Aure et de Saint Placide

 Dupuis montre en outre comment la formule des souhaits Perpétua Félicitas donna naissance à Sainte Perpétue et à Sainte Félicité. Il cite encore Sainte Véronique qui vient de Veron Eicon ou Iconica, la vraie face ou l'image du Christ. Saint Rogatien, Saint Donatien, Sainte Flore, Sainte Luce, Sainte Bibiane. Sainte Apollinaire, Sainte Ides, Sainte Marguerite et Saint Hippolyte sont également des adaptations païennes.



Les Satires contre l'Eglise.

Dans quelle mesure les réminiscences de l'antiquité ont-elles pu influer sur l'état d'âme des constructeurs du Moyen-Age? La question est difficile à résoudre; mais il reste acquis qu'ils étaient animés d'un esprit singulièrement frondeur.

 Tout d'abord, au point de vue religieux, ils prétendaient ne relever directement que du pape, et de ce chef, ils affichaient l'irrespect le plus flagrant a l'égard de la hiérarchie ecclésiastique. Leur audace s'est maintes fois manifestée par des caricatures, qu'ils ne craignaient pas de tailler dans la pierre même des cathédrales.
 Un moine et une religieuse, représentés dans une attitude de la dernière inconvenance, décorent ainsi l'église de Saint-Sébaldus à Nuremberg, et ce sujet scabreux revient, entre autres, dans une gargouille du Musée de Cluny, à Paris.
 Dans la galerie supérieure de la cathédrale de Strasbourg, une procession d'animaux est conduite par un ours qui porte la croix. Un loup tenant un cierge allumé y précède un porc et un bélier chargés de reliques; tous ces quadrupèdes défilent pieusement, tandis qu'un âne figure à l'autel, disant la messe.
 Revêtu d'ornements sacerdotaux, un renard prêche à Brandebourg devant un troupeau d'oies.
 Les exemples de cette nature abondent. On rencontre en particulier des jugements derniers parfois fort subversifs, en ce sens que, parmi les damnés, figurent couramment des personnages couronnés ou mitrés. Le pape lui-même coiffé de la tiare et flanqué de cardinaux, a été voué aux flammes éternelles sur le portail du munster de Berne.
 Ces indices donnent à supposer que l'initiation conférée secrètement aux membres des confraternités de Saint Jean ne portait pas uniquement sur les procédés matériels de l'art de bâtir.
 Certaines sculptures ironiques ont sans doute pu être inspirées par les rivalités qui, à toutes les époques, ont opposé les ordres monastiques au clergé séculier; mais d'autres traduisent manifestement la pensée intime d'un artiste singulièrement émancipé pour l'époque.



L'Alchimie.

Si nous nous demandons à quelle source a pu être puisée, au Moyen-Age, une inspiration mystique étrangère, ou même secrètement hostile à l'Église, nous sommes amenés à nous souvenir du prestige dont jouissait alors la Philosophie hermétique. Sous prétexte de chercher la Pierre des Sages, des adeptes, c'est-à-dire des penseurs indépendants, s'appliquaient en réalité à pénétrer les secrets de la nature. En approfondissaient indifféremment les œuvres de tous les philosophes, qu'ils fussent grecs, arabes ou hébreux. Cet éclectisme devait aboutir à des doctrines si peu catholiques, au sens ordinaire du mot, qu'il eût été imprudent de les exposer autrement que sous le voile d'allégories et de symboles. La transmutation du plomb en or devint ainsi le thème de dissertations fort savantes, où la métaphysique religieuse avait beaucoup plus de place que la métallurgie ou la chimie. Le Grand Œuvre visait à réaliser le bonheur du genre humain, grâce à une réforme progressive des mœurs et des croyances. La lecture attentive des traités d'alchimie postérieurs à la Renaissance ne peut laisser subsister aucun doute à cet égard, car le style des disciples d'Hermès devint moins énigmatique, lorsque diminua pour eux le danger de s'expliquer librement.
 L'ancienne architecture sacrée était d'ailleurs essentiellement symbolique. Depuis le plan d'ensemble d'un édifice, jusqu'aux moindres ornements de détail, tout devait être ordonné selon certains nombres mystiques et d'après les règles d'une géométrie spéciale, connue des seuls initiés.
 Les figures géométriques donnaient lieu, en effet, à des interprétations, sur lesquelles se greffait une doctrine secrète, prétendant fournir la clef de tous les mystères. Or, les constructeurs des cathédrales ont prouvé, par leurs œuvres, qu'ils étaient instruits de ces traditions philosophiques, dont les alchimistes étaient simultanément détenteurs.
 On ne saurait déterminer dans quelle mesure les uns tenaient des autres leurs connaissances initiatiques. Toujours est-il, quel'Hermétisme a souvent inspiré les tailleurs de pierres dans le choix de leurs motifs d'ornementation. Les Alchimistes, d'autrepart, n'ignoraient pas le sens que les Maçons rattachent à leurs outils.
 Rien n'est plus significatif, à cet égard, qu'une gravure du traité intitulé: L'Azoth, ou le moyen de faire l'or caché des Philosophes, de Frère Basile Valentin 8). On y voit un personnage à deux têtes, dont la main droite tient un compas et la gauche une équerre. C'est l'androgyne alchimique, unissant l'énergie créatrice mâle à la réceptivité féminine, associant, en d'autres termes, le Soufre au Mercure, ou l'ardeur entreprenante de la colonne J∴ à la Stabilité pondérée de la colonne B∴ Il est debout sur le dragon symbolisant le quaternaire des éléments, dont l'initié doit triompher au cours de ses épreuves.



8)   Publié à la suite des Douze clefs de la Philosophie traictant de la vraye médecine métallique, Paris, Pierre Moet, 1610.


 



Preliminary considerations

Certain ideas are likely to exert an attractive power on isolated individuals. They group them together and thus become the intellectual backbone of an association.
 But these associations cannot be constituted by groups devoid of all stability and cohesion. An aggregation of disparate individualities can only be transformed into a permanent whole by the intervention of an organic law that establishes collective life.
 In any association, it is necessary, therefore, to distinguish the idea and the form.
 The Idea or the Spirit works as an abstract generator: It is the Father of the community, where the mother is represented by the plastic principle which gives it its form.
 These two elements of generation and organization are represented in Masonry by two columns, where the first (masculine-active) refers to that which establishes and founds, while the second (feminine-passive) refers to that which consolidates and maintains.
 The historian who is enlightened by the lights of philosophy cannot ignore these two essential factors. For him, the annals of our institution go back beyond the year 1717, the date of the founding of modern Freemasonry; because the ideas, which then succeeded in taking shape, had inspired, in earlier times, many attempts at similar creations.
 A [newly formed] community cannot, on the other hand, improvise its organization. Every being is constituted in accordance with its species, and in this it benefits from ancestral experience. Every new Being thus becomes the heir of an ancient race, which lives again in him, as he himself lived in the whole chain of his predecessors.
 From this point of view, it is permissible to assign to Freemasonry one of the oldest origins, because it is linked to all the initiatory confraternities of the past.
 But these seem to come from the first associations of builders, as one can judge from the circumstances which gave birth to the Art of Building.



The Origins of Freemasonry

Freemasonry no longer engages in material construction work these days, but it derives directly from a brotherhood of stonemasons and architects, whose ramifications extended throughout Western Europe in the Middle Ages.
 By handing down the secrets of their art, these builders conformed to ancient customs. They practiced initiation rites, which corporate legends trace back to the most remote antiquity.
 We must be careful not to take these naive traditions literally. They are mythical and most often hide an allegorical meaning. 1)
 But it is necessary to reflect on the influence originally exerted by the art of building, in order to form a fair idea of the civilizing role that the oldest associations have necessarily played.
 These associations were formed as soon as architecture became an art. They were called, no doubt, to build first the walls of the primitive cities. These carved stone ramparts could only have been the work of trained workers grouped into tribes. We readily imagine these craftsmen moving from one place to another to exercise their profession where they were called.
 These craftsmen could not fail to be associated for two reasons: first, because any important construction could not be the work of isolated individuals, and secondly because the practice of the art of building requires a professional initiation.
 It is therefore evident that, from the earliest times, masons have formed corporate groups, and that, by force of circumstances, they have divided themselves into apprentices, fellows, and masters.
 As for their civilizing mission, it manifested itself from a double point of view:
 On the one hand, the cities, protected against the assaults of barbaric brutality by solid walls, became centers of peaceful activity, inviolable asylums reserved for an elite more cultivated than the multitude outside.
 On the other hand, the Masons set the example of associating in view of a common work.
 It can, thus, be stated that Architecture is the mother of all civilization, 2) and it is rightly so that the ancient masons considered their art as the first and the most esteemed of all.



1)   According to one of these legends, Adam would have been regularly received a Mason according to all the rites by the Eternal Father, in the Orient of Paradise. This is a way of saying that Freemasonry has always existed, if not in action, at least in the potential to become, since it responds to a primordial need of the human spirit.
2)   Barbarism is the primitive state of insecurity, which places the weakest at the mercy of the strongest. The townspeople took shelter from the barbarians, taking refuge behind impassable ramparts. Once safe, they were able to civilize themselves by passing laws protecting the weak against the strong. Architecture is therefore the primordial factor of any real civilization.



The Sacred Art.

Initially everything took on a religious character. But the art of building was more particularly imbued with a divine character. The men who dedicated themselves to it exercised a priesthood. They were priests in their own way. — By cutting stones and assembling them to raise sacred buildings, they believed they were worshiping the divinity.
 Every useful construction was holy: destroying it was a sacrilege, and the oldest inscriptions threaten with the vengeance of the gods any ungodly man who destroyed or attacked the monuments.
 The builders had a religion of their own, based entirely on the art of building. The universe was in their eyes a immense construction quarry, where each being was called to contribute by his efforts to the construction of a unique monument. — They imagined an incessant work, which had never begun and should never end, which was being carried out everywhere according to the data of the same plan.
 Hence the Great Work concept of building an ideal Temple, achieving more and more perfection. Hence, furthermore, the traditional custom among Masons to dedicate their work to the Glory of the Great Architect of the Universe.



First historical data.

We have only precarious information on the oldest construction corporations of the peoples of the East. But it is singular to find in Accadian writing the triangle Δ as a sign of the syllable rou which has the meaning of doing, building. — If it is only a simple coincidence, it is at least striking, and enthusiastic Masons will be able to see in it an indication of the high antiquity of their symbolism, because the Chaldean monuments in question date back to more than 4,500 years before our era.
 The unknown authors of the oldest sacred books of China were not unaware, moreover, of the symbolic value of the square and the compass, insignia of the sage, who possessed the secret and knew how to conduct himself according to the instructions of the First Builder. 3)
 In Egypt, the priest taught the sciences and the arts. Some hierophants specialized in Engineering and Architecture. The craftsmen placed under their command were not entitled to any initiative.
 Sculptors and stonecutters were much freer in Syria. They formed there religious associations which traveled all over Asia Minor to erect temples everywhere, according to the requirements of the various cults.
 Thus, around the year 1,000 BC, Hiram, king of Tire, was able to send to Solomon the workers necessary for the construction of the temple of Jerusalem, the royal palace and the walls of the city. These same builders also took part in the founding of Palmyra.
 Later, architecture was exercised throughout Greece by the Dionysian pontiffs, whose organization Numa Pompilius perfected around the year 715 BC.
 The Roman legislator established colleges of builders, responsible for carrying out all public works. These corporations had their autonomy and the law guaranteed them many privileges. Each of them practiced its particular religious ceremonies, appropriate to the profession exercised by its members. 4) These exercised all the professions necessary for religious, civil, military, naval and hydraulic architecture.
 These laborious confraternities spread throughout the empire. They followed the march of the Roman legions to build bridges, roads, aqueducts, entrenched camps, towns, temples, amphitheaters, etc. Everywhere they helped to civilize the vanquished peoples by instructing them in the arts of peace. They continued to flourish until the invasion of the barbarians.
 In the third century, Theophrastus describes them to us in the following terms: "According to the traditions of ancient statuary, sculptors and stonemasons traveled from one end of the earth to the other with the tools necessary to work with marble, ivory, wood, gold and other metals. The shapeless matter was provided to them by the temples which they erected on divine models." 5)


3)   R. F. Gould, A Concise History of Freemasonry, London, 1903, pp. 3 and 4.

4)   Plutarch, Life of Illustrious Men, Numa, 17.

5)   Theophrastus, Life of Apollonius of Tyana, Translation of Chassang, p. 202.



Christianity

The professional religions conformed to the genius of Greco-Roman polytheism; so that, as long as he [Numa] reigned, no one could dream of asking architectural corporations to account for their particular religious teaching. But, it was no longer the same when Christianity, which became the state religion with Constantine, claimed to establish the unity of worship and belief.
 The Supreme Architect of the Universe undoubtedly fitted in with monotheism, which Numa seemed to have anticipated. But this simplicity, this vagueness conducive to contradictory adaptations, could no longer satisfy the new religion which formulated imperious and precise dogmas, to which, of all necessity, it was henceforth necessary to submit.
 Faithful to their traditions, the builders were careful not to enter into revolt against the official faith. 6) They were baptized, while reserving the right to secretly adapt Christianity to the doctrines of architectural metaphysics. Thus arose an occult heresy, related to Gnosticism, which carefully refrained from any outward manifestation. At most, one would find an indication of it in this singular facility with which Byzantine and Copt artists indifferently put themselves at the service, first of the various Christian sects, then of the Muslim ones.
 Outwardly submissive to Christian absolutism, the builders' associations were able to prosper under the aegis of the Eastern Empire, while they disappeared in the West, submerged in the waves of barbarian invasions. A period came when people were much more concerned with destroying old buildings than with erecting new ones.
 Christianity, however, did not take long to impose itself on the invaders. Religious architecture was then restored to honor, and new schools of builders were formed little by little. They gave birth to the Romanesque style.


6)   The Golden Verses of Pythagoras begin by ordering the Initiate to render consecrated worship to the immortal gods externally, but to keep his own conviction inwardly.



The Monastic Orders.

For many centuries all of Western Europe was plagued by the brutality of ignorant warriors, who trembled only at the ghosts of their crude imaginations. The Christian clergy, applying in this the traditions of all the priesthoods, very quickly learned to dominate these spirits inclined to superstitious terrors. They had the boldness to threaten these savage conquerors in the name of a heavenly Judge, whose pitiless rigor could only be flexed by pious donations. This was the source of immense wealth for the Church.
 We then saw Christianity surrounded by a lavish apparatus. After growing up in self-denial and poverty, it now wanted to seduce by magnificence. The ancient temples, once sacked by the greed of the barbarians, or demolished by the iconoclastic fury of the new believers, had to be rebuilt to the glory of the God of the Christians. As the building activity was never entirely ceased, the methods of the trade were preserved among the craftsmen; but, when it came to constructing buildings suitable for the unforeseen demands of Christian worship, there was at first a lack of architects.
 The most educated monks were thus called to study architecture, and their ability to draw plans did not take long to take hold. Some abbots, in particular those of the congregation of Cluny, even displayed a real talent in this respect. Rivaling each other, these prelates were soon no longer satisfied with technically crude constructions, for the execution of which they could have recourse to hire craftsmen, resident or nomadic. When, from simple brick or hollow walls, they wanted to move on to dressed stone assemblies, they had to train real artists, especially when ambition struck their minds due to the daring in the more and more complex vaulting.
 The monks were thus forced to associate, on a permanent basis, with "the lay stone carvers" who, as lay brothers, wore robes and received their subsistence from the convent.



Freemasonry.

Among the workers subject to monastic discipline, the best gifted did not fail to acquire sufficient knowledge to enable them to direct the work of their companions themselves. Thus, lay architects were formed, with a spirit all the more independent, as they became more aware of their abilities and talent. Their authority soon took precedence over that of the monks, who gradually saw the construction brotherhoods withdraw from their tutelage.

 Some autonomous associations, reminiscent in certain respects of the Roman colleges, were thus able to form. This development seems to have been accomplished first of all in Lombardy, where the ancient traditions, which have always remained alive, were all the more easily restored to honor through the mediation of Venice, where the Byzantine influence was strongly felt in this region. What is certain is that the town of Como long remained the center where artists flocked eager to perfect themselves in the art of building. Their ambition was to be initiated into the secrets of the Magistri Comacini, a title extended in the eleventh century, in a generic way, to all builders.
 It is claimed that, in order to have their independence consecrated, the secular architectural associations, united among themselves by the bonds of close solidarity, would have requested from the Pope the exclusive monopoly for the construction of all the religious buildings of Christendom. Wanting to encourage such a pious enterprise, the Court of Rome would have taken the Masonic brotherhood under its special protection, declaring that its members should be everywhere exempt from taxes and vassalage. These would be the franchises that are said to have been granted by Nicholas III in 1277 and confirmed by Benedict XII in 1334, which would have earned the proteges of the Holy See the name of Freemasons. 7)
 The patronage of the Sovereign Pontiff would explain the favor that Freemasonry met with all the Christian princes. In these times of religious fervor, they could not feel, moreover, that sympathies for the builders of churches, which spread gradually in France, in Normandy, in Great Britain, in Burgundy, then in Flanders and on the banks of the Rhine, from there penetrating all over Germany. Everywhere, these associations have left monuments of a particular style, known as Gothic, or more exactly ogival, masterpieces, whose uniformity of character seems to be the indication of an international understanding, maintained for centuries between the builders scattered all over Western Europe. This is what makes Mr. Hope say, in his History of Architecture: "The architects of all the religious buildings of the Latin Church had drawn their science from the same central school, they obeyed the laws of a same hierarchy; they carried out their buildings according to the same principles of convenience and taste; they maintained together, wherever they were sent, an assiduous correspondence, so that the smallest improvements immediately became the property of the whole body and a new conquest of the Art."


7)   Thus far, the documented proof of these daring assertions has not been provided.



The Saint John Confraternities.

The architects of the Middle Ages loved to celebrate the solstices, in accordance with customs dating back to the most remote pagan times. In order to be able to remain faithful to equivocal traditions from the Christian point of view, they chose as patrons the two Saint Johns, whose feasts fall during the solstitial periods.
 We wondered if, sheltered from by choice, the ancient cult of Janus had not found more or less conscious followers. Like the two Solstitial Saints, the double-faced god presided over the entry of the sun into each of the celestial hemispheres. Janus was, moreover, the genius of all beginnings, both of the years and of the seasons, as of life and existence in general. However, we must not lose sight of the fact that beginning is called initium in Latin. The Initiates had, therefore, to see the tutelary divinity of the initiation in this immortal in charge of the guard of the gates (janua), from which he excluded those who should not enter. A rod (baculum) was used for this purpose. He also held a key to indicate that it was up to him to open and close, to reveal the mysteries to elite spirits, or to hide them from the curiosity of laymen unworthy of knowing them.
 Etymologically, it is true, John does not come from Janus, but from the Hebrew Jeho h'annan, which translates as: "He whom Jeho favors." The same verb comes up in H'anni-Baal or Annibal, which means Favorite of Baal. But Jeho and Baal are none other than names or titles of the Sun. It was considered by the Phoenicians as a burning star, often murderous, whose ravages are to be feared. The mystagogues [Greek priests] of Israel saw in it, on the contrary, the image of the God-Light who enlightens the intelligences. Jeho h'annan, Johannes, Jehan or John, thus becomes synonymous with Man enlightened or enlightened in the manner of the prophets. Like the artists of the cathedrals, no doubt educated in very ancient esoteric doctrines, the true or initiate Thinker is therefore entitled to call himself the brother of Saint John.
 We note, moreover, that Saint John the Baptist is presented to us as the immediate precursor of the redemptive Light or of the solar Christ. He is the intellectual Aurora which, in the mind precedes the day of full understanding. After and harsh, his voice resounds through the barren desert, awakening sleeping echoes. His vehement accents shake up rebellious mentalities and prepare them to grasp the truths which must be revealed.
 If the wild Precursor is symbolically attached to the pale whiteness of the morning it is appropriate, by opposition, to represent Saint John the Evangelist as surrounded by all the purple glory of the setting sun. He personifies the evening twilight light, that which sets the sky ablaze when the sun has just disappeared below the horizon. The Master's favorite disciple was, indeed, the confidant of his secret teachings, reserved for the elite intelligences of future times. He is credited with the Apocalypse, which, under the pretext of unveiling the Christian mysteries, concealed them under riddles calculated to draw shrewd minds beyond the narrow confines of dogma. Also, it is from the Johannine tradition that all the mystical schools have prevailed, which, under the veil of esotericism, aimed at the emancipation of thought. Let us not forget, finally, that the fourth Gospel begins with a text of great initiatory significance, on which the Masonic oath was taken for a long time. The doctrine of the Word made flesh, that is, the divine Reason incarnated in Humanity, goes back, moreover, through Plato, to the conceptions of the ancient hierophants.
 Under these conditions, the title of lodges of Saint John is suitable, better than any other, for workshops [Masonic quarries] where the intelligences, after having been prepared to receive the light, are brought to assimilate it progressively, in order to be able to reflect it in their turn.



Equivocal canonizations.

It would be rash to assert that the two Saint Johns represent solely to initiatory symbolism. Perhaps they correspond to characters who really existed. Other saints, on the other hand, only enjoy their heavenly privilege, just because they were, in times past, drawn from the pagan calendar. In his Origin of All Cults, Dupuis is very explicit in this regard:
 "The Greeks," he said, "honored Bacchus under the name of Dionysios or Denis; he was regarded as the chief and the first author of their mysteries, as well as Eleutherios." This last name was also an epithet which they gave him, and which the Latins translated by Liber. Two main festivals were celebrated in his honor: one in the spring and the other in the harvest season. The latter was a rustic festival, held in the countryside or in the fields; as opposed to the Spring festivals, called city festivals or Urbana. A day was added in honor of Demetrius, king of Macedonia, who held his court at Pella, near the Gulf of Thessaloniki. Bacchus was the eastern name of the same God. Bacchus' festivals were therefore to be announced in the Pagan calendar by these words: Festum Dionysii, Eleutherii, Rustici. Our good friars made three saints of them: Saint Denis, Saint Eleutherios, and Saint Rustic, their companions. They read on the previous day: Festival of Demetrius, of whom they made a martyr of Thessaloniki. It is added that it was Maximilian who put him to death as a result of his despair over the death of Lyaeus, and Lyaeus is a name for Bacchus, as well as Demetrius. It was placed the day before the feast of Saint Bacchus, of whom they also made a martyr of the East. Thus, those who want to take the trouble to read the Latin calendar or the brief which guided our priests in the commemoration of the saints and in the celebration of the feasts, will see there on October 7: Festum sancti Demetrii; and on the 9th: Festum sanctorum Dionysii, Eleutherii and Rustici. Thus, Saints were made from several epithets, or various denominations of the same God, Bacchus, Dionysios or Denis, Liber or Eleutherios. These epithets became as many companions."
 "… Bacchus married the Zephyr or the gentle wind, under the name of the nymph Aurora. Well! two days before the feast of Denis or Bacchus, it was celebrated that of Aurora Placida or Zephyr, under the name of Saint Aurora and Saint Placida"
 Dupuis further shows how the greeting formula: Perpétua Félicitas [everlasting happiness], gave birth to Saint Perpetua and Saint Felicity. He also quotes Saint Veronica, that comes from Veron Eicon or Iconica, the true face or the image of Christ. Saint Rogatian, Saint Donatian, St. Flora, St. Lucia, Saint Bibiana. St. Apollonia, St. Ides, St. Margaret of Antioch, and St. Hippolytus are also pagan adaptations.



The Satires against the Church.

To what extent could the reminiscences of antiquity influence the state of mind of the builders of the Middle Ages? The question is difficult to resolve; but it remains certain that they were animated by a singularly rebellious spirit.
 First of all, from the religious point of view, they claimed to report directly only to the Pope, and from this leader, they displayed the most flagrant disrespect towards the ecclesiastical hierarchy. Their daring has often been manifested in caricatures, which they were not afraid to carve in the very stone of cathedrals.
 A monk and a nun, represented in an attitude of the last impropriety, thus decorate the church of St. Sebaldus in Nuremberg, and this salacious theme is repeated, among others, in a gargoyle in the Cluny museum, in Paris.
 In the upper gallery of Strasbourg Cathedral, a procession of animals is led by a bear carrying the cross. A wolf holding a lighted candle precedes a pig and a ram laden with relics; all these quadrupeds march piously, while a donkey figures at the altar is saying mass.
 Clad in priestly ornaments, a fox preaches in Brandenburg in front of a flock of geese.
 Examples of this nature abound. There are quite subversive trials, in the sense that, among the damned are often found crowned or mytred figures. The pope himself, wearing the tiara and flanked by cardinals, has been delivered to the eternal flames over the portal of the Bern cathedral.
 These clues suggest that the initiation secretly conferred on the members of the confraternities of Saint John did not relate only to the material processes of the art of building.
 Certain ironic sculptures may have been inspired by the rivalries which, at all ages, have arisen between monastic orders and secular clergy; but others clearly reflect the intimate thought of an artist who was singularly emancipated for the time.



Alchemy

If we ask ourselves from what source could have been drawn, in the Middle Ages, a strange mystical inspiration, or even secretly hostile to the Church, we are led to remember the prestige which Hermetic Philosophy then enjoyed. Under the pretext of seeking the Stone of the Sages, the adepts, that is, the free thinkers, were in fact dedicated to studying the secrets of nature. They indiscriminately explored the works of all the philosophers, whether Greek, Arab or Hebrew. This eclecticism was to lead to doctrines so un-Catholic, in the ordinary sense of the word, that it would have been imprudent to expose them in any other way than under the veil of allegories and symbols. The transmutation of lead into gold thus became the subject of very scholarly dissertations, in which religious metaphysics had much more place than metallurgy or chemistry. The Great Work aimed to achieve the happiness of mankind, thanks to a progressive reform of manners and beliefs. A careful reading of the alchemical treatises, after the Renaissance, does not leave any doubt in this regard, because the style of the disciples of Hermes became less enigmatic, when the danger of freely explaining themselves diminished for them.
 The ancient sacred architecture was then essentially symbolic. From the overall plan of a building to the smallest detail ornaments, everything had to be ordered according to certain mystical numbers and according to the rules of a special geometry, known only to initiates.
 The geometric figures gave rise, in fact, to interpretations, on which a secret doctrine was based, claiming to provide the key to all the mysteries. Thus, the builders of cathedrals proved, by their works, that they were instructed in these philosophical traditions, of which the alchemists were simultaneously holders.
 It would not be possible to determine to what extent the ones had taken their initiatory knowledge from the others. Still, it has always been said that Hermeticism often inspired stonemasons in the choice of their ornamental motifs. The Alchemists, on the other hand, were not unaware of the meaning that the Masons attached to their tools.
 Nothing is more significant, in this regard, than an engraving of the treatise entitled: Azoth, or the means of making the hidden gold of the Philosophers, by Brother Basile Valentin. 8) It is seen in it a figure with two heads, holding in the right hand a compass and in the left a square. It is the alchemical androgyne, uniting the male creative energy with the female receptivity, associating, in other words, Sulfur with Mercury, or the enterprising ardor of column J with the weighted Stability of column B. He is standing on the dragon, symbolizing the quaternary of the elements, over which the initiate must triumph during his trials.


8)   Published following the Twelve Keys of Philosophy dealing with true metallic medicine, Paris, Pierre Moet, 1610.




La Décadence des Corporations.

En devenant riche et puissante, l'Eglise devait nécessairement se corrompre. Il vint une époque où le haut clergé, livré à toutes les intrigues de la politique, affichait le luxe le plus insolent et ne prenait même plus la peine de dissimuler la corruption deses mœurs.
 Les fidèles en furent scandalisés. Leur ancienne ferveur fit place au doute et de nombreuses hérésies purent prendre racine dans les esprits. Ce fut l'aube du réveil intellectuel qui se préparait.
 Le nouvel état d'âme eût sa répercussion sur l'architecture religieuse. Les donateurs se firent rares. A force de bâtir des églises, il y en avait d'ailleurs partout, et les membres des confraternités de Saint-Jean trouvèrent de moins en moins l'emploi de leur talent. Ils s'étaient, au surplus, spécialisés dans le style dit «gothique» désormais démodé. Puis vint le schisme de Luther, qui, en déchaînant d'effroyables guerres de religion acheva de désorganiser les anciennes corporations constructives.
 Elles menaçaient de disparaître, en ne laissant d'elles-mêmes que de vagues traces documentaires, mais en affirmant leur puissance passée par des monuments incomparables, qui s'imposeront toujours à l'admiration de la postérité.


La Kabbale.

Tout ne devait pas être perdu. Une transformation s'élaborait, en provoquant tout d'abord un mouvement intellectuel du plus haut intérêt.
 Tandis que des querelles de dogme divisaient les esprit, des intelligences d'élite voulurent approfondir impartialement les questions religieuses. On fut amené ainsi à étudier plus spécialement la métaphysique religieuse des Juifs. Ceux-ci se prétendaient en possession d'une doctrine secrète remontant jusqu'à Moïse: c'était à leurs yeux la tradition par excellence, dite Qabba-lah en hébreu. Il s'agissait en réalité de conceptions dérivées, pour une bonne part, du Gnoticisme alexandrin et empruntées ainsi au patrimoine de l'antique initiation. Leur caractéristique était de faire ressortir la concordance fondamentale des religions. Ces rêveries mystiques eurent pour effet pratique de suggérer l'idée d'une philosophie ralliant indistinctement les fidèles de tous les cultes, sans les obliger à renier leurs croyances particulières.
 De vigoureux penseurs, en communion de volonté les uns avec les autres, ayant appliqué toute leur énergie cérébrale à des spéculations de cette sorte, il on résulta finalement une tension particulière dans l'atmosphère mentale du XVIIe siècle.



Les Rose-Croix.

L'excès du mal appelle le remède. Les ravages du fanatisme aveugle devaient conduire au rêve d'une régénération universelle par l'amour et par la science. Vers 1604, une association secrete 9) voulut rappeler le christianisme à l'intelligence de ses mystères et enseigner au monde les lois de la fraternité.
 Les affiliés avaient choisi pour emblème une rose fixée sur une croix et se racontaient la légende d'un certain Christian Rosenkreuz, dont ils prétendaient poursuivre l'œuvre. Ils firent beaucoup parler d'eux et, tout en se perdant dans les nuages del'Hermétisme et de la Théosophie, ils n'en réussirent pas moins à frapper les imaginations et à y semer des germes dont l'éclosion ne devait pas se faire attendre.


9)   L'ordre des Rose-Croix ne fut jamais organisé en corps. On était considéré comme lui appartenant par le seul fait que l'on possédait certaines connaissances. Les Frères de la Rose-Croix ne se réunissaient pas pour délibérer ou travailler en commun. Ils se contentaient d'entretenir des relations épistolaires et de se communiquer le fruit de leurs études.



La Franc-Maçonnerie moderne.

La conception d'un idéal (Colonne J∴) reste stérile, tant que manquent les moyens pratiques de réalisation (Colonne B∴). Les aspirations généreuses des philosophes ne pouvaient être mises en œuvre qu'à l'aide d'une organisation positive. L'esprit ou l'âme ne peuvent rien, s'ils ne disposent d'un corps comme instrument d'exécution.
 Or, à l'époque où, grâce aux Rose-Croix et à d'autres mystiques, une entité spirituelle planait en quelque sorte dans l'air, anxieuse de s'incarner, un organisme propice vint s'offrir à elle comme de lui-même.
 N'ayant plus leur raison d'être, les anciennes confraternités maçonniques s'étaient partout dissoutes, sauf en Grande-Bretagne et en Irlande, où a toujours régné un esprit favorable à la survivance de toute tradition ancienne et respectable. Par la force d'une habitude passée dans les mœurs, des associations de Maçons libres et acceptés subsistaient donc encore au XVIIe siècle, dans divers centres des trois royaumes insulaires. Il était alors de notoriété publique que les Freemasons se reconnaissaient entre eux a certains signes, qu'ils s'étaient engagés par serment à garder secrets. On savait également que, dans toutes les circonstances de la vie, ils étaient tenus de se prêter une assistance réciproque. Depuis leur décadence au point de vue de l'exercice de l'art du bâtir, la pratique de la solidarité devenait, en effet, l'objet essentiel de ces confraternités. La mode se répandit alors de s'y faire accepter à titre de membre honoraire, et les Loges maçonniques se montrèrent d'autant plus accueillantes aux «gentlemen» qui ne maniaient pas professionnellement la truelle, que les gens du métier se désintéressaient de plus en plus d'une institution ne répondant plus guère à leurs besoins pratiques. Les Maçons acceptés devinrent ainsi peu à peu aussi nombreux que les Maçons libres, et, au commencement du XVIIIe siècle, ils furent franchement en majorité.
 C'est à ce moment que fut prise une résolution d'une extrême importance. Elle eut pour effet de faire renoncer aux entreprises matérielles de l'ancienne maçonnerie professionnelle, désignée comme opérative, par opposition à une nouvelle Maçonnerie purement philosophique, dite spéculative.
 Ainsi prit naissance la Maçonnerie moderne, qui emprunte aux constructeurs du Moyen Age un ensemble de formes allégoriques et de symboles ingénieux, des règles de bonne discipline et des traditions de fraternelle solidarité, afin d'appliquer le tout à l'enseignement d'une architecture sociale, s'efforçant de construire le bonheur humain, en travaillant au perfectionnement intellectuel et moral des individus.



Elias Ashmole.

La Maçonnerie moderne répondait à un besoin ressenti dans toute l'Europe par les plus nobles esprits. Elle devait donc se répandre avec une rapidité qui semblait tenir du prodige. Aussi, lorsque plus tard on voulut remonter à sa source, on ne put se défendre de l'idée que, semblable à Minerve surgissant toute armée du cerveau de Jupiter, la conception maçonnique avait dû être mûrie par quelque penseur de génie.
 Afin de découvrir le fondateur d'une aussi merveilleuse institution, les Maçons anglais du XVIIe siècle furent passés en revue. On apprit ainsi que, le 16 octobre 1646, un savant antiquaire, adepte de l'hermétisme et des connaissances secrètes alors en vogue, fut reçu Maçon à Warington, petite ville du comté de Lancastre. Il n'en fallut pas davantage pour ériger Elias Ashmole — c'est le nom du personnage — en héros de légende. On lui attribua tout le mérite de la réforme accomplie. Selon le F∴ Ragon et d'autres historiens, ce serait lui, le Rose-Croix, qui aurait imprimé un caractère initiatique aux rituels ouvriers primitifs 10). Or, il n'en est rien; l'influence que cet amateur de sciences cachées exerça sur la Franc-Maçonnerie resta nulle. Déçu vraisemblablement par la nature des «mystères» qui lui furent révélés lors de son initiation, il ne reparut en loge qu'au bout de 31 ans, le11 mars 1682, pour la seconde et dernière fois de sa vie, comme en témoigne son diary (journal) qu'il n'a jamais cessé de tenir jour par jour avec une scrupuleuse minutie.



10)   Cette assertion téméraire, reconnue depuis inexacte, a été reproduite page 25 de la première édition (1894) du Livre del'Apprenti.




La première Grande Loge.

Contrairement à ce que, en bonne logique, il était permis de se figurer, les documents positifs nous montrent l'organisation de la Maçonnerie moderne prenant naissance inconsciemment. Les plus grandes choses peuvent, en effet, être appelées à l'existence par des individualités qui n'ont aucun soupçon de la portée de leurs actes.
 Ce fut le cas des Maçons londoniens qui, le 24 juin 1717, se réunirent pour célébrer la fête traditionnelle de Saint Jean-Baptiste. Ils étaient membres de quatre Loges si peu prospères que, pour ne pas se désagréger entièrement, elles décidèrent de rester unies sous l'autorité d'officiers spéciaux. Or, chacune des loges étant présidée par un Maître 11), on donna le titre de Grand-Maître au président du nouveau groupement, qui, lui-même, se qualifia Grande-Loge. Encore est-il douteux que ces apellations furent adoptées dès 1717, la principale préoccupation ayant fort bien pu être, cette année-là, de se réunir à nouveau en nombre suffisant au prochain solstice d'été.

 Le premier Grand-Maître fut Antony Sayer, homme obscur, de condition fort modeste. Il avait été choisi faute de mieux, aussi s'empressa-t-on, en 1718, de lui donner comme successeur George Payne, bourgeois bien posé, qui n'avait pas assisté à la réunion précédente. Le prochain élu fut Jean-Théophile Désaguliers 12), docteur en philosophie et en droit, membre de la Société Royale des Sciences de Londres. Après avoir accompli son année de grande maîtrise, ce physicien distingué restitua le maillet au F∴ Payne, faute d'un plus illustre personnage.

 Pour consacrer le prestige de la Grande-Loge, il importait d'ailleurs de placer à sa tête un homme de qualité. Aussi les Maçons de Londres furent-ils au comble de leurs vœux, lorsqu'en 1721, Sa Grâce, le duc de Montagu, daigna accepter la dignité de Grand-Maître. Cette élection fut du meilleur effet sur le monde profane. Il devint désormais de bon ton d'appartenir à la Société des Francs-Maçons, universellement cotée comme une compagnie distinguée.


11)   Pour le distinguer des autres Maîtres, on lui donnait l'épithète de «Vénérable» (Worshipful Master), ou on le désignait comme Master in the Chair ou Chair Master, d'où est venue l'expression de Maître en chaire (Meister vom Stuhl ou Stuhlmeister en allemand).

12)   Né à la Rochelle, le 12 Mars 1683, fils d'un pasteur calviniste qui dut se réfugier en Angleterre à la suite de la révocation da l'Édit de Nantes (1685).



Le Livre des constitutions.

Les modifications apportées au régime des anciennes confraternités constructives donnèrent lieu à la promulgation d'un nouveau code de la loi maçonnique. La rédaction en fut confiée au F∴ James Anderson dont l'ouvrage est intitulé: The Book of Constitutions of the Freemasons, containing the history, charges and régulations of that most ancient and right worshipful fraternity.
 Il y est dit, en «ce qui concerne Dieu et la religion»:
 «Un Maçon est obligé, de par sa tenure 13), d'obéir à la loi morale; et, s'il comprend bien l'Art, il ne deviendra jamais un stupide athée, ni un libertin irréligieux.
 «Bien que, dans les temps passés, les Maçons furent astreints, dans chaque pays, de pratiquer la religion du dit pays, quelle qu'elle fût, on estima désormais plus opportun de ne leur point imposer d'autre religion, que celle sur laquelle tous les hommes sont d'accord, et de leur laisser toute liberté quant à leurs opinions particulières. Il suffit donc qu'ils soient des hommes bons et loyaux, gens d'honneur et de probité, quelles que soient les confessions ou les convictions qui les distinguent».
 «Ainsi, la Maçonnerie deviendra le centre d'union et le moyen d'établir une sincère amitié entre personnes qui, en dehors d'elle, fussent constamment demeurées séparées les unes des autres.»
 Relativement à l'autorité civile, suprême ou subordonnée nous lisons ensuite:
 «Le Maçon est un paisible sujet des pouvoirs civils, en quelque lieu qu'il réside ou travaille; il ne doit jamais être impliqué dans des complots ou des conspirations contre la paix et la prospérité de la nation, ni se comporter incorrectement à l'égard des magistrats subalternes, car la guerre, l'effusion du sang et les insurrections ont été, de tout temps, funestes à la Maçonnerie. ……
 Si quelque Frère venait à s'insurger contre l'État, il faudrait se garder de favoriser sa rébellion, tout en le prenant en pitié,comme un malheureux. S'il n'est d'ailleurs convaincu d'aucun autre crime, la loyale confraternité, — bien que tenue de désavouer la rébellion, afin de ne point porter ombrage au gouvernement établi, ni lui fournir un motif de méfiance politique — ne saurait l'expulser de la Loge, ses rapports avec celle-ci demeurant indissolubles.»
 L'article VI, qui traite «de la conduite en Loge» recommande enfin:
 «Que vos démêlés particuliers ou vos querelles ne franchissent jamais le seuil de la loge, évitez plus encore les controverses sur les religions, les nationalités ou la politique, attendu, qu'en notre qualité de Maçons, nous ne professons que la religion universelle mentionnée plus haut. Nous sommes d'ailleurs de toutes les nations, de toutes les langues, de toutes les races, et si nous excluons toute politique, c'est qu'elle n'a jamais contribué dans le passé à la prospérité des loges et qu'elle n'y contribuera pas davantage dans l'avenir.»


13)   Terme féodal: obligation contractée par le détenteur du fief.



Les Principes fondamentaux de la Franc-Maçonnerie.

A la lumière des extraits qui précèdent, la Franc-Maçonnerie moderne nous apparaît comme une association d'hommes choisis, dont la moralité a pu être éprouvée, si bien que, se sentant parfaitement sûrs les uns des autres, ils peuvent pratiquer entre eux une fraternité sincère et sans réserve.
 Ces hommes, reconnus bons, loyaux et probes, sont tenus d'éviter avec le plus grand soin tout ce qui risquerait de les diviser. Il leur est spécialement interdit de se chercher chicane quant à leurs convictions intimes, tant religieuses que politiques, leur vertu caractéristique devant être, en toutes choses, la TOLÉRANCE.
 Or, pour être tolérant, il est indispensable d'acquérir des idées larges et de s'élever au-dessus de l'étroitesse de tous les préjugés. La Franc-Maçonnerie s'efforce, en conséquence, d'émanciper les esprits; elle s'applique, en particulier, à les affranchir des erreurs qui entretiennent la méfiance et la haine parmi les hommes. Ceux-ci, à ses yeux, ne doivent être estimés qu'en raison de la valeur effective qu'ils tiennent de leurs qualités intellectuelles et morales, toute autre distinction de croyance, de race, de nationalité, de fortune, de rang, ou de position sociale, devant s'effacer au sein des réunions maçonniques.



Extension rapide de la Franc-Maçonnerie.

Le code maçonnique, rédigé et imprimé par ordre de la Grande Loge d'Angleterre, reçut l'approbation solennelle de celle-ci le 17 janvier 1723. Il a toujours été considéré, depuis, comme le document qui détermine les normes caractéristiques de la Franc-Maçonnerie moderne. Son importance est donc capitale, puisque toute organisation qui s'écarterait des principes dont il fut inspiré, cesserait, par le fait même, d'être maçonnique.
 Le livre d'Anderson permit d'ailleurs de faire connaître au loin la nouvelle confraternité, qui répondait aux aspirations à la fois les plus nobles et les plus généreuses. Elle ne tarda pas à exercer une véritable fascination sur quantité d'esprits d'élite. On y vit affluer, en particulier, les penseurs qui étaient alors épris de la doctrine de l'Humanitarisme. N'était-ce pas une forme, une organisation, qui s'offrait spontanément, pour revêtir d'un corps tangible les conceptions, jusque-là nuageuses, des philosophes?   Alors que le sectarisme et l'intolérance venaient de mettre l'Europe à feu et à sang, on devait hautement apprécier, en outre, la largeur de vues dont les Francs-Maçons faisaient preuve en matière de religion et de dogmatisme, non moins que sous le rapport des dissentiments politiques. A la pureté des principes et à l'élévation des tendances s'associaient enfin certaines allures de mystères et d'impénétrabilité, dont la séduction ne fut pas moins puissante.
 Dans ces conditions, les loges se multiplièrent très rapidement, d'abord en Angleterre, en Ecosse et en Irlande, puis sur le continent, pour gagner finalement jusqu'aux confins du monde civilisé.
 Au début, il est vrai, les loges ne se fondaient pas toujours en vertu de pouvoirs formels émanant de la première GrandeLoge. Tout Maître-Maçon, régulièrement initié en Angleterre, se croyait le droit de propager à l'étranger la lumière maçonnique. A cet effet, il s'entourait, autant que possible, de quelques autres Maçons et procédait avec eux à des réceptions selon les forms rituéliques. A la rigueur, il initiait, de son autorité privée, un profane qu'il estimait digne de cette faveur, puis, à eux deux, ils procédaient à l'initiation d'un nouvel adhérent, en sorte de constituer une loge simple, destinée à devenir d'abord juste, par l'adjonction de deux nouveaux membres et finalement parfaite, lorsque par son effectif, elle atteindrait ou dépasserait le nombre sept.
 Une loge pouvait d'ailleurs se tenir en n'importe quel local convenablement clos et à l'abri de toute indiscrétion. Certaines figures tracées à la craie sur le plancher suffisaient pour transformer en sanctuaire la première chambre venue.
 On conçoit que des loges aussi facilement appelées a l'existence aient pu disparaître avec une égale facilité, sans laisser de traces documentaires de leur activité. Aussi, l'histoire de l'introduction de la Franc-Maçonnerie dans les différents pays se trouve-t-elle enveloppée, le plus souvent, d'une profonde obscurité. On est réduit fréquemment à des récits équivoques, dont il est impossible de contrôler l'exactitude.



La Maçonnerie anglo-saxonne.

Dès qu'un grand seigneur fut à la tête de la Grande Loge d'Angleterre, sa prospérité se trouva immédiatement assurée. Douze loges seulement avaient pris part, le 24 juin 1721, à l'élection du duc de Montagu. Or, trois mois après, il y en avait seize, puis vingt à la fin de l'année; en 1725, quarante-neuf loges furent représentées à la Grande Loge.
 Ce qui fit surtout rechercher désormais l'initiation maçonnique, c'est qu'elle conférait, en quelque sorte, un brevet de respectabilité. Le public anglais manifestait cependant quelque méfiance à l'égard d'une société par trop indifférente en matière de religion. Afin de le rassurer, les Freemasons ne tardèrent pas à s'affirmer en toutes choses d'une scrupuleuse orthodoxie anglicane.
 Tout un mouvement se dessina dans ce sens peu après 1723, nombre d'esprits timorés se scandalisant des innovations consacrées par le Livre des Constitutions. Celui-ci avait, à leurs yeux, le très grave tort de ne rendre aucune croyance obligatoire, alors que traditionnellement tout Maçon avait l'impérieux devoir d'être fidèle à «Dieu et à la Sainte Église».

 Jalouses de leur autonomie, beaucoup de loges refusèrent, en outre, de reconnaître à la Grande Loge de Londres une autorité qu'elles prétendaient usurpée.
 Pour des motifs de cet ordre, et sous d'autres prétextes, il se produisit au sein de la Maçonnerie anglaise une série de scissions qui eurent pour conséquence, à partir de 1751, d'opposer l'une à l'autre deux Grandes Loges ennemies.
 La plus récente de ces Grandes Loges ne fut pratiquement constituée qu'en 1753. Comme ses adhérents se targuaient de rester attachés aux anciens usages, ils ne s'en instituaient pas moins Ancient Masons, par opposition aux Modern Masons, dont la Grande Loge était en réalité la plus ancienne, puisqu'elle remontait à 1717.
 Ce fut là ce que les historiens ont appelé le Grand Schisme. La constitution des Ancients rendait obligatoire la croyance en Dieu. Leur rituel abondait en prières et multipliait les citations bibliques, autant que les formules pieuses. Il comportait d'ailleurs un grade supplémentaire, celui de Royal Arch.
 Dans ces conditions, étant donné l'esprit qui règne parmi les Anglo-Saxons, la concurrence des Anciens devait s'affirmer désastreuse pour les Modernes. Afin de ne point se discréditer entièrement dans leur propre pays, ceux-ci durent céder, en capitulant peu à peu sur la plupart des principes qui, au début, avaient séduit l'élite des penseurs de toute l'Europe.
 De réaction en réaction, les Modernes en arrivèrent finalement à ne plus se différencier des Anciens, que par des nuances rituéliques. Il n'y avait plus là de quoi faire sérieusement obstacle à la fusion des deux Grandes Loges anglaises, qui en 1813, s'entendirent pour constituer ensemble la Grande Loge Unie d'Angleterre.



Les débuts de la Maçonnerie en France.

Il se peut que des réfugiés anglais se soient livrés, en France, à des travaux maçonniques peu après 1649, date de la condamnation à mort et de l'exécution de Charles Ier. Parmi ceux d'entr'eux qui fréquentaient la cour de Saint-Germain, ou parmi les officiers des régiment irlandais au service du roi de France, il y eut très vraisemblablement des Maçons acceptés. Se sont-ils parfois réuni, dans les formes consacrées, pour «tenir loge» selon l'usage de l'époque? Cela est fort possible: mais nous manquons jusqu'à ce jour de preuves documentaires 14).
 De toutes les façons, il ne saurait être question de fondation de loges permanentes, se réunissant périodiquement, qu'à partir du premier quart du XVIIIe siècle. Encore ne peut-on rien affirmer de précis relativement aux loges qui, les premières, furent régulièrement constituées sur le Continent: L'Amitié et Fraternité, O∴ de Dunkerque (actuellement L∴ n° 313 de la Grande Loge de France) et la Parfaite Union, O∴ de Mons, revendiquent à cet égard la priorité, l'une et l'autre se prétendant fondées en vertu de constitutions délivrées par le duc de Montagu en 1721.
 Malheureusement, les procès-verbaux de la Grande Loge d'Angleterre ne font mention d'aucune création semblable.
 Pour Paris, on fait remonter les premières réunions maçonniques en 1725. Un groupe d'Anglais, à la tête desquels se trouvaient Charles Radclyffe, devenu lord Derwentwater depuis la décapitation de son frère aîné 15), le chevalier Maclean (dont lesFrançais firent Maskelyne) et François Heguerty, cadet au régiment de Dillon, semble avoir pris l'habitude, vers cette époque, de se réunir rue des Boucheries, chez un traiteur anglais nommé Hure, à l'enseigne du «Louis d'Argent». Cette loge n'avait pu se constituer que motu proprio, c'est-à-dire en vertu des seuls droits que ses fondateurs croyaient tenir de leur initiation. Elle ne songea probablement même pas à se donner dès le début un titre distinctif; elle parait cependant s'être placée sous le patronage de Saint-Thomas de Cantorbery.

 Composée surtout de réfugiés Jacobites, cette loge ne se rattachait en rien à la Grande Loge de Londres, dont l'autorité centrale tendait à s'établir. Certains Maçons français y virent une infériorité, aussi fondèrent-ils le 7 mai 1729, une nouvelle loge, dont André-François Lebreton devint le premier Maître. Ce fut la loge Saint-Thomas au Louis d'Argent qui se réunissait rue de la Boucherie, «A la Ville de Tonnerre», chez Debure. Le 3 avril 1732, elle se fit octroyer une charte régulière sous le n° 90, par le vicomte de Montagu, alors grand-maître de la Grande Loge d'Angleterre. Cette loge fut visitée en 1735 par Desaguiliers et le duc de Richmond, qui dirigèrent ses travaux au milieu d'une brillante assistance, comportant Montesquieu et le comte de Waldegrave, ambassadeur d'Angleterre.

 De cette loge se détacha, le 1er décembre 1729, une autre loge qui prit d'abord le nom de son fondateur, le lapidaire anglaise Coastown, dit Coustaud, pour s'intituler plus tard Loge des Arts Sainte-Marguerite.
 Une quatrième loge fut enfin constituée en 1735, rue de Bussy, dans la maison d'un traiteur nommé Landelle. Ce devint la Loge d'Aumont, lorsque le duc de ce nom s'y fit recevoir.


14)   Un adversaire véhément de la F∴ M∴, M. Gustave Bord, qui s'est livré aux recherches historiques les plus minutieuses prétend posséder les preuves, mais ne les a pas publiées.

15)   James Radcliffe, exécuté à Londres, la 14 février 1716.



Le travail maçonnique selon la conception anglaise.

Les Maçons anglais n'ont jamais éprouvé le besoin d'imprimer à leur travaux un caractère particulièrement philosophique. En soulevant des discussions au sein des loges, ils auraient craint de contrevenir à cet esprit de fraternité que la Franc-Maçonnerie a pour mission essentielle de propager et d'entretenir. Ils ont toujours cru qu'il fallait se contenter en loge de pratiquer le rituel et rien du plus. Aussi, au cours de leurs réunions, se bornent-ils à procéder scrupuleusement, selon toutes les formes, aux réceptions prévues. Comme c'est là cependant une occupation monotone, souvent fastidieuse et toujours fort aride, ils s'en dédommagent chaque fois par un festin, qu'ils estiment honnêtement gagné. Tant qu'il est procédé aux cérémonies rituéliques, la discipline la plus parfaite est observée: chacun se tient correct, solennel et digne, sans se permettre d'échanger le moindre propos avec son voisin. Mais lorsque les ouvriers sont appelés à passer du labeur au rafraîchissement, et que, clos dans le temple, les travaux sont repris sous une autre forme autour de la table de banquet, alors toute contrainte disparaît, la plus franche cordialité s'établit entre les convives, et c'est le verre en main, que la fraternité se manifeste vraiment expansive.
 C'est parce que les loges parisiennes ne connurent d'abord d'autre mode de travail, qu'elles se réunissaient invariablement chez des restaurateurs. Parmi ceux-ci, il s'en trouva qui cherchèrent à exploiter la situation, en se faisant recevoir Maçons et même en acquérant le droit de tenir loge. Or, le Maître de Loge qui vendait à boire et à manger avait une tendance naturelle à se préoccuper surtout de ses intérêts commerciaux. Sous sa direction, les travaux maçonniques risquaient fort de perdre le caractère de dignité qui leur convient.
 Cela conduisit, par la suite, à de graves abus. Certaines loges donnèrent lieu, en effet, à des critiques malheureusement trop justifiées. On y admettait n'importe quel candidat, pourvu qu'il fût en état de subvenir aux frais d'initiation; puis, les «travaux de mastication» devinrent ouvertement la chose essentielle. l'Instruction maçonnique se concentrait avec prédilection sur ce vocabulaire grotesque et aucunement initiatique, dont on persiste parfois à faire usage dans les agapes ou banquets d'ordre.



L'Égalité

On ne se faisait cependant pas recevoir Maçon, même dans les loges équivoques, pour le seul plaisir de faire ripaille. Ce qui fascinait par dessus tout dans l'institution, c'est la pratique de l'égalité. On savait que, sous l'égide du niveau maçonnique, les plus grands seigneurs fraternisaient sans réserve avec ce que l'on appelait alors les gens du commun. Au sein des loges se trouvait donc réalisé l'idéal d'une vie plus parfaite. Les castes s'y effaçaient, l'individu n'y étant plus apprécié qu'en tant qu'Homme, c'est-à-dire en raison de sa valeur réelle, abstraction faite de ses conditions de naissance.
 La Franc-Maçonnerie vint ainsi offrir un excellent terrain de culture au ferment des idées révolutionnaires.
 Le gouvernement de Louis XV ne devait pas s'y tromper. Il ne s'était pas ému, tant que des étrangers seuls se réunissaient plus ou moins mystérieusement entre eux. Lorsque des personnages de la haute noblesse française se joignirent à eux, il ne songea pas encore à prendre ombrage. Mais dès qu'il fut reconnu que des manants s'associaient, sous le couvert de la Maçonnerie, aux gens de condition, l'autorité envisagea comme particulièrement suspect le mystère dont les Maçons s'obstinaient à s'entourer.
 Désormais, les loges furent surveillées par la police, qui fut amenée à prendre à leur égard une série de mesures de rigueur. Rien n'y fit: le mouvement était lancé. Les interdictions officielles, les arrestations brutales, les amendes infligées aux cabaretiers qui recevaient les Maçons ne firent que du bruit et de la réclame. On en fut quitte pour redoubler de précautions. Les esprits frondeurs estimèrent d'ailleurs piquant d'affronter quelque danger et de prendre des allures de conspirateurs.


Les premiers Grands-Maîtres

Vers la fin de 1736, les membres des quatre loges parisiennes, réunis au nombre d'une soixantaine, procédèrent pour la première fois, à l'élection d'un Grand-Maître. Le scrutin désigna Charles Radcliff, comte de Derwentwater, pair d'Angleterre, qui succéda au chevalier écossais Jacques Hector Macleane, lequel depuis plusieurs années, remplissait l'office de Grand-Maître, probablement en sa qualité de plus ancien Maître de loge 16).
 Se préparant à quitter la France 17), le nouveau Grand-Maître convoqua, pour le 24 juin 1738, une assemblée ayant mission de lui choisir un successeur.
 Il avait été entendu que la Grande-Maîtrise serait confiée désormais à un Français, élu ad vitam. En ayant été informé, le roi menaça de la Bastille celui de ses sujets qui se permettrait d'accepter ce poste. Louis de Pardaillon de Gondrin, duc d'Antin, connu d'abord sous le nom de duc d'Epernon, ayant été élu, ne s'en laissa pas moins proclamer «Grand-Maître général et perpétuel des Maçons dans le royaume de France».

 Louis XV ne crut pas devoir sévir contre ce Pair de France. En revanche, le lieutenant de police, Hérault, voulut s'en prendre à une réunion de Francs-Maçons que présidait précisément le duc d'Antin. Celui-ci se porta sans hésiter au devant du chef de lapolice, et, l'épée au poing, lui intima l'ordre de se retirer. Cet incident servit grandement la propagande maçonnique.
 Ce Grand-Maître énergique devait malheureusement mourir à l'âge de trente-six ans, le 9 décembre 1743.
 Il fut d'autant plus regretté que son successeur, Louis de Bourbon-Condé comte de Clermont, prince du sang, ne s'attacha aucunement à marcher sur ses traces.


16)   C'est par erreur que les historiens ont donné jusqu'ici la nom de «Lord Hanouester» comme celui de l'élu de 1736. Le nobiliaire britannique ignore ce personnage. Des documents conservés dans les archives de la grande Loge de Suède établissent, par contre qu'en 1735 Macleane a signé, à Paris, des pièces en qualité de Grand-Maître et que, l'année suivante le 27 octobre1736 son successeur signait: Derwentwater. Ces faits sont confirmés par un écrit paru en 1744, à Francfort et à Leipzig sousle titre: Der sich selbst vertheidigende Freimaurer.


17)   On suppose que lord Derwentwater se rendit à Rome, auprès du prétendant Charles-Edouard, avec qui il débarqua en Ecosse la 27 juin 1745. Fait prisonnier après la bataille de Culloden (27 avril 1746), désastreuse pour la cause des Stuarts, il fut décapité le 3 décembre 1746, partageant ainsi le sort de son frère aîné.



Constitution d'une autorité centrale

L'assemblée qui, le 11 décembre 1743, confia la grande-maîtrise au comte de Clermont, eut l'ambition de soumettre toutes les loges françaises à une autorité centrale rattachée à la Grande Loge d'Angleterre. C'est ainsi que fut alors adopté le titre de Grande Loge Anglaise de France, sans qu'une charte de grande loge provinciale ait été obtenue de Londres. Il s'agissait, moins de se subordonner au pouvoir maçonnique reconnu comme régulier, que de marquer l'adhésion aux mêmes principes et l'adoption d'un mode de travail identique.

 Deux faits sont à ce point de vue caractéristiques. D'abord la promulgation d'Ordonnances générales, destinées à servir de règle à toutes les loges du royaume. Or, ce premier code maçonnique français reproduit, en les adaptant aux circonstances, les principales dispositions du Livre des Constitutions du F∴ Anderson.
 Un article spécial stipule, en outre, que la Grande Loge ne reconnaît aucun grade en dehors de ceux d'Apprenti, Compagnon et de Maître, entendant ainsi répudier les nouveautés qui venaient de surgir.



Les Maîtres Écossais

Le 21 mars 1737, le chevalier André-Michel Ramsay, qualifié «Grand Orateur de l'Ordre», fut amené à prononcer, pour une réception de Francs-Maçons, un discours qui eut un immense retentissement.
 La Franc-Maçonnerie y était rattachée aux mystères de l'antiquité, mais plus directement encore aux ordres religieux et militaires qui se constituèrent à l'occasion des croisades. Instruit de l'histoire de son pays, Ramsay croyait de plus retrouver en Ecosse le foyer où les traditions maçonniques se seraient conservées avec le maximum de pureté.
 Ce morc∴, d'arch∴ ne visait qu'à instruire les néophytes et les Maçons en général. Des théories hasardées s'y trouvaient ex-posées avec une entière bonne foi. L'auteur ne proposait d'ailleurs aucune innovation, pas plus la création de grades supplémentaires, que la réforme du ritualisme alors en usage.
 Il a cependant été rendu responsable de toutes les inventions qui devaient lancer la Maçonnerie dans d'inextricables compli-cations. En réalité, Ramsay n'y fut directement pour rien, car jamais il n'imagina le système de grades qui lui fut attribué plustard. Mais ceux qui le conçurent s'inspirèrent visiblement des idées émises dans le fameux discours de 1737.
 Comparant la Maçonnerie à la Chevalerie religieuse, Ramsay avait fait correspondre
 les Apprentis aux Novices,
 les Compagnons aux Profès
 et les Maîtres aux Parfaits.
 On en prit texte, plus tard, pour combiner une Maçonnerie d'abord en six grades, puis en sept ou neuf, ensuite en vingt-cinqet finalement en trente-trois degrés.
 A l'origine, cependant, on ne vit surgir que des Maîtres Écossais, dont les intentions étaient on ne peut plus louables. Ils se proposaient, en effet, de réformer la Maçonnerie importée d'Angleterre, en prenant comme modèle la Maçonnerie d'Ecosse que, sur la foi des affirmations de Ramsay, ils croyaient plus ancienne et mieux organisée.
 Ces réformateurs ne semblent pas avoir immédiatement constitué un quatrième grade; mais comme ils prétendaient dans les loges à certaines prérogatives, la Grand Loge Anglaise de France crut devoir leur opposer le texte suivant, qui forme l'article 20 des Ordonnances générales arrêtées le 11 décembre 1743:
 «Ayant appris depuis peu que quelques frères se présentent sous le titre de maîtres écossais et revendiquent, dans certaines loges, des droits et des privilèges dont il n'existe aucune trace dans les archives et usages de toutes les loges établies sur la surface du globe, la Grande Loge, afin de maintenir l'union et l'harmonie qui doivent régner entre tous les Francs-Maçons, a décidé que tous ces maîtres écossais, à moins qu'ils ne soient Officiers de la Grande Loge ou de toute autre Loge particulière, doivent être considérés par les frères à l'égal des autres apprentis ou compagnons, dont ils devront porter le costume sans aucun signe de distinction.»


La Période critique

Les abus auxquels les Maîtres Écossais se proposaient de remédier provenaient surtout du recrutement défectueux de certaines loges. On y avait admis trop facilement des esprits frivoles ou grossiers, incapables de comprendre la Franc-Maçonnerie et de s'en montrer dignes. Ceux d'entre les Maçons qui se considéraient comme plus raffinés éprouvèrent alors la besoin de se distinguer des autres et de se réunir à part. S'étant concertés en assez grand nombre, ils résolurent de chercher à s'emparer graduellement de la direction des loges, afin d'y appliquer leurs projets de réforme.
 Cette conspiration ne fut pas du goût des Maîtres de loges parisiens réunis en Grande Loge. Aussi leur premier soin fut-il de se déclarer «perpétuels et inamovibles, de peur que l'administration générale de l'Ordre, confiée à la Grande Loge de Paris, enchangeant trop souvent de mains, ne devint trop incertaine et trop chancelante.» Constitué sous d'aussi fâcheux auspices, le pouvoir central de la Maçonnerie française devait nécessairement manquer d'autorité. Il eut contre lui l'organisation naissante des Maîtres Ecossais, qui, à la Maçonnerie dite «anglaise», préconisée par la Grande Loge comme seule authentique et régulière, ne tardèrent pas à opposer une autre Maçonnerie baptisée «ecossaise», prétendue de beaucoup plus ancienne, plus excellente et plus respectable.
 Il s'agissait, en réalité, d'une conception essentiellement française, dont on aurait en vain cherché le modèle en Ecosse. Mais Ramsay avait donné de la Maçonnerie de son pays une notion si avantageuse, que plus d'un Maçon français a pu, de la meilleure foi du monde, localiser dans les brumes du nord de la Grande-Bretagne des utopies conçues par contraste avec ce qu'ilavait sous les yeux.
 Les imaginations une fois lancées dans cette voie, il se trouva, par la suite, des fantaisistes assez peu scrupuleux pour étayer leurs assertions trompeuses de documents forgés de toutes pièces, ou pour le moins scandaleusement antidatés. En l'absence de toute autorité régulatrice reconnue, chacun voulut finalement se mêler de reformer ou de perfectionner la Maçonnerie à sa façon. C'est alors que l'on vit surgir de toutes parts les organisations les plus variées, s'intitulant: Mères-Loges, Chapitres, Aréopages, Consistoires et Conseils de toutes sortes. Les Maçons en étaient venus à ne plus se grouper qu'à la faveur d'un nouveau système de hauts-grades. Le plus récent de ces systèmes voulait naturellement toujours se faire passer pour plus ancien et plus illustre que tous les autres. Des légendes fallacieuses furent ainsi accréditées, et l'on inventa des grades aux titres de plus en plus flatteurs pour la vanité de ceux qui les recherchaient.



La Maçonnerie initiatique

L'exubérance vitale, qui s'est manifestée au sein de la Maçonnerie française du XVIIIe siècle, ne devait pas se traduire uniquement par des effets fâcheux.
 Réduite à la sécheresse de sa forme anglaise, la Maçonnerie ne pouvait guère convenir au génie latin. Le mot initiation implique pour nous bien autre chose que la simple révélation des «mystères» qui permettent aux Francs-Maçons de se reconnaître entre eux. Il évoque un passé prestigieux, et sollicite le Maçon moderne à réaliser l'idéal de l'Initié antique.
 Précisément, un académicien versé dans l'étude de l'antiquité, l'abbé Terrasson, avait fait paraître, en 1728, un roman philosophique intitulé Séthos, qui eut de nombreuses éditions. Ce récit, inspiré des Aventures de Télémaque, de Fénelon, avait pour héros un prince égyptien, dont l'éducation se complète sous la grande Pyramide. Là, dans des sanctuaires secrets machinés en conséquence, tout aspirant à la suprême sagesse devait, aux dires de l'auteur, subir les épreuves les plus terrifiantes.
 En comparant cette mise en scène dramatique — et d'ailleurs parfaitement imaginaire — au cérémonial de réception en usage dans la Franc-Maçonnerie, on fut amené à ne voir en celle-ci qu'une pâle réminiscence des anciens mystères. Des réformateurs se préoccuperont par suite, d'imprimer au rituel maçonnique un caractère plus conforme aux traditions initiatiques. Il devait viser à former réellement des Initiés, c'est-à-dire des hommes supérieurs, des penseurs indépendants dégagés des préjugés du vulgaire, des sages instruits de ce qui n'est pas à la portée de chacun.
 Sous l'empire de ces préoccupations, le rituel français des trois premiers grades fut progressivement transformé en un véritable chef-d'œuvre d'ésotérisme. Pour qui sait le comprendre, il enseigne à conquérir réellement la Lumière. Aucun des details du cérémonial qu'il prévoit n'est arbitraire; tout s'y tient, l'ensemble étant logiquement coordonné et chaque partie donnant lieu à des interprétations du plus haut intérêt.
 On ne saurait en dire autant du rituélisme des stades dits supérieurs, qui trahissent fréquemment, de la part de leurs auteurs, une ignorance déplorable en matière de symbolisme. Si mal venus qu'ils aient pu être, ces grades n'en présentaient pas moins une certaine utilité pratique. En conférant aux roturiers des titres pompeux de chevaliers ou de princes, ils réalisaient à leur manière l'égalité des conditions sociales, à une époque où il importait moins de rabaisser la noblesse que de s'élever jusqu'à elle.



Les Substituts du Grand-Maître

Si le comte de Clermont avait voulu prendre à cœur les fonctions de grand-maître, il aurait pu parer à la plupart des désordres qui devaient compromettre l'unité du la Maçonnerie française. De grandes espérances s'étaient fondées sur ce prince du sang, dont l'élection, confirmée avec empressement par les loges de province, semblait à tous pleine de promesses. Hélas! on ne devait pas tarder à reconnaître que le choix du grand-maître avait porté sur un courtisan et non sur un véritable Maçon.
 Sachant la Maçonnerie mal vue en haut lieu, le comte de Clermont se garda bien de prendre fait et cause pour elle. Loin d'user de son crédit pour la défendre contre un redoublement de tracasseries policières, il ne songea, dès le début, qu'à se dérober aux devoirs de la charge qu'il avait acceptée 18). Prenant prétexte du commandement que, sans le moindre talent militaire, il exerçait aux armées, son premier soin fut de transmettre ses pouvoirs au grand-maître à un substitut.
 Comme tel figura d'abord un banquier nommé Baure, lequel, plus timoré sans doute encore que le comte de Clermont, s'abstint complètement de faire acte de grand-maître. Comme il allait jusqu'à se dispenser d'assembler la Grande-Loge, on fit comprendre au comte de Clermont la nécessité de se choisir un mandataire plus actif. C'est alors que le maître de danse Lacorne, unintrigant suspect de complaisances honteuses, parvint à se faire nommer substitut particulier du Grand Maître, titre qui mit à sa discrétion toute l'administration maçonnique.


 Ce choix, estimé scandaleux, souleva des protestations véhémentes. Il y eut scission au sein de la Grande Loge, dont la majorité refusa de s'assembler sous la présidence de Lacorne. L'anarchie devint alors complète, sans que le Comte de Clermont tentât d'y remédier.
 En 1762, cependant, la confusion ayant été portée à son comble, les plus sérieuses représentations sont faites au comte de Clermont. Celui-ci se décide alors à révoquer Lacorne et à nommer le F∴ Chaillon de Jonville son substitut général. Il en résulte une trêve, qui rapproche momentanément les factions rivales. Mais l'harmonie n'est pas possible: des dissentiments s'élèvent de plus en plus aigus. On en arrive aux injures et même aux coups. Lorsque, le 4 février 1767, la Grande Loge s'assemble pour célébrer la fête de l'Ordre, un tumulte se produit et dégénère en pugilat. Le lieutenant de police, M. de Sartines, en ayant été informé, ordonne alors à la Grande Loge de suspendre ses séances.


18)   Le comte de Clermont n'osa porter le titre de grand-maître qu'à partir de 1747, le roi, par dérision sans doute, ayant alors daigné le lui permettre.



L'Autonomie illimitée des Loges.

En l'absence de tout pouvoir régulateur, la Franc-Maçonnerie française n'en continua pas moins à déployer ses potentialités latentes bonnes ou mauvaises. La Grande Loge n'avait jamais exercé d'ailleurs qu'un semblant d'autorité. En 1755, elle avait renoncé à se dire «anglaise», pour ne plus s'intituler que «Grande Loge de France».
 Ce changement de titre avait coïncidé avec une révision des statuts de l'Ordre. Le texte qui fut alors adopté stipule, à l'article 23, que seuls les Maîtres de Loge et les Ecossais auront le droit de rester couverts. Les Maîtres Ecossais reçoivent, en outre, mission d'inspecter les travaux des Loges et d'y rétablir l'ordre le cas échéant (article 42).

 C'était là, par rapport aux «Ecossais», un revirement complet d'attitude. Repoussées en 1743, leurs prétentions furent, douze ans plus tard, reconnues et légitimées par une sanction officielle. C'est que, dans l'intervalle, leur prestige avait grandi alors que s'amoindrissait celui du Grand-Maître. On les croyait seuls capables désormais de porter remède aux abus contre lesquels ils n'avaient cessé de s'élever.
 Ils ne purent malheureusement que veiller à l'observation plus scrupuleuse des formes rituéliques, sans réussir à rendre certaines Loges plus sévères en matière de recrutement. Une sorte de concordat tacite avait, du reste, été conclu entre eux et les Maîtres de Loge, dont ils étaient ainsi tenus de respecter l'inamovibilité. Or, c'est précisément celle-ci qui était la source des pires scandales.
 Il est à remarquer, que pendant la suspension forcée des travaux de la Grande Loge, quelques FF∴ remuants ne se firent aucun scrupule d'usurper son titre et d'agir en son nom. C'est ainsi qu'au commencement de 1768, la Grande Loge d'Angleterre fut saisie d'une proposition d'entrer en correspondance régulière avec la Grande Loge de France. Négligeant de se renseigner d'une façon précise, on crut à Londres pouvoir accepter, sans concevoir le moindre soupçon du subterfuge.
 En réalité, à partir de 1767, aucun lien administratif, si relâché soit-il, ne maintint plus, ne fût-ce qu'un semblant de cohesion entre les loges françaises. Pour la plupart, elles ne voulurent plus relever que d'elles-mêmes, Chacune pratiquait le rite qu'il lui avait plu d'adopter, et si tant d'ateliers se plurent alors à se dire «écossais», c'est que ce vocable couvrait toutes les fantaisies. Il consacrait l'indépendance des loges qui avaient rompu avec les règles et traditions de la Maçonnerie dite «anglaise».


Le Grand Orient de France.

A la mort du comte de Clermont, survenue le 16 juin 1771, la Grande Loge jusque-là en sommeil, fut convoquée en vue de procéder à l'élection d'un nouveau Grand-Maître. Son Altesse sérénissime Louis- Philippe-Joseph d'Orléans, duc de Chartres, qui prit plus tard le nom de Philippe-Egalité, obtint la majorité des suffrages.
 Tout comme son prédécesseur, ce personnage princier ne fut jamais qu'un piètre Maçon, qui devait aller, en 1793, jusqu'à renier formellement la Franc- Maçonnerie 19). On paraît, du reste, ne pas s'être trop illusionné sur son compte, car, en même temps que le Grand-Maître, dont les fonctions étaient surtout honorifiques, on eut soin de nommer un administrateur-général, chargé de présider d'une manière effective aux destinées de l'ensemble de la Maçonnerie française. Ce poste, qui n'était secondaire qu'en apparence, fut confié au duc de Luxembourg, alors âgé de trente-trois ans. Nul choix ne pouvait être mieux inspiré. Plein de zèle et d'ardeur, l'administrateur-général comprit qu'il lui incombait de grouper en un seul faisceau toutes les forces maçonniques du royaume. L'anarchie ayant atteint son paroxysme, le besoin d'une autorité centrale coordinatrice se faisait puissamment sentir. Résolu à constituer cette autorité, le duc de Luxembourg songea tout d'abord à provoquer des réformes au sein de la Grande Loge; mais il ne tarda pas à se convaincre qu'il n'y avait rien à espérer de ce côté. Les Maîtres de logesinamovibles se considéraient comme des détenteurs de fiefs et n'admettaient pas que leurs droits fussent mis en question.
 S'entourant alors des Maçons les plus compétents, l'administrateur-général élabora, de concert avec eux, un plan complet de réorganisation; puis, quand tout fut prêt, il prit une initiative sans précédent, eu invitant les loges de province à se faire représenter à Paris par des députés, lesquels, conjointement avec les représentants des loges de la capitale, devaient délibérer sur le projet de réforme et prendre, d'une manière générale, des mesures d'intérêt commun.

 L'assemblée qui, à la suite de cette convocation, se réunit à Paris, au commencement de mars 1773, prit le titre de Grande Loge Nationale. Elle se considéra comme investie de pleins pouvoirs pour l'organisation en France d'un gouvernement maçonnique basé sur le régime représentatif, la loi maçonnique devant être désormais l'expression de la volonté générale. Il fut donc décidé que chaque loge serait représentée d'une manière permanente, auprès de la nouvelle autorité centrale, appelée Grand Orient de France. On stipula, en outre, que les officiers des ateliers ne seraient plus élus que pour une année, ce qui mit fin au privilège du Maître de loge, intitulé depuis vénérable Maître ou simplement Vénérable.
 La diversité des rites étant admise, le Grand Orient ne visait pas à réaliser l'uniformité au sein de la Maçonnerie française. Il se bornait à constituer une centralisation essentiellement administrative, qui, tout en fédérant les loges, leur permettait de rester rattachées aux multiples corps maçonniques précédemment établis. L'autorité centrale reçut cependant mission de vérifier les pouvoirs de tous ces groupements, afin de déterminer nettement les droits de chacun.
 Tous les Maçons qui, à la suite de cette vérification générale, furent reconnus comme réguliers, reçurent communication, à partir de 1777, d'un double mot de reconnaissance, renouvelé tous les six mois. Cette mesure est restée particulière à la Maçonnerie française, l'emploi des mots de semestre ne s'étant pas répandu à l'étranger, où le «tuilage» continue à s'effectuer dans toute son ancienne ampleur.


19)   Voir Daruty. Recherches sur le Rite Ecossais, p. 134, la lettre par laquelle il répudie ses fonctions.



La Grande Loge de Clermont.

Les réformes provoquées par le duc de Luxembourg froissaient de nombreuses susceptibilités. Le Grand Orient avait été substitué a l'ancienne Grande Loge par une sorte de coup d'État, dont la légalité pouvait être contestée. Les mécontents se retranchèrent donc derrière des droits prétendus imprescriptibles, pour refuser d'adhérer au nouvel ordre des choses. Il y eut ainsi en France deux autorités maçonniques rivales, subsistant l'une à côté de l'autre en fort mauvaise intelligence. Tout en se dénonçant réciproquement comme irrégulières, elles n'en avaient pas moins simultanément toutes deux à leur tête, le duc de Chartres, en sa qualité de Grand-Maître de toutes les loges régulières de France. Les adversaires du Grand Orient formaient ce que l'on appelait communément la Grande Loge de Clermont, laquelle se désignait elle-même comme l'Ancien et Unique Grand Orient de France.



La Franc-Maçonnerie avant la Révolution.

De 1773 à 1789, la Maçonnerie prit en France une immense extension. Elle était alors en vogue. Il était de bon ton d'en faire partie. Ses mystères excitaient la curiosité générale, d'autant plus qu'on leur demandait la clef de toutes les énigmes. Les nouvelles idées semblaient ne pouvoir mieux s'accréditer qu'à la faveur des formes maçonniques. C'est ainsi que la Maçonnerie servit aux propagandes les plus diverses. Les initiations secrètes donnaient du piquant aux abstractions philosophiques les plus ardues; elles astreignaient à réfléchir sur des problèmes scientifiques, quand elles ne conféraient pas un enseignement voilé, mais d'autant plus redoutable, en matière politique.
 L'influence que les loges exercèrent sous ce dernier rapport a été mise en lumière par Louis Blanc dans les termes suivants:

 «Il importe, dit-il, d'introduire le lecteur dans la mine que creusaient alors sous les trônes, sous les autels, des révolutionnaires bien autrement profonds et agissants que les encyclopédistes 20)
 Puis il montre comment la chute de l'ancien régime fut préparée par les loges, sans que néanmoins il y ait eu complot de leur part. Les Maçons de l'époque n'étaient ni des conspirateurs ni des énergumènes se consumant en vaines déclamations contre les abus dont il y avait à se plaindre. C'étaient uniquement des hommes sincères, qui se contentaient de mettre en pratique dans les loges les idées de Liberté, d'Égalité et de Fraternité. Mais la F∴ M∴ présentait dans ses usages l'image d'une société fondée sur des principes contraires à ceux du milieu ambiant:
 «Dans les loges maçonniques, les prétentions de l'orgueil héréditaire étaient proscrites et les privilèges de la naissance écartés … Dans le cabinet de réflexions, le profane lisait cette inscription caractéristique: «Si tu tiens aux distinctions humaines, sors: on n'en connaît point ici!» Par le discours de l'orateur, le récipiendaire apprenait que le but de la F∴ M∴, était d'effacer les distinctions de couleur, de rang, de patrie; d'anéantir le fanatisme: d'extirper les haines nationales; et c'était là ce qu'on exprimait sous l'allégorie d'un Temple immatériel, élevé au grand architecte de l'univers par les sages des divers climats, temple auguste dont les colonnes, symboles de force et de sagesse, étaient couronnées des grenades de l'amitié.
 «Ainsi, par le seul fait des bases constitutives de son existence, la F∴ M∴, tendait a décrier les institutions et les idées du monde extérieur qui l'enveloppait. Il est vrai que les instructions maçonniques portaient soumission aux lois, observation des formes et des usages admis par la société du dehors, respect aux souverains. Il est vrai que, réunis à table, les Maçons buvaient au roi dans les Etats monarchiques, et au magistrat suprême dans les républiques. Mais de semblables réserves, commandées à la prudence d'une association que menaçaient tant de gouvernements ombrageux, ne suffisaient pas pour annuler les influences naturellement révolutionnaires, quoique en général pacifiques de la F∴ M∴. Ceux qui en faisaient part continuaient bien à être, dans la société profane, riches ou pauvres, nobles ou plébéiens; mais, au sein des loges, temples ouverts à la pratique d'une vie supérieure, riches, pauvres, nobles, plébéiens, devaient se reconnaître égaux et s'appelaient frères. C'était une dénonciation indirecte, réelle pourtant et continue, des iniquités, des misères de l'ordre social; c'était une propagande en action, une prédication, vivante 21)


20)   Histoire de la Révolution française (Les Révolutionnaires Mystiques), p. 37.

21)   Louis Blanc, loc. cit.



Claude de Saint-Martin.

Vers 1750, Martinez Pasqualis, un kabbaliste d'origine portugaise, institua le Rite des Élus Cohens (ou Prêtres), qui eut des loges à Bordeaux, à Toulouse, à Lyon et à Paris. On s'y livrait à des pratiques de théurgie. Les adeptes prétendaient approfondir la science des âmes et acquérir des facultés extraordinaires.
 Le plus célèbre d'entre eux fut Louis-Claude de Saint Martin dit le Philosophe Inconnu, qui devint à la fin du XVIIIe siècle le chef de l'école mystique française. Ses ouvrages eurent un immense retentissement, surtout le premier, intitulé: Des Erreurs et de la Vérité, ou les Hommes rappelés au principe universel de la Science. L'influence de ce penseur raffiné fut considérable. On lui doit la devise; Liberté, Égalité, Fraternité, comme le montre Louis Blanc dans son Histoire de la Révolution, au chapitre des «Révolutionnaires Mystiques» 22).


22)   Pages 46 et 47.



Mesmer.

Dès 1778, un médecin autrichien attira l'attention des savants français sur un agent thérapeutique qu'il croyait avoir découvert dans ce qu'il appelait le magnétisme animal. Repoussé d'abord avec mépris, il réussit à convaincre d'Eslon, le médecin du comte d'Artois. Ses théories magnétiques furent alors mises en lumière et justifiées par des cures surprenantes.
 D'Eslon et Mesmer, son initiateur, étaient Maçons, et, afin de n'enseigner leurs secrets qu'à des hommes choisis, reconnus incapables d'en faire mauvais usage, ils instituèrent une Maçonnerie ad hoc, pratiquant le rite dit de l'Harmonie universelle.


Cagliostro.

Nul homme n'eut le don d'émerveiller autant ses contemporains que Joseph Balsamo, plus connu sous le nom de comte de Cagliostro. Après avoir fait l'admiration des principales villes d'Europe, ce prestigieux Sicilien vint étonner Paris en 1785. Il y fut accueilli avec empressement par la loge les Philalèthes, qui était toujours en quête de mystères et de révélations surnaturelles. Or, Cagliostro se donnait comme un grand initié, instruit des suprêmes arcanes des antiques sanctuaires de Thèbes et de Memphis. A ce titre, il avait déjà fondé à Lyon la loge la Sagesse triomphante. A Paris, il perfectionna son système pour créer une Maçonnerie androgyne, prétendue égyptienne, dont il fut le Grand-Copte. La suggestion et l'hypnotisme y eurent une grande place et peuvent expliquer certaines pratiques divinatoires qui n'ont plus lieu de nous surprendre de nos jours.



La Maçonnerie d'Adoption.

Les Maçons français songèrent, dès 1730, à faire participer la femme aux travaux maçonniques. Diverses associations furent créées à cet effet, de 1740 à 1750, sous le titre de Félicitaires, d'Ordre des Chevaliers et Chevalières de l'Ancre, d'Ordre des Chevaliers et Nymphes de la Rose, d'Ordre des Dames Ecossaises de l'Hospice du Mont-Thaba, d'Ordre de la Persévérance, etc.
 Mais toutes ces créations ne se rattachaient que très vaguement à la F∴ M∴, qui n'accorda qu'en 1774 son patronage official à la Maçonnerie des Dames. De nombreuses loges d'adoption furent alors fondées. Parmi elles se distingua la loge la Candeur, dont les fêtes brillantes attiraient les plus hautes notabilités de la Cour (duchesse de Chartres, duchesse de Bourbon, princesse de Lamballe, etc.).



L'Initiation de Voltaire.

La loge des Neuf-Sœurs procéda, en 1778, à la réception de Voltaire, présenté par Franklin et Court de Gebelin. Ce fut un triomphe pour la Maçonnerie. La séance était présidée par Lalande, qui avait groupé autour de lui les Maçons les plus distingués de l'époque. Parmi ceux dont les noms sont restés célèbres, il convient de citer: Helvétius, Bailly, Mirabeau, Garat, Brissot, Camille Desmoulins et Condorcet; puis Chamfort, Danton, don Gerle, Rabaut Saint-Etienne, Pétion et le génovéfain Pingré, membre de l'Académie des Sciences.



L'Eglise et la Franc-Maçonnerie

La Maçonnerie française du XVIIIe siècle n'était nullement hostile au Catholicisme. Elle ne discutait aucune question de dogme, laissant à chacun ses croyances et ne demandant qu'à respecter tout ce qui, sous une forme quelconque, se rapportait auservice divin. Tout prêtre lui apparaissait comme sacré, l'ordination correspondant, selon les idées de l'époque, à la suprême initiation. Aussi les membres du clergé, tant séculier que régulier, étaient-ils accueillis dans les loges avec empressement. On leur conférait d'emblée les plus hauts grades, sans les astreindre aux épreuves traditionnelles, et cela le plus souvent à titre gratuit, sur simple présentation, toute enquête préalable étant jugée superflue. Dans ces conditions, plus d'un ecclésiastique cumula les dignités de l'Église avec celles de la Franc-Maçonnerie, et l'on trouvait cela tout naturel! A deux reprises déjà, la Papauté avait cependant lancé l'anathème contre les Francs-Maçons.
 La rumeur publique avait, en effet, révélé au pape Clément XII l'existence de certaines sociétés de Liberi Muratori ou de Francs-Maçons. On avait rapporté à Sa Sainteté, que, «dans ces associations, des hommes de toute religion et de toute secte, attentifs à respecter une apparence d'honnêteté naturelle, se liaient entre eux par un pacte aussi étroit qu'impénétrable. Se soumettant à des lois et à des statuts faits par eux-mêmes, ils s'engageaient, en outre, par un serment rigoureux prêté sur la Bible, et sous les peines les plus sévères, à tenir cachées, par un silence inviolable, les pratiques secrètes de leur société».
 Le Souverain Pontife en conçut les plus vives inquiétudes, et, faisant appel aux lumières de plusieurs cardinaux, il les réunit d'urgence à Rome le 25 juin 1737. On ne négligea pas de convoquer en cette occurrence l'inquisiteur du Saint-Office de Florence, qui fut pour beaucoup, sans doute, dans la rédaction de la bulle In eminenti Apostolatus Specula du 28 avril 1738.


 Clément XII part de ce principe que si les associations maçonniques «ne faisaient pas le mal, elles n'auraient point cette haine de la lumière». Il repasse ensuite dans son esprit «les grands maux qui résultent ordinairement de ces sortes de sociétés ou conventicules, non seulement pour la tranquillité des États, mais encore pour le salut des âmes. Aussi, dit-il, considérant combien ces sociétés sont en désaccord, tant avec les lois civiles qu'avec les lois canoniques, et instruit par la parole divine à veiller jour et nuit, en fidèle et prudent serviteur de la famille du Seigneur, pour empêcher ces hommes d'enfoncer la maison comme des brigands et de ravager la vigne comme des renards, c'est-à-dire de pervertir les coeurs simples, et, à la faveur des ténèbres, de percer de leurs traits les âmes pures; pour fermer la voie si large qui de là pourrait s'ouvrir aux iniquités qui se commaitraient impunément, et pour d'autres causes justes et raisonnables à nous connues, de l'avis de plusieurs de nos Vénérables Frères les Cardinaux de la Sainte Église Romaine, et de notre plein pouvoir apostolique, nous avons résolu de condamner et de défendre ces dites sociétés, assemblées, réunions, associations, agrégations ou conventicules appelés de Liberi Muratori ou deFrancs-Maçons, ou appelés de tout autre nom, comme nous les condamnons et défendons par notre présente constitution, qui demeurera valable à perpétuité.

 Le pape interdit ensuite aux fidèles toute espèce de rapport avec la F∴ M∴, sous peine d'excommunication «pour laquelle personne, si ce n'est à l'article de la mort, ne pourra recevoir le bienfait de l'absolution de qui que ce soit autre que nous-même ou le Pontife romain alors existant».

 Pour terminer, il est prescrit au clergé de faire usage de ses pouvoirs contre les transgresseurs comme fortement suspects d'hérésie. Ils doivent être punis des peines qu'ils méritent, et quand besoin sera, on ne doit pas hésiter à requérir l'intervention du bras séculier.
 Cette bulle devait rester sans effet en France, les magistrats du Parlement de Paris en ayant constamment refusé l'enregistrement. Elle ne fut donc jamais légalement promulguée dans les états de Sa Majesté très chrétienne, pas plus que la Constitution apostolique Providas de Benoît XIV, parue en 1751. Les Maçons français purent ainsi croire que les interdictions pontificales ne les concernaient pas.


Suspension des travaux maçonniques

Au cours de la tourmente révolutionnaire, presque toutes les loges cessèrent de se réunir. On croyait alors que l'idéal de laFranc-Maçonnerie allait se réaliser dans la société profane, et plus d'un Franc-Maçon estimait, avec le citoyen Philippe-Egalité, «qu'il ne doit y avoir aucun mystère ni aucune assemblée secrète dans une République, surtout au début de son établissement» 23). Le temps n'était d'ailleurs plus aux études sereines. La lutte qui enfiévrait les esprits s'opposait à la recherche calme et désintéressée du Vrai. Dans ces conditions, les clubs politiques, tapageurs et passionnés, répondaient infiniment mieux aux besoins des hommes d'action, que les loges, réservées au recueillement philosophique et à la tolérance humanitaire. Sauf de très rares exceptions, tous les ateliers maçonniques cessèrent donc de fonctionner à partir de 1793. Le régime de la Terreur fit tomber en sommeil le Grand-Orient de France, en même temps que tous les corps rivaux qui, à des titres divers, prétendaient au gouvernement des loges.
 En 1793, Rœttier de Montaleau, un Maçon courageux et zélé, entreprit de réveiller les loges du Grand-Orient, qui, au nombre de dix-huit, répondirent à son appel. Leur exemple fut suivi par quelques ateliers de l'ancienne Grande Loge de Clermont, qui, trop faibles pour constituer une puissance maçonnique autonome, acceptèrent, en 1799, de fusionner avec le Grand-Orient. Ce-lui-ci devint ainsi transitoirement l'unique pouvoir administratif de la Maçonnerie française.


23)   Lettre adressés par le Grand Maître au Secrétaire du Grand-Orient, le 5 janvier 1793. (Daruty, Recherches sur le Rite Écossais, p. 134.




Le Rite Ecossais

L'unité devait être rompue dès 1801 par le F∴ Claude-Antoine Thory, qui s'efforça de réorganiser l'ancien Rite Ecossais Philosophique, comportant dix grades (1. Apprenti. — 2. Compagnon. — 3. Maître. — 4. Maître parfait. — 5. Chevalier Elu Philosophe. — 6. Grand Ecossais. — 7. Chevalier du Soleil. — 8. Chevalier de l'Anneau lumineux. — 9. Chevalier de l'Aigle blanc et noir. — 10. Grand Inspecteur Commandeur). Ce corps, qui s'adressait plus particulièrement aux esprits épris d'Alchimie et de Mysticisme, se maintint jusqu'en 1826. Il eut son importance, puisque 75 loges ont travaillé sous ses auspices; mais un autre «Rite Ecossais» était destiné à le supplanter.

 Le 22 septembre 1804, le F∴ de Grasse-Tilly réussit, en effet, à constituer un Suprême Conseil pour la France des Souverains Grands Inspecteurs Généraux du 33e et dernier degré du Rite Ecossais Ancien Accepté. C'était une nouveauté importée de Charleston (Etats-Unis), où huit grades supplémentaires avaient été ajoutés aux vingt-cinq de l'ancien Rite de Perfection, propagé en Amérique en vertu d'une patente délivrée, le 27 août 1761, au F∴ Etienne Morin par le Conseil des Empereurs d'Orient et d'Occident.
 Pour accréditer l'innovation, ses auteurs n'avaient pas craint de l'attribuer à Frédéric II, roi de Prusse, à qui le pretendant Charles-Edouard Stuart passait pour avoir légué jadis la suprême direction de la Maçonnerie Ecossaise. On affirmait à ce sujetque, le 1er mai 1786, le monarque prussien avait revêtu de sa signature les grandes Constitutions qui portaient à 33 les degrés écossais.
 Les Maçons allemands ont démontré depuis à satiété le caractère apocryphe de ce document, dont l'original n'a du reste jamais pu être produit. Initié à Brunswick, le 15 aôut 1738, avant son avènement au trône, le grand Frédéric, ne s'est plus occupé de Maçonnerie à partir de 1744. Il n'a jamais possédé que les trois premiers degrés et l'on sait actuellement qu'il blâmait la complication des hauts-grades. Mais on ignorait tout cela en 1804, et la nouvelle hiérarchie de grades fut acceptée avec empressement. En voici la nomenclature:


1. Apprenti.
2. Compagnon.
3. Maître.
4. Maître Secret.
5. Maître Parfait.
6. Secrétaire Intime.
7. Prévôt et Juge.
8. Intendant des Bâtiments.
9. Maître Élu des Neufs.
10. Illustre Élu des Quinze.
11. Sublime Chevalier Élu (Chef des Douze Tribus)
12. Grand Maître Architecte.
13. Royale Arche.
14. Grand Élu, Parfait et Sublime Maçon (Ancien Maître Parfait, dit de la Perfection ou Grand Écossais de la Voûte sacrée de Jacques VI.)
15. Chevalier d'Orient ou de l'Épée.
16. Prince de Jérusalem.
17. Chevalier d'Orient et d'Occident.
18. Rose-Croix.
19. Grand Pontife ou Sublime Écossais de la Jérusalem céleste.
20. Vénérable Grand Maître de toutes les Loges régulières (ancien: Grand Patriarche Noachite).
21. Noachite (ou Chevalier Prussien; ancien: Grand Maître de la Clef de la Maçonnerie).
22. Chevalier Royale-Hache (Prince du Liban).
23. Chef du Tabernacle. (Grade Nouveau)
24. Prince du Tabernacle. (Grade Nouveau)
25. Chevalier du Serpent d'Airain. (Grade Nouveau)
26. Écossais Trinitaire (Prince de Merci), (Grade Nouveau)
27. Grand Commandeur du Temple. (Grade Nouveau)
28. Chevalier du Soleil (ancien 23e: Souverain Prince Adepte).

29. Grand Écossais de Saint-André. (Grade nouveau.)
30. Chevalier Kadosch (ancien 24e: Illustre Chevalier Commandeur de l'Aigle Blanc et Noir).
31. Grand Inspecteur Inquisiteur Commandeur. (Grade nouveau).
32. Sublime Prince du Royal Secret. (ancien 25e.)
33. Souverain Grand Inspecteur Général. (Grade nouveau)

 Comme le Grand-Orient pratiquait alors, sous le nom de «rite français», un système comportant sept grades, dont le dernier, celui de Rose-Croix, correspondait au 18e du rite écossais, les fondateurs du Suprême Conseil auraient pu se contenter de la collation des degrés qu'ils appelaient philosophiques (du 19e au 30e) et administratifs (31e, 32e et 33e). Se réservant ainsi dans la Franc-Maçonnerie un rôle d'état-major, l'Écossisme pouvait en assumer la direction spirituelle ou théorique, en abandonnant au Grand-Orient tous les soins d'administration et de gouvernement pratique.

 Un concordat fut bien signé dans ce sens, le 5 décembre 1804, mais les clauses n'en furent loyalement exécutées ni d'un côté ni de l'autre. Il y ont donc rupture dés l'année suivante à la suite de l'institution au Grand-Orient, le 21 juillet 1805, d'un Directoire des Rites 24). Il y eut dans la suite de nombreuses tentatives de fusion des Rites et d'unification, par ce moyen, de la Maçonnerie française. Mais la division devait se maintenir entre les Maçons «Écossais» et leurs F∴ «Français», les uns et les autres se targuant, avec quelque puérilité, de pratiquer les traditions maçonniques les plus pures.
 L'organisation définitive du Rite Écossais remonte d'ailleurs à 1821, le Suprême Conseil s'étant mis à constituer, à partir de cette époque, aussi bien des loges symboliques (des trois premiers degrés), que des ateliers supérieurs.


24)   Devenu, en 1814, Suprême Conseil des Rites et depuis Grand Collège des Rites, Suprême Conseil des Grands Inspecteurs Généraux, 33e et dernier degré du rite écossais ancien et accepté pour la France et toutes les possessions françaises.



La Maçonnerie Impériale

Après la Révolution, la F∴ M∴ fut soumise dans tous les pays à un régime de surveillance étroite. Pour se faire tolérer les Maçons durent protester dans les diverses monarchies de leur attachement au souverain.
 En France, le premier Consul fut sur le point de supprimer la société des Francs-Maçons. Les représentations des FF∴ Masséna, Kellermann et Cambacérès le décidèrent néanmoins à ménager une association qui n'était à craindre que si on l'obligeait à se cacher. Devenu empereur, Bonaparte jugea donc plus politique d'autoriser son frère Joseph à prendre la haute direction del'ordre, en acceptant la Grande-Maîtrise qui lui était offerte. Mais Cambacérès et Murat durent lui être adjoints en vue d'exercer une étroite surveillance au bénéfice du gouvernement.

 La Maçonnerie devint ainsi, en quelque sorte, une institution officielle. Envahie par la foule des dignitaires de l'Empire, elle dut s'abstenir de tout ce qui aurait pu contribuer à émanciper les esprits. Il ne lui était permis de vivre qu'à la condition d'afficher en toute circonstance l'adulation la plus plate du despotisme. Ce régime porta à son apogée la prospérité matérielle du Grand Orient qui, en 1814, comptait 905 loges, dont 73 militaires.
 Contrairement à toute attente, ces dernières, souvent fort indépendantes, se firent à l'étranger les propagatrices des principes de la Révolution. Des officiers républicains ont même pu conspirer sous le couvert de formes maçonniques spéciales. C'est ainsiqu'un certain Ordre du Lion intervint dans la tentative du général Mallet qui, en 1812, faillit renverser l'Empire.
 La Maçonnerie d'adoption, prétexte à de brillantes fêtes, de bienfaisance, bénéficia, d'autre part, des encouragements de l'impératrice Joséphine.



La Restauration

Les changements dynastiques de 1814 et 1815 mirent la Maçonnerie française en fâcheuse posture. Après avoir encensé l'Empire avec toute l'emphase d'une sincérité équivoque, on crut devoir amadouer Louis XVIII par des flagorneries élevées au même diapason. Lors des Cent Jours, il fallut faire volte-face, quitte à renchérir d'acclamations frénétiques en faveur du second retour du roi légitime!

 De cruelles humiliations firent ainsi expier à la Franc-Maçonnerie la faute qu'elle avait commise en sortant de sa sphère. Il ne lui appartient pas plus de féliciter que de blâmer les gouvernements sous l'autorité desquels ses adeptes se trouvent places, puisqu'elle astreint celui-ci à respecter, toujours et partout, l'ordre établi quel qu'il soit. Toute manifestation politique lui est, en conséquence, interdite, non moins par sa dignité, que par la conscience de sa haute mission éducative et philosophique.
 Il serait injuste, cependant, de se montrer trop sévère à l'égard de palinodies auxquelles, vu l'exceptionnelle difficulté des temps, il n'était guère possible d'échapper. L'Église, alors toute puissante, venait, en effet, d'entrer en ligne contre la Franc-Maçonnerie, que le clergé dénonçait à la haine de tous les amis du trône et de l'autel. Le pape Pie VII venait de lancer sa bulle Ecclesiam a Jesu Christo, du 13 septembre 1821. Elle est plus spécialement dirigée contre les Carbonari, dont la société est certainement, selon le pape «une imitation, sinon un rejeton de la F∴ M∴» — «La promiscuité d'hommes de toute religion et de toute secte» est un grief capital aux yeux de l'Eglise, qui redoute également de voir «donner à chacun, par la propagation de l'indifférence, en matière de religion, toute licence de se créer une religion à sa fantaisie et suivant ses opinions, système tel que peut-être ne pourrait-on pas en imaginer un plus dangereux.»

 Quant à la Constitution Apostolique Quo graviora de Léon XII, parue le 13 mars 1825, elle se borne à reproduire les précédentes condamnations en les étendant à toutes les sociétés secrètes, présentes et à venir, qui concevraient des projets hostiles à l'Eglise et aux souverainetés civiles. Les serments prêtés par les affilés sont déclarés nuls, en vertu de la décision du IIIe Concile de Latran qui déclare qu' «il ne faut point appeler serments, mais plutôt parjures, tous les engagements contraires au bien del'Église et aux institutions des Saints-Pères. Rien n'est d'ailleurs aussi touchant que l'affection du Pape pour les Princes Catholiques» ses «très-chers Fils en Jésus-Christ» qu'il aime «d'une tendresse singulière et toute paternelle.» Il les exhorte à lui prêter main forte contre des gens qui «sont semblables à ces hommes à qui Saint Jean, dans sa seconde épître, défend de donner l'hospitalité et qu'il ne veut pas qu'on salue, et que nos pères ne craignent point d'appeler les premiers-nés du démon.» — Aux fidèles qui seraient tentés de se laisser enrôler dans ces sectes criminelles, Léon XII cite la parole de l'Apôtre aux Romains: «Ceux qui font ces choses sont dignes de mort; et non seulement ceux qui les font, mais encore ceux qui s'associent à ceux qui les font.» Pour terminer, le Pape ouvre la porte au repentir. Il conjure les égarés de revenir à Jésus-Christ, et, «afin de leur aplanir une voie facile à la penitence», il suspend en leur faveur pendant l'espace d'une année, tant, l'obligation de dénoncer leurs associés, que la réserve des censures qu'ils ont encourues, en sorte que tout confesseur régulier peut momentanément les absoudre.

 Contrairement à celles du XVIIIe siècle, les nouvelles excommunications eurent en France leur plein effet. Il n'y avait plus de corps juridique pour en refuser l'enregistrement 25) et, grâce au concordat de 1801, le pape exerçait désormais un pouvoir qui ne lui avait jamais été concédé par l'ancienne monarchie.


25)   Voir page 60.



Le Règne de Louis-Philippe

La F∴ M∴, n'avait pas conspiré contre le gouvernement de Charles X, mais elle s'était montrée favorable aux idées liberals qui prévalurent en 1830. La monarchie constitutionnelle lui en fit un crime et se montra plus tracassière encore que le régime précédent.
 Condamnés dès lors à une réserve extrême, les Maçons furent détournés de tout travail sérieux. La politique leur étant interdite, celle-ci se tramait en dehors des loges, dans les «ventes» des Carbonari ou sous le couvert de conventicules plus secrets encore. Les idées nouvelles, dont Saint-Simon et Fourrier s'étaient faits les apôtres, se discutaient d'ailleurs en dehors de la Franc-Maçonnerie, qui se montrait méfiante à leur égard. Dans ces conditions, les temples maçonniques ne retentirent plus guère que des échos de querelles fastidieuses se renouvelant sans cesse entre Grand Orient et Suprême Conseil. Il y avait là de quoi rebuter de nombreux FF∴, qui, en se retirant, obligèrent leurs loges a se mettre en sommeil.

 Il y eut cependant des tentatives de fusion des Rites, d'abord en 1819 et 1826, puis en 1835 et en 1841. Si l'on ne parvint pas à s'unir, on finit cependant pas se tolérer réciproquement et à vivre presque en bonne intelligence. Le 10 décembre 1830 les deux puissances rivales offrirent même en commun une fête brillante au général Lafayette.
 Un réveil da l'activité maçonnique semble se manifester fin 1840, par la fondation d'une maison de secours en faveur des Maçons malheureux.
 Le Grand Orient tente ensuite de secouer la torpeur des loges en publiant un bulletin trimestriel de ses travaux (1843). Des Maçons instruits se trouvent ainsi encouragés à publier des ouvrages sur la Franc-Maçonnerie. Mal leur en prit, car, émue de divulgations déclarées illicites, l'autorité maçonnique se mit à sévir de la façon la plus malencontreuse, d'abord contre le F∴ Ragon, vénérable de la loge. «Les Trinosophes», auteur d'un Cours Philosophique et interprétatif des initiations anciennes et modernes, puis contre le F∴ Clavel, coupable d'avoir fait imprimer sans permission une Histoire pittoresque de la Franc-Maconnerie. Plus tard, le Grand Orient est assez mal inspiré pour entraver l'heureuse initiative des loges de province, qui se réunissent en congrès à la Rochelle (1845), à Rochefort et à Strasbourg (1840), puis à Saintes et à Toulouse (1847).



La Grande Loge Nationale de France

Le triomphe de la démocratie en 1848 devait avoir sa répercussion dans la F∴ M∴: dix-sept loges se dérobèrent à la tutelle du Suprême Conseil, pour se constituer en confédération indépendante, régie par une Grande Loge Nationale de France.

 La nouvelle puissance maçonnique proclame la souveraineté des loges, dont elle garantit l'autonomie. Elle vise à la fusion des rites et déclare abolis les grades supérieurs, dont elle met le rituel à la disposition des Maîtres.
 Ces procédés révolutionnaires ne sont goûtés ni du Grand Orient, ni du Suprême Conseil, qui refusent de reconnaître la Grande Loge Nationale. Celle-ci en revanche réussit à nouer des relations suivies avec la Maçonnerie étrangère.

 Mais la nouvelle organisation était trop démocratique. Elle déplut à la police, qui prononça la dissolution de la Grande Loge. Il fallut s'incliner, et, après s'être réuni une dernière fois le 15 janvier 1851, on se sépara, non sans avoir dressé un acte d'énergique protestation.



Révision constitutionnelle

Le premier code maçonnique du Grand Orient date de 1826. Avant cette époque la confédération n'était régie que par des statuts remontant à 1773 et par la série des décrets, souvent contradictoires, pris par les assemblées successives.
 Une révision des statuts adoptés en 1826 avait eu lieu en 1839; mais en 1847 on mit à l'étude un remaniement plus profonde de la loi maçonnique. On aboutit ainsi à un projet de constitution élaboré par une commission spéciale. Ce travail fut soumis en1849 à la sanction des représentants de toutes les loges de France, sans distinction de rite. Tous les Maçons réguliers avaient du moins été invités à coopérer à cette œuvre réformatrice, mais, en fait, les ateliers du Grand Orient envoyèrent à peu près seuls des délégués.
 La nouvelle Constitution permet aux loges d'exercer un contrôle permanent sur les actes de l'administration centrale. A cet effet les mandataires de tous les ateliers de la confédération se réunissent chaque année pendant une semaine en Assemblée générale ou Convent, avec mission de voter des mesures d'intérêt commun, de procéder à l'élection des administrateurs de l'Ordre, de sanctionner la gestion financière, etc.



Dieu et l'immortalité de l'Ame

Tout en déclarant que la F∴ M∴, regarde la liberté de conscience comme un droit propre à chaque homme et qu'elle n'exclut personne pour ses croyances, les constituants de 1819 crurent devoir proclamer comme principe fondamental de la F∴ M∴ la croyance à l'existence de Dieu et à l'immortalité de l'âme.

 Ces déclarations constitutionnelles furent dans la suite jugées contradictoires.



Le Prince Lucien Murat

En 1848 le Grand Orient s'était départi de la réserve stricte que la F∴ M∴, doit s'imposer en matière politique. Une délégation officielle avait exprimé ses félicitations aux membres du gouvernement provisoire.

 Ce précédent entraîna aux démarches les plus humiliantes lorsque se produisit le coup d'État. La Grande-Maîtrise, restée vacante depuis 1814, dut alors être rétablie au bénéfice du prince Murat, qui, imposé par le gouvernement, fut docilement élu le 9 janvier 1852.
 Ce cousin de l'Empereur voulut régir en despote. Afin de paralyser l'inclinaison de la F∴ M∴, il lui suscita des embarras financiers par l'acquisition de l'hôtel de la rue Cadet, puis en 1860, il n'hésita pas à faire intervenir la police pour assurer sa réélection. Au vote, ce fut cependant le prince Napoléon qui obtint la majorité. Mais un ordre impérial obligea les deux princes à décliner toute candidature. La Grande-Maîtrise resta par suite sans titulaire jusqu'au 11 janvier 1862, date d'un décret de l'Empereur nommant lui-même le Maréchal Magnan Grand-Maître du Grand Orient.

 C'est à cette même année (1862) que remonte la fondation de l'Orphelinat Maçonnique, institution qui n'a cessé depuis de rendre d'immenses services.



Le Maréchal Magnan

En plaçant à la tête de la Maçonnerie l'un de ses complices du coup d'Etat, l'Empereur n'avait pas précisément eu vue de favoriser les travaux symboliques.
 La nouveau Grand-Maître apporta tout d'abord dans l'exercice de ses fonctions une brutalité bien digne d'un héros de guerre civile. Il fit sommation au Suprême Conseil du Rite Ecossais d'avoir à se rallier de force au Grand Orient.
 Mais les Maçons écossais ne se montrèrent accessibles à aucune intimidation. Ils avaient à leur tête l'académicien Viennet, qui répondit aux injonctions arbitraires de la créature de l'Empereur par la lettre suivante:

«Paris, le 25 Mars 1862.
«Monsieur le Maréchal,
«Vous me sommez pour la troisième fois de reconnaître votre autorité maçonnique, et cette dernière sommation est accompagnée d'un décret qui prétend dissoudre le Suprême Conseil du Rite Ecossais ancien et accepté. Je vous déclare que je ne me rendrai pas à votre appel, et que je regarde votre arrêté comme non avenu.
«Le décret impérial qui vous a nommé Grand-Maître du Grand Orient de France, c'est-à-dire d'un rite maçonnique qui existe seulement depuis 1772, ne vous a point soumis l'ancienne Maçonnerie qui date de 1723. Vous n'êtes pas, en un mot, comme vous le prétendez, Grand-Maître de l'Ordre Maçonnique en France et vous n'avez aucun pouvoir a exercer à l'égard du Suprême Conseil que j'ai l'honneur de présider: l'indépendance des loges de mon obédience a été ouvertement tolérée, même depuis le décret dont vous vous étayez sans en avoir le droit.

«L'Empereur a seul le pouvoir de disposer de nous, si sa Majesté croit pouvoir nous dissoudre, je me soumettrai sans protestation; mais comme aucune loi ne nous oblige d'être Maçons malgré nous, je me permettrai de me soustraire, pour mon compte, à votre domination.
«Je suis, etc.
«Signé: Viennet.»

 Cette attitude énergique attira vers l'Écossisme les esprits hostiles à l'Empire, et le Suprême Conseil, en dépit de son organisation peu démocratique, devint désormais un centre de protestation républicaine.
 L'échec du Maréchal Magnan lui fît concevoir une plus haute idée de la F∴ M∴. Instruit peu à peu par ses conseillers, il devint finalement un Maçon sincère, dont le zèle produisit les plus heureux résultats. Il s'efforça de réparer tout le mal dû à la fâcheuse intervention du prince Murat. Les finances du Grand Orient furent réorganisées. Puis, comme les pouvoirs de la Grande-Maîtrise avaient été étendus d'une manière abusive, le Maréchal se fit le promoteur d'une révision constitutionnelle qui restitua à l'Assemblée générale du Grand Orient l'exercice intégral du pouvoir législatif. Il obtint en outre de l'Empereur le droit pour le Grand Orient de nommer à nouveau son Grand-Maître. Enfin son changement d'attitude fut si complet, que, lors de sa mort, survenue en 1865, il avait acquis des droits à la reconnaissance des Maçons.



Le Général Mellinet

Pendant les cinq dernières années de l'Empire, le Grand Orient eut à sa tête le général Mellinet, vieux Maçon profondément dévoué à la F∴ M∴, qu'il servit avec autant de bienveillance que de fermeté.
 La Maçonnerie française était alors à l'apogée de son prestige. L'anathème fulminé contre elle à plusieurs reprises par le fougueux Pie IX lui valut les sympathies de tous les esprits éclairés que révoltait le Syllabus.
 Le Grand Orient avait pris l'habitude d'intervenir auprès des différentes puissances maçonniques, chaque fois qu'un principehumanitaire paraissait méconnu. Il insista auprès de la Maçonnerie prussienne pour lui faire rapporter les décisions prises àl'égard des Israélites, déclarés inadmissibles dans la F∴ M∴. Des démarches furent faites, en outre, pour amener les loges américaines à ne plus refuser l'initiation aux hommes de couleur. Enfin, le Grand Orient s'affirmait au dehors avec une autorité digne de la nation française, qui se complaisait dans la mission chevaleresque qu'elle s'était attribuée.
 Les loges, d'autre part, se livraient à des études qui eurent à l'intérieur un retentissement considérable. Tandis que le F∴ Massol préconisait la Morale Indépendante, des questions de philosophie ou d'économie sociale et politique étaient partout discutées avec une grandi liberté.



La Troisième République

En 1870, le F∴ Babaud-Laribière n'accepta la Grande-Maîtrise que pour préparer la suppression de cette dignité. Les travaux maçonniques furent interrompus par la guerre franco-allemande. Dix loges parisiennes se réunirent cependant en septembre 1870 dans l'intention de charger une députation de se rendre auprès du roi de Prusse, à l'effet de faire appel à son cœur de Franc-Maçon. Il s'agissait d'obtenir que ses troupes épargnassent femmes, vieillards et enfants, tout en respectant la propriété individuelle et en s'abstenant de bombardements inhumains comme celui de Strasbourg. Surexcitée par des discours véhéments la réunion vota finalement un manifeste déclarant le roi et le prince royal de Prusse, «ces monstres à face humaine», indignes de leur titre de Franc-Maçon.
 Voulant éviter une effusion de sang entre Français, les Maçons parisiens organisent le 29 avril 1871 une manifestation pacifique qui parvint jusqu'à Neuilly, d'où une délégation se rendit à Versailles sans rencontrer auprès du Gouvernement l'esprit de conciliation espéré.
 L'autorité allemande ayant exigé, à la suite de l'annexion de l'Alsace-Lorraine, que les huit loges de la région rompissent toute relation avec le Grand Orient de France, ces ateliers préférèrent cesser leurs travaux et se dissoudre. Leurs membres fondèrent à Paris la L∴ Alsace-Lorraine et le Grand-Orient brisa tout rapport avec les puissances maçonniques de l'empire allemand.
 Après les désastres qui atteignirent si cruellement leur pays, les Maçons français ne songèrent plus qu'au relèvement de la patrie. En présence de la catastrophe amenée par le régime césarien, tous leurs efforts visèrent désormais au triomphe de la démocratie. La cause de la F∴ M∴ fut identifiée avec celle de la République, et si les luttes électorales ont pu parfois tenir une trop grande place dans les préoccupations des loges, c'est que l'étendard maçonnique avait rallié tous les amis du progrès qui s'entendirent pour déjouer les embûches de la réaction et du cléricalisme.



Le Convent de Lausanne

La Maçonnerie Ecossaise, qui s'est fait beaucoup de tort par ses légendes mal fondées et par sa hiérarchie prétentieuse, voulut en 1875 se donner une organisation internationale. Tous les Suprêmes Conseils se firent à cet effet représenter à Lausanne, où l'on arrêta les Grandes Constitutions qui doivent régir l'ensemble des Maçons Ecossais.



Le Grand Architecte de l'Univers

L'Assemblée générale du Grand Orient avait eu fréquemment à discuter l'article 1er de la Constitution. Il fut reconnu en 1876 que la F∴ M∴ doit s'abstenir de toute affirmation dogmatique. Consultées sur le maintien du paragraphe stipulant que la F∴ M∴, a pour principes, l'existence de Dieu et l'immortalité de l'âme, les loges donnèrent mission à leurs mandataires de voter la suppression de ce texte malencontreux. Le Convent de 1877 modifia donc la Constitution dans le sens requis.

 Cette décision entraîna l'abandon de la formule «A la gloire du Grand Architecte de l'Univers» que traditionnellement on plaçait en tête de tous les documents maçonniques.

 Quelques ateliers voulurent faire ressortir plus tard que le vote du Convent de 1877 n'impliquait pas nécessairement cette mesure. Le dogme devait être écarté, mais une formule essentiellement symbolique n'aurait du offusquer personne, puisque chacun reste libre de l'interpréter selon ses convictions personnelles.
 Mais une Assemblée, qui n'a que quelques jours devant elle pour se prononcer sur un très grand nombre de questions, ne peut apporter dans son examen ni le soin, ni la compétence désirables. Le symbolisme maçonnique resta donc mutilé.

 A l'étranger, on en prit texte pour rompre avec le Grand Orient de France. La Grande Loge d'Angleterre pouvait obéir en ce-la à de vieilles rancunes contre une puissance maçonnique qui avait un moment éclipsé son prestige. De même que la Maçonnerie suédoise, elle devait, en outre, voir d'un mauvais œil la propagande républicaine des Maçons français. Quant aux diverses Grandes Loges des Etats-Unis, elles furent inspirées autant par leurs sentiments piétistes, que par leur animosité contre une obédience qui avait voulu leur imposer la fraternité des nègres. — Les cléricaux ne manquèrent naturellement pas cette occasion de déclamer contre l'athéisme de la F∴ M∴.



La Grande Loge Symbolique Écossaise

En 1868, 1873 et 1879. le Suprême Conseil avait frappé de radiation un certain nombre d'Ateliers et de Maçons qui s'étaientinsurgés contre son autorité.
 A la suite de ces mesures disciplinaires, douze loges victimes de leur attachement aux idées de progrès et d'émancipation maçonniques, constituèrent une alliance autonome sous le nom de Grande Loge Symbolique Ecossaise.
 La nouvelle puissance maçonnique fut aussitôt reconnue par le Grand Orient et plus tard par le Suprême Conseil. Ne pratiquant que les trois premiers degrés, elle revendiquait pour les loges le droit de s'administrer elles-mêmes et se basait essentiellement sur le principe: Le Maçon libre dans la Loge libre.



L'Encyclique «Humanum Genus»

Dans son Allocution solennelle «Multiplices inter» du 25 septembre 1865, Pie IX avait énuméré les actes par lesquels ses prédécesseurs avaient prétendu exterminer «cette société perverse vulgairement appelée Maçonnerie.» Mais il le constate le cœur navré: «Ces efforts du Siège apostolique n'ont pas eu le succès que l'on eût dû espérer. La secte maçonnique n'a été ni vaincue ni terrassée: au contraire, elle s'est tellement développée, qu'en ces jours difficiles elle se montre partout avec impunité et lève le front plus audacieusement que jamais.» De là, nouvel anathème, dont la Maçonnerie ne se trouva pas plus mal, au contraire. Mais, comme la papauté ne peut pas se résoudre à reconnaître l'inanité de ses foudres, nous voyons paraître, le 20 avril 1884, une très longue instruction de Sa Sainteté Léon XIII.

 Le pape y prend à partie la F∴ M∴, et ce qu'il appelle le «naturalism», par opposition au surnaturalisme révélé de l'Eglise. Il applique son éloquence à réfuter des doctrines qu'il prête souvent fort gratuitement à ses adversaires. Mais, ce qui surprend de la part d'un pape que l'on a voulu faire passer pour un homme de génie, c'est qu'il se fasse l'écho des plus pitoyables racontars. «Ceux qui sont affiliés, dit-il, doivent promettre d'obéir aveuglément et sans discussion aux injonctions des chefs; de se tenir toujours prêts, sur la moindre notification, sur le plus léger signe, à exécuter les ordres donnés, se vouant d'avance, en cas contraire, aux traitements les plus rigoureux, et même à la mort. De fait, il n'est pas rare que la peine du dernier supplice soit infligée à ceux d'entre eux qui sont convaincus, soit d'avoir livré la discipline secrète de la Société, soit d'avoir résisté aux ordres des chefs; et cela se pratique avec une telle dextérité que la plupart du temps, l'éxécuteur de ces sentences de mort échappe à la justice établie pour veiller sur les crimes et pour en tirer vengeance.»

 Quel est de nos jours l'homme de bon sens qui s'attache encore à de pareilles fables? Est-il admissible que l'on soit de bonne foi lorsqu'on se fait l'écho d'aussi ridicules calomnies? En tous les cas, on comprend les Maçons du XVIIIe siècle qui ne prenaient pas les excommunications au sérieux.



Révision des Rituels

Les formes traditionnelles de la F∴ M∴, avaient cessé d'être comprises par un grand nombre de Maçons. L'initiation réelle était perdue. On réclamait par suite des réformes tendant à tout simplifier, sous prétexte de se mettre en harmonie avec les progrès — et malheureusement aussi avec l'ignorance — du siècle.
 Le Grand Collège des Rites du Grand Orient de France crut donner satisfaction à toutes les exigences en publiant un ritual inspiré des desiderata formulés par les ateliers (1886).
 Mais le nouveau cérémonial ne fut pas du goût des Maçons instruits, qui le jugèrent dénué de toute portée ésotérique. Sur leur avis, beaucoup de loges refusèrent de renoncer aux anciens usages. D'autres au contraire, renoncèrent à toute espèce de symbolisme. Il en est résulté un défaut absolu d'homogénéité, contre lequel il est très important de réagir.


Congrès Maçonniques internationaux

L'Exposition universelle de 1889 devait réunir à Paris un grand nombre de Maçons étrangers. Le Grand Orient voulut enprofiter pour convoquer un congrès maçonnique international, permettant à la Maçonnerie française de se justifier des accusations dirigées contre elle depuis 1877.
 Les motifs des décisions prises à cette époque furent exposés d'après les documents officiels, de manière à bien établir que, si la F∴ M∴, s'est refusée à prendre pour base un dogme, c'est qu'elle entend planer au-dessus de toutes les questions d'églises et de sectes. Elle tient à dominer toutes les discussions, sans prendre parti pour aucune école. Le temple symbolique ne saurait ressembler à quelque chapelle étroite: il ne peut représenter que le vaste abri toujours ouvert à tous les esprits généreux et vaillants, à tous les chercheurs consciencieux et désintéressés de la Vérité, de même qu'à toutes les victimes du despotisme et del'intolérance. Les puissances maçonniques qu'il importait le plus de convaincre n'avaient malheureusement pas cru devoir répondre à l'invitation du Grand Orient, dont la situation ne resta éclaircie qu'aux yeux des fédérations amies. Mais celles-ci, du moins, se déclarèrent pleinement satisfaites des explications fournies, aux termes desquelles il n'avait jamais été question de substituer une négation matérialiste à une affirmation spiritualiste, l'unique souci des Maçons français ayant été de sauvegarder le principe de la liberté absolue de conscience, en restant dans l'esprit de l'article premier de la Constitution de 1723 26).
 Le Congrès de 1889 eut d'ailleurs pour résultat pratique de faire ressortir la nécessité d'une organisation permettant aux corps maçonniques du monde entier de se concerter et d'entretenir des relations suivies. On songea tout d'abord a convoquer des congrès périodiques, auxquels toutes les puissances maç∴ du monde devraient être représentées. Mais une entente préalable était indispensable à cet effet; c'est ce que comprit la Grande Loge Suisse «Alpina», qui proposa par la suite la constitution d'un Bureau international de relations maçonniques.
 Le Bureau ne devait entrer en fonction que le 1er janvier 1903. — Dans l'intervalle, une conférence maçonnique universelle avait eu lieu à Anvers, du 21 au 24 juillet 1894. Elle fut suivie, en 1896, d'une réunion qui se tint à La Haye, à l'occasion de la célèbre conférence diplomatique relative au désarmement et à l'arbitrage entre nations. L'Exposition de 1900 permit ensuite de donner un éclat particulier au deuxième Congrès maçonnique de Paris. Puis vint, en septembre 1902, le Congrès de Genève, auquel des délégués allemands participèrent pour la première fois à titre officieux. Ils devaient ensuite assister officiellement au Congrès maçonnique international de Bruxelles, en août 1904 et préluder, dans ces deux circonstances, à la réconciliation des Grandes Loges de leur pays avec la Maçonnerie française.


26)   Voir page 38.



La Grande Loge de France

La scission, dont la Grande-Loge symbolique Ecossaisse était issue en 1880, n'avait pas empêché le Suprême Conseil de persister à régir en souverain les ateliers placés sous sa juridiction. Les loges cependant devaient, par la suite, s'émanciper peu à peu de son autorité qui, en fin de compte, ne fut plus guère reconnue qu'en théorie. Ce relâchement eut une répercussion d'autant plus fâcheuse sur le trésor central, que la gestion financière du Suprême Conseil avait soulevé des critiques dont prirent prétexte les ateliers peu empressés à s'acquitter de leurs redevances.
 Pour sortir d'embarras, le Suprême Conseil consentit à octroyer aux loges leur autonomie administrative (Décret du 7 novembre 1894). Aussitôt les délégués de toutes les loges écossaises, dissidentes ou non, résolurent de se constituer en Grande Loge de France. Cette nouvelle fédération devait réunir les loges placées jusqu'ici sous l'obédience du Suprême Conseil à celles qui avaient formé la Grande Loge Symbolique Écossaise. La fusion fut immédiatement acceptée en principe; mais, le 23 février 1895, on crut devoir l'ajourner jusqu'au moment où les deux groupes auraient liquidé chacun sa situation financière. L'unité dela Maçonnerie symbolique écossaise ne fut ainsi réalisée qu'à partir de 1897. Encore n'y eut-il pas d'emblée fusion effective entre les éléments qui avaient consenti à s'associer. Longtemps encore chacun d'eux devait conserver son individualité, avec ses tendances propres, souvent contradictoires, au sein de la nouvelle organisation.

 Celle-ci eut ainsi des débuts difficiles, car aux antagonismes à concilier s'ajoutait la nécessité de substituer l'ordre à l'anarchie dans les rapports entre les loges et l'autorité centrale. Grâce à des concessions réciproques, l'harmonie fut cependant toujours maintenue et progressivement consolidée. Les Maçons dévoués qui eurent à présider aux destinées de la Grande Loge de France surent, en outre, inspirer confiance, donner aux loges des habitudes de régularité, en assurant, par ce fait, le bon fonctionnement administratif de la fédération.

 Ils comprirent d'ailleurs que la Grande Loge de France pouvait se préparer un brillant avenir, en nouant des relations fraternelles avec toutes les puissances maçonniques reconnues comme régulières. Dans l'intérêt de ces relations, la Grande Loge prit soin de ne s'écarter en rien des traditions symboliques de la Maçonnerie universelle. Elle croyait ainsi pouvoir entrer officiellement en rapport avec toutes les autres Grandes Loges, et des démarches furent faites en conséquence. Il lui fut alors objecté de n'être pas pleinement souveraine et indépendante puisque, dans le but de rester «ecossaise», elle continuait à travailler, «au nom et sous les auspices du Suprême Conseil du Rite Ecossais Ancien Accepté pour la France et ses dépendances».
 Cette objection fut levée par un décret du Suprême Conseil, rendu le 26 juillet 1904, à la suite duquel la Grande Loge de France a pu se proclamer strictement autonome, indépendante et souveraine. Il fut alors possible à la fédération française des loges du Rite Ecossais d'entrer en relations d'amitié avec de nombreuses puissances maçonniques étrangères, et en particulier avec l'Union des huit grandes loges allemandes.



Publications maçonniques françaises

En 1890 parut le dernier fascicule de la Chaîne d'Union, revue mensuelle dirigée pendant vingt-cinq ans par le F∴ Hubert avec un infatigable dévouement.
 La Truelle tente de recueillir sa succession, mais les efforts de ses rédacteurs échouent devant l'apathie des Maçons, qui avaient déjà laissé péricliter le Monde Maçonnique.
 Le Bulletin Maçonnique, fondé en 1880, resta longtemps ainsi en France l'unique organe périodique destiné à faire connaître les travaux des loges. Cette publication devenue la Revue Maçonnique mensuelle cessa de paraître en 1910.


 Depuis octobre 1902, parut ensuite L'Acacia, revue mensuelle d'études maç∴, rédigée exclusivement par des Franc-Maçons. Cet organe important a beaucoup contribué à relever le prestige de la Maçonnerie française aux yeux des Maçons instruits de l'étranger. A partir de 1910, la Lumière Maçonnique publia mensuellement d'intéressants travaux. Ces deux revues s'éteignirenten 1914.
 Le Symbolisme parut d'abord de 1912 à 1914, puis reprit en 1920 une propagande qui vise à mettre l'idée maçonnique à la portée de tous les initiables.
 L'Etoile flamboyante n'eut, en 1919, qu'une durée éphémère.


La presse maçonnique relie entre eux les Maçons les plus instruits du monde entier. Elle s'efforce de dissiper les malentendus entre Maçonneries nationales et s'élève contre les abus.
 Alors que les gouvernements maçonniques ne parviennent pas à s'entendre et font obstacle à l'unité de l'institution, l'accord s'établit entre écrivains maçonniques au bénéfice de l'esprit d'universalité qui est l'essence même de la F∴ M∴

 



The Decline of Corporations

In becoming rich and powerful, the Church necessarily had to corrupt itself. There came a time when the high clergy, given over to all the intrigues of politics, flaunted the most insolent luxury and no longer even bothered to hide the corruption of their morals.
 The faithful were scandalized. Their old fervor gave way to doubt and many heresies could take root in people's minds. It was the dawn of the intellectual awakening that was brewing.
 The new state of mind had its repercussions on religious architecture. Donors became scarce. By dint of building churches, there were churches everywhere, and the members of the Saint John confraternities found less and less where to use their talents. They had specialized in excess in the so-called "Gothic" style, now out of fashion. Then came Luther's schism, which, by unleashing frightful religious wars, ended up disorganizing the old construction corporations.
 They threatened to disappear, leaving of themselves only vague documentary traces, but affirming their past power through incomparable monuments, which will always prevail in the admiration of posterity.


The Kabbalah

Not everything was to be lost. A transformation was taking place, provoking first of all an intellectual movement of the highest interest.
 While the disputes of dogma divided the minds, elite intelligences wanted to impartially deepen religious questions. They were thus led to study more specifically the religious metaphysics of the Jews. These claimed to be in possession of a secret doctrine dating back to Moses: in their eyes it was the tradition par excellence, called Qabba-lah in Hebrew. They were, in fact, to a large extent, concepts derived from Alexandrian Gnosticism, and thus borrowed from the heritage of the ancient initiation. Their characteristic was to bring out the fundamental concordance of religions. These mystical reveries had the practical effect of suggesting the idea of a philosophy that would unite indiscriminately the faithful of all cults, without forcing them to renounce their particular beliefs.
 Eminent thinkers, in communion of will with one another, devoted all their brain energy to speculations of this kind, which resulted in a particular tension in the mental atmosphere of the seventeenth century.



The Rosicrucians

The excess of evil calls for a remedy. The ravages of blind fanaticism were to lead to the dream of universal regeneration through love and science. Around 1604, a secret association 9) wanted to remind Christianity of its mysteries and teach the world the laws of brotherhood.

 The affiliates had chosen as their emblem a rose fixed on a cross and told each other the legend of a certain Christian Rosenkreuz, whose work they claimed to continue. Much was said about them and, while losing themselves in the clouds of Hermeticism and Theosophy, they nevertheless succeeded in exciting the imaginations and in sowing there the germs, whose hatching was not to be long in coming.


9)   The order of the Rose-Croix was never organized as a body. One was considered as belonging to it by the sole fact that one possessed certain knowledge. The Brethren of the Rose-Croix did not meet to deliberate or work together. They contented themselves with maintaining epistolary correspondence and communicating the results of their studies to each other.



Modern Freemasonry.

The conception of an ideal (Column J) remains sterile, as long as the practical means of realization are lacking (Column B). The generous aspirations of the philosophers could only be implemented with the help of a positive organization. The spirit or the soul can do nothing if they do not have a body as an instrument of execution.
 Back at the time when, thanks to the Rosicrucians and other mystics, a spiritual entity hovered in a way in the air, eager to incarnate, a propitious organism came to offer itself to it.
 No longer having their raison d'être, the old Masonic confraternities were everywhere dissolved, except in Great Britain and Ireland, where a spirit favorable to the survival of all ancient and respectable tradition has always reigned. By force of a habit impregnated in the customs, the associations of free and accepted Masons therefore still subsisted in the 17th century in various centers of the three island kingdoms. It was then common knowledge that the Freemasons recognized each other by certain signs, which they had sworn to keep secret. It was also known that, in all circumstances of life, they were obliged to help each other. After its decline, from the point of view of the exercise of the art of building, the practice of solidarity became, in fact, to be the essential object of these fraternities. The fashion then spread to be accepted as an honorary member, and the Masonic Lodges were all the more welcoming to "gentlemen" who did not professionally handle the trowel, as the people of the trade became more and more disinterested in an institution that did not respond to their practical needs. The accepted Masons thus gradually became as numerous as the Free Masons, and, at the beginning of the 18th century, they were frankly in the majority.

 It was at this point that a resolution of extreme importance was taken. This resulted in the renouncing of the material enterprises of the old professional so-called operative Masonry, as opposed to the new purely philosophical so-called speculative Masonry.
 Thus was born modern Freemasonry, which borrows from the builders of the Middle Ages a set of allegorical forms and ingenious symbols, rules of good discipline, and traditions of fraternal solidarity, in order to apply everything to the teaching of a social architecture, striving to build human well-being, working for the intellectual and moral improvement of individuals.



Elias Ashmole.

Modern Masonry responded to a need felt throughout Europe by the noblest minds. It spread so quickly that it looked like a miracle. Also, when later one wanted to go back to its origin, one could not escape the idea that, like Minerva emerging fully armed from the brain of Jupiter, the Masonic conception must have been matured by some brilliant thinker.
 In order to discover the founder of such a wonderful institution, the English Masons of the 17th century were reviewed. It was thus learned that, on October 16, 1646, a learned antiquarian, follower of Hermetism and secret knowledge then in vogue, was received a Mason in Warington, a small town in the county of Lancaster. There was no need for more to raise Elias Ashmole — this is the name of that person — a hero of legend. He was given all the credit for the reform accomplished. According to Bro. Ragon and other historians, it would be he, the Rose-Croix, who would have given an initiatory character to the primitive worker rituals. 10) However, this is not true; the influence that this lover of occult sciences exerted on Freemasonry is nil. Probably disappointed by the nature of the "mysteries" which were revealed to him during his initiation, he did not reappear in the Lodge until 31 years later, on March 11, 1682, for the second and last time in his life, as evidenced by his diary, which he never stopped keeping with scrupulous meticulousness.


10)   This reckless assertion, recognized since inaccurate, was reproduced on page 25 of the first edition (1894) of the Book of the Apprentice.



The first Grand Lodge.

Contrary to what, in good logic, it is allowed to imagine, the positive documents show us the organization of modern Masonry arising unconsciously. The greatest things can, indeed, be called into existence by individuals who have no suspicion of the scope of their actions.

 This was the case with the London Masons who, on June 24, 1717, gathered to celebrate the traditional feast of Saint John the Baptist. They were members of four so unprosperous lodges that, in order not to fall apart entirely, they decided to remain united under the authority of special officers. However, as each of the lodges was presided by a Master, 11) the title of Grand Master was given to the president of the new grouping, which was called Grand Lodge. It is still doubtful that these titles were adopted as early as 1717, the main concern having very well been, that year, to meet again in sufficient number at the next summer solstice.
 The first Grandmaster was Antony Sayer, an obscure man of very modest condition. He was chosen for want of a better one, so they hastened, in 1718, to give him as successor George Payne, a wealthy bourgeois, who had not attended the previous meeting. The next elected was John Theophilus Desaguliers, 12) Doctor of philosophy and law, member of the Royal Society of Sciences in London. After serving one year as Grand Master, this distinguished physicist returned the gavel to Bro. Payne, for want of a more illustrious personage.
 To establish the prestige of the Grand Lodge, it was important to put a quality man at its head. So the Masons of London fulfilled their wishes, when in 1721, His Grace, the Duke of Montagu, deigned to accept the dignity of Grand Master. This choice had the best effect on the secular world. It now became fashionable to belong to the Society of Freemasons, universally regarded as a distinguished company.


11)   To distinguish him from the other Masters, he was given the epithet of "Venerable" (Worshipful Master), or was referred to as Master in the Chair or Chair Master, from which came the expression of Master in Chair (Meister vom Stuhl or Stuhlmeister in German).

12)   Born in La Rochelle, March 12, 1683, son of a Calvinist pastor who had to take refuge in England following the revocation of the Edict of Nantes (1685).
 *



The Book of Constitutions.

The changes made to the regime of the fraternities of builders led to the promulgation of a new code of Masonic law. The drafting was entrusted to Bro. James Anderson, whose work is entitled: The Book of Constitutions of the Freemasons, containing the history, charges and regulations of that most ancient and right worshipful fraternity.
 It is said there, "as regards God and religion":
 "A Mason is obliged, by his tenure, 13) to obey the moral law; and, if he rightly understands the Art, he will never be a stupid atheist, nor an irreligious libertine."

 "But though, in ancient times Masons were charged in every country to be of the religion of that country or nation, whatever it was, yet it is now considered more expedient only to obliged them to that in which all men agree leaving their particular Opinions to themselves; that is, to be good men and true, or Men of honor and honesty, by whatever confessions or persuasions hey may be distinguished."


 "Whereby Masonry becomes the Center of Union, and the means of conciliating true Friendship among Persons who, outside of it, must have remained at a perpetual Distance."
 Regarding the civil authority, supreme or subordinate, we read:
 "A Mason is a peaceful subject to the civil powers, wherever he resides or works; he must never be involved in plots or conspiracies against the peace and welfare of the Nation, nor to behave himself undutiful towards subordinate magistrates, for as Masonry hath been always injured by war, bloodshed, and confusion …"

 If any Brother were to rise up against the State, we should be careful not to encourage his rebellion, while taking pity on him as an unhappy man. If, moreover, it is not convinced of any other crime, the loyal confraternity — although bound to disavow the rebellion, so as not to offend the established government, nor to provide it with a reason for political mistrust — cannot expel him from the Lodge, his relationship with it remaining indissoluble. "
 Article VI, which deals with "conduct in the Lodge" finally recommends:
 "May your disputes or your complaints never cross the threshold of the Lodge, avoid, above all, controversies over religions, nationalities or politics, bearing in mind that as Masons, we only profess the universal religion already mentioned. We are, of course, of all nations, of all languages, of all races, and if we exclude all politics, it is because in the past it has never contributed to the prosperity of lodges, and will not contribute much in the future."


13)   Feudal term: obligation contracted by the holder of the fiefdom.



The Fundamental Principles of Freemasonry.

In the light of the preceding extracts, modern Freemasonry appears to us as an association of chosen men, whose morality has been so well proved that, feeling completely secure from one another, they could practice a sincere and unreserved brotherhood among themselves.
 These men, recognized as good, loyal, and honest, are obliged to avoid, with the greatest care, anything that might divide them. They are especially forbidden to seek quarrels as to their intimate convictions, both religious and political. Their characteristic virtue having to be, in all things, TOLERANCE.
 However, to be tolerant, it is essential to acquire broad ideas and to rise above the narrowness of all prejudices. Freemasonry strives, therefore, to emancipate minds; it is dedicated, in particular, to freeing them from the errors which maintain mistrust and hatred among men. These, in her eyes, should be valued only because of the effective value they derive from their intellectual and moral qualities, any other distinction of creed, race, nationality, fortune, rank, or of social position, having to be erased within Masonic meetings.



Rapid expansion of Freemasonry.

The Masonic code, drawn up and printed by order of the Grand Lodge of England, received the solemn approval of the latter on January 17, 1723. It has always been considered, since, as the document which determines the characteristic norms of modern Freemasonry. Its importance is, therefore, capital, since any organization which deviates from the principles by which it was inspired, would cease, by the very fact, to be Masonic.
 Anderson's book made it possible, moreover, to make the new confraternity widely known, which responded to both the noblest and the most generous aspirations. It did not take long to exert a real fascination on many elite minds. It was seen, particularly, an influx of thinkers who were then enamored with the doctrine of Humanitarianism. Was it not a form, an organization, which offered itself spontaneously, to clothe with a tangible body the conceptions, hitherto nebulous, of the philosophers? While sectarianism and intolerance had just set Europe on fire and blood, one should highly appreciate, moreover, the breadth of views that the Freemasons displayed in matters of religion and dogmatism, no less than with regard to political dissent. The purity of principles and the elevation of tendencies were finally associated with certain aspects of mystery and impenetrability, the seduction of which was no less powerful.
 Under these conditions, the lodges multiplied very rapidly, first in England, Scotland and Ireland, then on the continent, finally reaching the ends of the civilized world.

 In the beginning, it is true, the lodges were not always founded by virtue of formal powers emanating from the first Grand Lodge. Any Master Mason, regularly initiated in England, believed he had the right to spread the Masonic light abroad. To this end, he surrounded himself, as much as possible, with a few other Masons and proceeded with them to initiate others according to ritualistic forms. Strictly speaking, he initiated, with his private authority, a layman whom he considered worthy of this favor; then, between the two of them, they proceeded to the initiation of a new member, so as to constitute a Simple Lodge, destined to later become Just by the association of two new members, and finally Perfect when its number reached or exceeded seven.
 A lodge could also be held in any locale suitably closed and sheltered from any indiscretion. Certain figures drawn in chalk on the floor were enough to transform any place into a sanctuary.
 It is easy to conceive that Lodges so easily formed, could have disappeared with equal ease, without leaving documented traces of their activity. Also, the history of the introduction of Freemasonry in different countries is very often shrouded in deep obscurity. It is often reduced to equivocal narratives, the accuracy of which is impossible to verify.



Anglo-Saxon Masonry.

As soon as a great lord was at the head of the Grand Lodge of England, his prosperity was immediately assured. Only twelve lodges took part, on June 24, 1721, in the election of the Duke of Montagu. Three months later, there were sixteen, then twenty at the end of the year; in 1725, forty-nine lodges were represented at the Grand Lodge.
 What especially made people seek Masonic initiation from now on, is that it conferred, in a way, a patent of respectability. The English public, however, showed some distrust of a society so indifferent in matters of religion. In order to give confidence, the Freemasons were not slow to demonstrate scrupulous Anglican orthodoxy in all things.

 A whole movement took shape in this direction shortly after 1723, many timorous minds were scandalized by the innovations enshrined in the Book of Constitutions. This one had, in their eyes, the grave error of not making any belief obligatory, whereas, traditionally, every Mason had the imperative duty to be faithful to "God and to the Holy Church."
 Jealous of their autonomy, many of the Lodges refused to grant the Grand Lodge of London an authority which they claimed was usurped.
 For this reason and under other pretexts, a series of divisions took place within English Masonry that had as a consequence, as of 1751, two rival Grand Lodges opposing each other openly.
 The most recent of these Grand Lodges was practically constituted only in 1753. As its members prided themselves on remaining attached to ancient customs and called themselves Ancient Masons, as opposed to the Modern Masons, whose Grand Lodge was, in fact the oldest, since it dates back to 1717.
 This was what historians have called the Great Schism. The constitution of the Ancients made the belief in God compulsory. Their ritual abounded in prayers and multiple biblical quotations, as well as pious formulas. It also included an additional degree, that of Royal Arch.
 Under these conditions, given the spirit that reigns among the Anglo-Saxons, competition from the Ancients was to prove disastrous for the Moderns. In order not to discredit themselves entirely in their own country, they had to give in, gradually capitulating on most of the principles which, at the beginning, had seduced the best thinkers in Europe.
 From reaction to reaction, the Moderns finally came to be no different from the Ancients, except in ritualistic details. There was no longer any serious obstacle to the merger of the two English Grand Lodges, which in 1813 united to form the United Grand Lodge of England.



The beginnings of Masonry in France.

English refugees may have engaged in Masonic work in France shortly after 1649, the date of the death sentence and execution of Charles I. Among those of them who frequented the court of Saint-Germain, or among the officers of the Irish regiments in the service of the King of France, there were very likely accepted Masons. Did they sometimes meet, in consecrated forms, to "hold a lodge" according to the custom of the time? This is quite possible, but to this day we lack documented evidence. 14)
 In any case, it was not about the foundation of permanent lodges, which only met periodically from the first quarter of the seventeenth century. Still, nothing can be affirmed regarding the first lodges, which were regularly constituted on the Continent: L'Amitié et Fraternité, in the Orient of Dunkerque (currently Lodge n° 313 of the Grand Lodge of France) and the Perfect Union, Orient of Mons, claim priority in this regard, both claiming to be founded by virtue of constitutions issued by the Duke of Montagu in 1721.
 Unfortunately, the proceedings of the Grand Lodge of England make no mention of any such creation.
 For Paris, the first Masonic meetings can be traced back to 1725. A group of Englishmen, led by Charles Radclyffe, who became Lord Derwentwater after the beheading of his older brother, 15) the Chevalier Maclean (of whom the French made Maskelyne), and François Heguerty, a cadet in the Dillon regiment, seems to have gotten into the habit, around this time, of meeting in the rue des Boucheries, at the place of an English restaurateur named Hure, whose shop was called "Louis D'Argent." This lodge could not be constituted except by its own initiative [motu proprio], that is, by virtue of the rights that its founders believed they had due to their initiation and did not perhaps pretend to give themselves a distinctive title. It seems, however, that it was placed under the patronage of Saint Thomas of Canterbury.
 Composed almost exclusively of Jacobin refugees it had no connection whatsoever with the Grand Lodge of London, whose central authority tended to spread. Certain French Masons saw an inferiority there, so they founded on May 7, 1729, a new lodge, of which André-François Lebreton became the first Master. This was the Saint-Thomas lodge at the Louis d'Argent which met in rue de la Boucherie, "In the City of Tonnerre," at Debure's. On April 3, 1732, it was granted a regular charter under n° 90, by the Viscount of Montagu, then Grand Master of the Grand Lodge of England. This lodge was visited in 1735 by Desaguiliers and the Duke of Richmond, who directed its work in the midst of a brilliant audience, including Montesquieu and the Earl of Waldegrave, Ambassador of England.
 From this lodge arose, on December 1, 1729, another lodge, which first took the name of its founder, the English lapidary Coastown, known as Coustaud, to later be called Loge des Arts Sainte-Marguerite.
 A fourth lodge was finally constituted in 1735, on the rue de Bussy, in the house of a restaurateur named Landelle. It became the Lodge of Aumont, when the Duke of that name was initiated therein.


14)   A vehement opponent of Freemasonry, Mr. Gustave Bord, who has engaged in the most careful historical research claims to have the evidence, but has not published it.

15)   James Radcliffe, executed in London, February 14, 1716.



Masonic work according to the English concept.

English Masons never felt the need to impart a particularly philosophical character to their work. By encouraging or stirring up discussions within the Lodges, they feared to contravene this spirit of fraternity that Freemasonry has for its essential mission to propagate and maintain. They have always believed that it is only necessary to practice in the Lodges the ritual and nothing else. Also, during their meetings, they limit themselves to proceeding scrupulously, in all forms, to carry out the work. As this is, however, a monotonous occupation, often tedious and always very arid, they compensate for it each time with a feast, which they considered well earned. In ritualistic ceremonies, the most perfect discipline is observed: everyone stands correct, solemn, and dignified, not allowing himself to exchange a word with his neighbor. But when the workers are called from labor to refreshment, and when, closed in the temple, the work is resumed in another form around the banquet table, then all constraint disappears, the most frank cordiality is established between the diners, and it is glass in hand, that the fraternity manifests itself truly expansive.

 It was for this reason that the Parisian Lodges, which did not know any other way of working, invariably met in restaurants. Among these, there were some who sought to exploit the situation, by being initiated as Masons and even by acquiring the right to hold lodge in their establishment. Now, the Lodge Master who sold food and drink had a natural tendency to be primarily concerned with his business interests. Under his direction, Masonic works were in great danger of losing the character of dignity which suited them.

 This subsequently led to serious abuse. Certain lodges in fact gave rise to criticism that was unfortunately too justified. Any candidate was admitted, provided he was able to meet the initiation costs; then, the "chewing works" openly became the essential thing. Masonic instruction was reduced with predilection to grotesque vocabulary devoid of initiatory sense, which still persists in its use at the banquets of the "Equality Order."



Equality.

However, one did not initiate a Mason, even in irregular lodges, for the sole pleasure of feasting. What fascinated, above all, in the institution was the practice of equality. It was known that, under the protection of the Masonic level, the greatest lords fraternized without reservation with those who were then called "Villains" [commoners]. Within the lodges was, therefore, realized the ideal of a more perfect life. The castes were erased there, the individual no longer being appreciated except as a Man, that is to say because of his real value, apart from his conditions of birth.
 Freemasonry thus came to offer an excellent breeding ground for the ferment of revolutionary ideas.
 The government of Louis XV could not be mistaken. He hadn't flinched, as long as only strangers met more or less mysteriously. When figures of the French high nobility joined them, he did not yet think of taking umbrage. But as soon as it was recognized that the peasants were associating themselves, under the cover of Masonry, with people of condition, the authorities considered as particularly suspect the mystery with which the Masons insisted on surrounding themselves.
 From then on, the lodges were monitored by the police, who were compelled to take a series of strict measures against them. Nothing helped: the movement was launched. The official prohibitions, the brutal arrests, the fines imposed on the innkeepers who received the Masons only caused noise and publicity. Efforts were made to redouble the precautions. The rebellious spirits found it attractive to face some danger and take on the appearance of conspirators.


The first Grandmasters.

Towards the end of 1736, the members of the four Parisian lodges, gathered in the number of about sixty, proceeded for the first time to elect a Grand Master. The ballot elected Charles Radcliff, Earl of Derwentwater, peer of England, who succeeded the Scottish knight Jacques Hector Macleane, who for several years had filled the office of Grand Master, probably in his capacity as the oldest lodge master. 16)
 Preparing to leave France, 17) the new Grand Master convened an assembly, for June 24, 1738, for the purpose of electing him as a successor.
 It had been agreed that the office of Grand Master would henceforth be reserved for a Frenchman, elected ad vitam. The King having been informed, he threatened with the Bastille that one of his subjects would allow himself to accept that position. Louis de Pardaillon de Gondrin, Duke of Antin, formerly known as the Duke of Epernon, having been elected, none the less allowed himself to be proclaimed "General and perpetual Grand Master of Masons in the kingdom of France."
 Louis XV did not think it necessary to crack down on this peer of France. However, the police lieutenant, Hérault, wanted to join a meeting of Freemasons presided over precisely by the Duke d'Andin. The latter went without hesitation in front of the chief of police and, sword in hand, ordered him to withdraw. This incident greatly served Masonic propaganda.
 This energetic Grand Master was unfortunately to die at the age of thirty-six on December 9, 1743.
 He was all the more regretted because his successor, Louis de Bourbon-Condé, count of Clermont, prince of royal blood, did not strive to follow in his footsteps.


16)   It is by mistake that historians have given so far the name of "Lord Hanouester" as that of the one elected in 1736. The British aristocrat ignores this person. Documents preserved in the archives of the Grand Lodge of Sweden establish, to the contrary, that in 1735 Maclean signed documents in Paris in his capacity as Grand Master and that, the following year on October 27, 1736, his successor signed: Derwentwater. These facts are confirmed by a writing published in 1744, in Frankfurt and Leipzig under the title: Der sich selbst vertheidigende Freimaurer.

17)   It is assumed that Lord Derwentwater went to Rome, with the Pretender Charles-Edouard, with whom he landed in Scotland on June 27, 1745. Taken prisoner after the battle of Culloden (April 27, 1746), disastrous for the cause of the Stuarts, he was beheaded on December 3, 1746, thus sharing the fate of his older brother.



The Establishment of a central authority.

The assembly that, on December 11, 1743, entrusted the office of Grand Master to the Count of Clérmont, had the ambition to submit all the French lodges to a central authority attached to the Grand Lodge of England. This is how the title of the English Grand Lodge of France was adopted, without a charter of provincial Grand Lodge having been obtained from London. They were less concerned with subordinating themselves to the Masonic power recognized as regular, than with manifesting adherence to the same principles and the adoption of an identical mode of work.
 Two facts are characteristic from this point of view. First, the promulgation of General Ordinances, intended to serve as a rule for all the lodges of the kingdom. Also, this first French Masonic code reproduces, by adapting them to circumstances, the main provisions of Bro. Anderson's Book of Constitutions.
 A special article further stipulates that the Grand Lodge does not recognize any degree apart from those of Apprentice, Fellowcraft, and Master, thus intending to repudiate the novelties which had just arisen.



The Scottish Masters

On March 21, 1737, Chevalier Andrew Michael Ramsay, qualified "Grand Orator of the Order," was called upon to deliver, for a reception of Freemasons, a speech that had an immense impact.
 [In it] Freemasonry was linked to the mysteries of antiquity, but even more directly to the religious and military orders which were formed during the Crusades. Educated in the history of his country, Ramsay believed that he would also find in Scotland the home where Masonic traditions would have been preserved with the maximum of purity.
 This Masonic Oration was only intended to educate neophytes and Masons in general. Daring theories were expounded there with complete good faith. The author did not propose any innovation, nor the creation of additional degrees, nor the reform of the ritualism then in use.
 Yet, it was made responsible for all the inventions which were to throw Masonry into inextricable complications. In reality, Ramsay had nothing to do with it directly, for he never imagined the system of degrees that was later attributed to him. But those who conceived it were obviously inspired by the ideas put forward in the famous speech of 1737.
 Comparing Masonry to religious chivalry, Ramsay had made to correspond:
 The Apprentices to Novices,
 the Craftsmen to the Professed
 and the Masters to the Perfects.
 The text was later taken as a basis to combine a Masonry in six degrees, then in seven or nine, then in twenty-five, and finally in thirty-three degrees.
 Originally, however, only Scottish Masters were seen to appear, whose intentions were undoubtedly highly commendable. They intended, in fact, to reform the Masonry imported from England, taking as a model the Masonry of Scotland which, based on Ramsay's assertions, they believed to be older and better organized.
 These reformers do not seem to have immediately established a fourth degree; but as they claimed certain prerogatives in their lodges, the English Grand Lodge of France believed it a duty to oppose them with the following text, which forms Article 20 of the General Ordinances decreed on December 11, 1743:
 "Having learned recently that some brothers present themselves under the title of Scottish Masters and claim, in certain lodges, rights and privileges of which there is no trace in the archives and customs of all the lodges established on the surface of the globe, the Grand Lodge, in order to maintain the union and harmony which should reign among all Freemasons, has decided that all these Scottish Masters, unless they are Officers of the Grand Lodge or any other particular Lodge, must be considered by the brethren equal to the other Apprentices or Craftsmen whose insignia they must wear, without any sign of distinction."


The Critical Period

The abuses which the Scottish Masters set out to remedy stemmed mainly from the faulty recruitment of certain lodges. Frivolous or coarse minds, incapable of understanding Freemasonry and showing themselves worthy of it, had been easily admitted. Those of the Masons who considered themselves more refined then felt the need to distinguish themselves from others and to meet separately. Having agreed in large numbers, they resolved to seek to gradually seize the management of the lodges, in order to implement their plans of reform.
 This conspiracy was not to the liking of the Masters of Parisian lodges which had constituted their Grand Lodge. Thus, their first care was to declare themselves "perpetual and immovable, lest the general administration of the Order, entrusted to the Grand Lodge of Paris, changing hands too often, might become too uncertain and hesitant." Constituted under such vexing auspices, the central power of French Masonry was bound to lack authority. It had against itself the nascent organization of the Scottish Masters, who, to the so-called "English" Masonry, advocated by the Grand Lodge as the only authentic and regular one, did not take long to oppose another Masonry called "Scottish," which claimed to be much older, more excellent, and more respectable.
 It was, in reality, an essentially French conception, the model of which would have been sought in vain in Scotland. But Ramsay had given such a favorable notion of the Masonry of his country that more than one French Mason could, in the best faith in the world, locate in the mists of northern Britain utopias conceived in contrast to what he had under their eyes.
 Once his imaginations were thrown down this road, he found himself, consequently, some fanciful enough unscrupulous people to back up their misleading assertions with forged documents, or at least scandalously backdated ones. In the absence of any recognized regulatory authority, everyone finally wanted to get involved in reforming or perfecting Masonry in their own way. It was then that the most varied organizations were seen to emerge everywhere, entitled: Mother Lodges, Chapters, Areopagus, Consistories, and Councils of all kinds. Masons had come to be grouped only in the heat of a new system of high degrees. The most recent of these systems naturally always wanted to pass themselves off as older and more illustrious than all the others. False legends were thus credited, and more and more flattering degrees were invented for the vanity of those who hunted for honors.



Initiatic Masonry

The vital exuberance, which manifested itself in 18th century French Masonry, was not to be translated into unfortunate effects only.
 Reduced to the dryness of its English form, Masonry could hardly suit the Latin genius. The word initiation means to us much more than the simple revelation of the "mysteries" that allow the Freemasons to recognize each other. It evokes a prestigious past, and calls on the modern Mason to realize the ideal of the ancient Initiation.
 Precisely an academic well versed in the studies of antiquity, Father Terrasson published, in 1728, a philosophical novel entitled "Sethos," which had many editions. This tale, inspired by the Adventures of Telemachus, by Fenelon, had for hero an Egyptian prince, whose education is completed under the great Pyramid. There, in secret sanctuaries prepared on purpose, anyone aspiring to supreme wisdom was, according to the author, to undergo the most terrifying trials.
 By comparing this dramatic setting — perfectly imaginary indeed — to the ceremonial reception in use in Freemasonry, it was not seen in this more than a pale reminiscence of the ancient mysteries. Some reformers took care at once to give the Masonic ritual a character more in conformity with the initiatory traditions. It had to aim to really train Initiates, that is to say superior men, independent thinkers, freed from the prejudices of the common people, wise men educated in what is not within the reach of everyone.
 Under the influence of these concerns, the French ritual of the first three degrees was gradually transformed into a true masterpiece of esotericism. For those who can understand it, it teaches how to really conquer the Light. None of the details of the ceremonial were arbitrary; The whole is logically coordinated, and each part gives rise to interpretations of the highest interest.
 The same cannot be said of the ritualism of the so-called higher degrees, which frequently betray, on the part of their authors, a deplorable ignorance of symbolism. However, misguided they may have been, these degrees were nonetheless of some practical utility. By conferring on the commoners pompous knightly or princely titles, they achieved in their own way the equality of social conditions, at a time when it was less important to demean the nobility than to rise up to it.



The Grand Master's Substitutes

If the count of Clermont had wanted to take to heart the functions of Grand Master, he could have avoided most of the disorders which were to compromise the unity of French Masonry. Great hopes had been placed on this prince of the blood, whose election, eagerly confirmed by the provincial lodges, seemed all full of promise. Alas! it did not take long to recognized that the choice of the Grand Master had fallen on a courtier and not on a true Mason.

 Knowing that Masonry was frowned upon in high places, the Count of Clermont was careful not to make common cause with it. Far from using his credit to defend it against an increase in police harassment, he thought, from the start, only of shirking the duties of the office he had accepted. 18) Taking as a pretext the command which, without the slightest military talent, his first measure was to transmit his Grandmaster powers to a substitute.
 As such first appeared a banker named Baure, who, undoubtedly even more timorous than the count de Clermont, completely refrained from acting as a Grand Master. As he went so far as to dispense with assembling the Grand Lodge, the Count de Clermont was made to understand the need to choose a more active representative. It was then that the dance teacher Lacorne, an intriguing suspect of shameful indulgence, succeeded in having himself appointed as "Private Substitute for the Grand Master," a title which placed the entire Masonic administration at his discretion.
 This choice, considered scandalous, gave rise to vehement protests. There was a split within the Grand Lodge, the majority of which refused to assemble under Lacorne's presidency. The anarchy then became complete, without the Count of Clermont trying to remedy it.
 Meanwhile, as in 1762, the confusion having been brought to its height, the most serious representations were made to the Count of Clermont. The latter then decided to dismiss Lacorne and to appoint Bro. Chaillon de Jonville as his "general substitute." The result was a truce, which momentarily brought the rival factions together. But harmony was not possible: disagreements arose more and more acute. It came to insults and even blows. On February 4, 1767, when the Grand Lodge met to celebrate the feast of the Order, a tumult broke out that degenerated into a fist fight. The police lieutenant, M. de Sartines, having been informed, then ordered the Grand Lodge to suspend its sessions.


18)   The count of Clermont did not dare to bear the title of Grand Master until 1747, the king, no doubt out of mockery, having then deigned to allow him to do so.



The unlimited autonomy of the Lodges.

In the absence of any regulatory power, French Freemasonry nonetheless continued to deploy its latent potentialities, good or bad. The Grand Lodge had never exercised more than a semblance of authority. In 1755, she had given up calling herself "English," only to call herself "Grande Loge de France."
 This change of title had coincided with a revision of the statutes of the Order. The text then adopted stipulates, in its article 23, that only the Masters of the Lodge and the "Scots" [Masters] will have the right to remain "covered" [hat on]. The Scottish Masters are also given the task of inspecting the work of the Lodges and restoring order if necessary (Article 42).
 This was, in relation to the "Scots," a complete change of attitude. Rejected in 1743, their claims were, twelve years later, recognized and legitimized by official sanction. This is because, in the meantime, their prestige had grown while that of the Grand Master diminished. They were believed to be the only ones capable henceforth of remedying the abuses against which they had never ceased to speak out.
 Unfortunately, they could only ensure a more scrupulous observation of ritual forms, without succeeding in making certain Lodges more severe in terms of recruitment. A sort of tacit concordat had, moreover, been concluded between them and the Masters of the Lodge, whose tenure they were thus bound to respect. However, it is precisely this which was the source of the worst scandals.
 It should be noted that during the forced suspension of the work of the Grand Lodge, some rebellious brethren had no qualms about usurping its title and acting in its name. Thus, in early 1768, the Grand Lodge of England received a proposal to enter into regular correspondence with the Grand Lodge of France. Without taking care to inform themselves properly, it was believed in London that this initiative could be accepted without conceiving the slightest suspicion of subterfuge.
 In fact, from 1767, only a semblance of cohesion united the French Lodges. For the most part, they no longer wanted to take care of anything but themselves. Each one practiced the Rite that they wanted to adopt, and many lodges were called "Scottish," because this word covered all fantasies. It enshrined the independence of the lodges which had broken with the rules and traditions of so-called "English" Masonry.



The Grand Orient of France

On the death of the Count of Clermont, which occurred on June 16, 1771, the Grand Lodge, until then dormant, was convened to proceed with the election of a new Grand Master. His Serene Highness Louis-Philippe-Joseph d'Orléans, Duke of Chartres, who later took the name of Philippe-Egalité, obtained the majority of the votes.
 Like his predecessor, this princely figure was never anything but a bad Mason, who in 1793 was to go so far as to formally renounce Freemasonry. 19) After all, it seems that there were not many illusions in this regard, because, together with the Grand Master, whose functions were above all honorary, a general administrator was appointed, in charge of presiding over the destinies of French Masonry. This post, which was secondary only in appearance, was entrusted to the 33-year-old Duke of Luxembourg. No choice could be better inspired. Full of zeal and ardor, the administrator-general realized that it was incumbent upon him to bring together all the Masonic forces of the kingdom. The anarchy having reached its climax, the need for a central coordinating authority was strongly felt. Determined to constitute this authority, the Duke of Luxembourg first thought of bringing about reforms within the Grand Lodge; but it was not long before he convinced himself that there was nothing to hope for there. The immovable Lodge Masters considered themselves the holders of fiefdoms and did not allow their rights to be called into question.

 Surrounding himself, then, with the most competent Masons, the general administrator drew up, in concert with them, a complete plan of reorganization; then, when everything was ready, he took an unprecedented initiative, inviting the Lodges of the provinces to be represented in Paris by deputies, who, together with the representatives of the Lodges of the capital, were to deliberate on the reform project and take , in a general way, measures of common interest.
 The assembly that met by this convocation, at the beginning of March 1773, took the title of National Grand Lodge. It considered itself invested with full powers for the organization in France of a Masonic government based on the representative regime; Masonic law would henceforth be the expression of the general will. It was then decided that each Lodge would be represented on a permanent basis before the new central authority called the Grand Orient of France. It was further stipulated that the lodge officers would be elected for only one year, which put an end to the privilege of the Master of the Lodge, since then titled Venerable Master or, simply, Venerable.
 The diversity of rites being admitted, the Grand Orient did not aim to achieve uniformity within French Masonry. It confined itself to constituting an essentially administrative centralization, which, while federating the lodges, allowed them to remain attached to the multiple Masonic bodies previously established. The central authority was given, however, the task of verifying the powers of all these groups, in order to clearly determine the rights of each.

 All the Masons who, following this general verification, were recognized as regular, received communication, from 1777, of a double word of recognition, renewed every six months. This measure has remained peculiar to French Masonry, the use of semester words not having spread abroad, where "tiling" [examination of visitors] continued to be carried out in all its former extent.


19)   See Daruty. Research on the Scottish Rite, p. 134, the letter by which he repudiates his functions.



The Grand Lodge of Clermont

The reforms brought about by the Duke of Luxembourg offended many sensibilities. The Grand Orient had been substituted for the old Grand Lodge by a sort of coup d'état, the legality of which could be disputed. Those discontented thus took refuge behind supposedly imprescriptible rights, to refuse to adhere to the new order of things. There were thus in France two rival Masonic authorities, subsisting side by side in awfully bad relations. Denouncing each other as irregular, they simultaneously had at their head the Duke of Chartres, in his capacity as Grand Master of all the regular lodges in France. The opponents of the Grand Orient formed what was commonly called the Grand Lodge of Clermont, which designated itself as the "Ancient and Only Grand Orient of France."



Freemasonry before the Revolution

From 1773 to 1789, Masonry spread immensely in France. It was then in vogue. It was fashionable to be part of it. Its mysteries excited general curiosity, all the more so since it was believed to possess the key to all enigmas. New ideas seemed to be best credited under Masonic forms. This is why Masonry was used for the most diverse propaganda. Secret initiations lent appeal to the most arduous philosophical abstractions; they compelled to reflect on scientific problems, when they did not confer a veiled, but all the more formidable teaching in political matters.

 The influence that the lodges exercised in this latter respect has been highlighted by Louis Blanc in the following terms:
 "It is important," he said, "to introduce the reader into the mine then dug under thrones and altars by revolutionaries much more profound and active than the encyclopedists." 20)
 He then demonstrates how the fall of the old regime was prepared by the lodges, without any conspiracy on their part. The Masons of the time were neither conspirators nor fanatics consuming themselves in vain declamations against the abuses they suffered. They were only sincere men, who contented themselves with putting into practice in the lodges the ideas of Liberty, Equality and Fraternity. But the Freemasonry presented in its usages the image of a society founded on principles contrary to those of the surrounding environment:
 "In the Masonic lodges, the claims of hereditary pride were proscribed, and the privileges of birth set aside …" In the Chamber of Reflection, the layman read this characteristic inscription: "If you care about human distinctions, go out. they are not known here!" Through the Orator's speech, the recipient learned that the goal of Freemasonry was to erase distinctions of color, rank, country; to annihilate fanaticism: to root out national hatred; and this was what was expressed under the allegory of an immaterial Temple, raised to the Great Architect of the Universe by the sages of all climates, an august temple whose columns, symbols of strength and wisdom, were crowned by the pomegranates of friendship.
 "Also, by the very constitutive bases of its existence, Freemasonry tended to decry the institutions and the ideas of the outside world that surrounded it. It is true that the Masonic instructions impose submission to the laws, observance of the forms and customs admitted by profane society, respect to the sovereigns. It is true that, gathered at table, the Masons drank to the king in monarchical states, and to the supreme magistrate in the republics. But such reservations, entrusted to the prudence of an association threatened by so many shady governments, were not enough to nullify the naturally revolutionary, although in general peaceful, influences of Freemasonry. Those who took part in it continued to be, in secular society, rich or poor, nobles or commoner; but, within the lodges, temples dedicated to the practice of a superior life, the rich, the poor, the nobles, the commoner, had to recognize themselves as equals and called each other brothers. This constituted an indirect, personal and continuous denunciation of the iniquities, of the miseries of the social order; it was an active propaganda, a living preaching." 21)


20)   History of the French Revolution (The Mystic Revolutionaries), p. 37.

21)   Louis Blanc, loc. cit.



Claude de Saint-Martin

Around 1750, Martinez Pasqualis, a kabbalist of Portuguese origin, instituted the Rite of the Elected Cohens (or Priests), which had lodges in Bordeaux, Toulouse, Lyon, and Paris. We indulged in theurgic practices. The adepts claimed to deepen the science of souls and acquire extraordinary powers.
 The most famous among them was Louis-Claude de Saint Martin, called the Unknown Philosopher, who at the end of the 18th century became the head of the French mystical school. His works had an immense impact, especially the first, entitled: Of Errors and of Truth, or Men in relation to the universal principle of Science. The influence of this refined thinker was considerable. We owe him the motto; Liberty, Equality, Fraternity, as Louis Blanc shows in his History of the Revolution, in the chapter of "Mystical Revolutionaries." 22)


22)   Pages 46 and 47



Mesmer

As early as 1778, an Austrian doctor drew the attention of French scientists to a therapeutic agent he believed to have discovered in what he called animal magnetism. Rejected at first with contempt, he succeeded in convincing d'Eslon, the doctor of the Count d'Artois. His magnetic theories were then brought to light and justified by surprising cures.
 D'Eslon and Mesmer, its initiator, were Masons, and, in order to teach their secrets only to selected men recognized as incapable of misusing them, they instituted an ad hoc Masonry, practicing the so-called rite of Universal harmony.



Cagliostro

No man had the gift to amaze his contemporaries as much as Joseph Balsamo, better known as the Count of Cagliostro. After having been the admiration of the main cities of Europe, this prestigious Sicilian came to astonish Paris in 1785. He was welcomed with eagerness by the lodge The Philalethes, which was always in search of mysteries and supernatural revelations. There Cagliostro proved himself a great initiate, instructed in the supreme arcana of the ancient sanctuaries of Thebes and Memphis. As such, he had already founded the lodge La Sagesse Triomphante in Lyon. In Paris, he perfected his system to create an androgynous Masonry, supposedly Egyptian, of which he was the Grand Copt. Suggestion and hypnotism had a great place there and can explain certain divinatory practices that cannot but surprise us today.



Masonry of Adoption

French Masons began to think, from 1730, of involving women in Masonic works. Various associations were created for this purpose, from 1740 to 1750, under the title of Felicitaries, Order of Chevaliers and Chevaleresses of the Anchor, Order of the Chevaliers and Nymphs of the Rose, Order of Scottish Ladies of the Hospice du Mont-Thaba, Order of Perseverance, etc.
 But all these creations were only very vaguely linked to the Freemasonry, which only granted its official patronage to the Ladies' Masonry in 1774. Many adoption lodges were then founded. Among them stood out the Lodge Candeur, whose brilliant celebrations attracted the highest notables of the Court (Duchess of Chartres, Duchess of Bourbon, Princess of Lamballe, etc.).



Voltaire's Initiation

The Lodge of the Nine-Sisters proceeded, in 1778, to the reception of Voltaire, presented by Franklin and Court de Gebelin. It was a triumph for Masonry. The session was chaired by Lalande, who had gathered around him the most distinguished Masons of the time. Among those whose names have remained famous, we should mention: Helvétius, Bailly, Mirabeau, Garat, Brissot, Camille Desmoulins and Condorcet; also, Chamfort, Danton, don Gerle, Rabaut Saint-Etienne, Pétion and Genovefain Pingré, member of the Academy of Sciences.



The Church and Freemasonry

18th century French Masonry was in no way hostile to Catholicism. It did not discuss any question of dogma, leaving to each his beliefs and asking only to respect all that, in any form, pertained to divine service. Every priest appeared to it to be sacred, the ordination corresponding, according to the ideas of the time, to the supreme initiation. So, members of the clergy, both secular and regular, were eagerly welcomed into the lodges. From the outset, they were given the highest ranks, without requiring them to take the traditional tests, and most often free of charge, upon simple presentation, any preliminary investigation being deemed superfluous. Under these conditions, more than one ecclesiastic combined in himself the dignities of the Church with those of Masonry, and this was found to be very natural. However, on two occasions already, the Papacy had launched anathema against the Freemasons.
 Public rumor had, in fact, revealed to Pope Clement XII the existence of certain societies of Liberi Muratori or of Freemasons. It had been reported to His Holiness that, "in these associations, men of all religions and all sects, careful to respect an appearance of natural honesty, bound themselves by a pact as close as it was impenetrable. Submitting to laws and statutes made by themselves, they pledged, moreover, by a rigorous oath taken on the Bible, and under the most severe penalties, to keep hidden, by an inviolable silence, the secret practices of their society."
 The Sovereign Pontiff conceived the deepest concerns about this, and, appealing to the enlightenment of several cardinals, he gathered them together urgently in Rome on June 25, 1737. He did not forget to summon to this meeting the Inquisitor of the Holy Office of Florence, who was, without doubt, the one that most influenced the writing of the Bull In eminenti apostolatus specula of April 28, 1738.
 Clement XII starts from the principle that if Masonic associations "did not do evil, they would not have this hatred of the light." [Openness] He then revisits in his mind "the great evils which usually result from these kinds of societies or conventicles, not only for the tranquility of States, but also for the salvation of souls. Also, he said, considering how much these societies are in disagreement, as much with the civil laws as with the canonical laws, and instructed by the divine word to watch day and night, as faithful and prudent servant of the family of the Lord, to prevent these men from breaking down the house like robbers and ravaging the vineyard like foxes, that is to say, from perverting simple hearts, and, by favor of darkness, from piercing pure souls with their features; to close the way so wide that from there could open itself to iniquities which would be committed with impunity, and for other just and reasonable causes known to us, in the opinion of several of our Venerable Brothers the Cardinals of the Holy Roman Church , and with our full apostolic power, we have resolved to condemn and prohibit these said societies, assemblies, meetings, associations, aggregations or conventicles called of Liberi Muratori or of Freemasons, or called by any other name, as we condemn and prohibit them by our present constitution, which will remain valid in perpetuity.
 The Pope then prohibited the faithful from any kind of relationship with Freemasonry, under pain of excommunication "for which no one, except at the point of death, could receive the benefit of absolution from anyone whatsoever, other than ourselves or the then existing Roman Pontiff."
 Finally, the clergy are prescribed to use their powers against transgressors as strongly suspected of heresy. They must be punished with the penalties they deserve, and when necessary, we must not hesitate to request the intervention of the secular arm.
 This Bull was to remain ineffective in France, the magistrates of the Parliament of Paris having constantly refused its registration. It was, therefore, never legally promulgated in the estates of His very Christian Majesty, any more than the Apostolic Constitution Providas of Benedict XIV, published in 1751. The French Masons were thus able to believe that the pontifical prohibitions did not concern them.



Suspension of masonic works

During the revolutionary turmoil, almost all the lodges ceased to meet. It was believed then that the ideal of Freemasonry was going to be realized in secular society, and more than one Freemason believed, together with citizen Philippe-Égalité, "that there should be no mystery or secret assembly, in a Republic, especially at the beginning of its establishment." 23) The time was no longer for serene studies. The struggle which fired the spirits opposed the calm and disinterested search for the Truth. Under these conditions, political clubs, rowdy and passionate, responded infinitely better to the needs of men of action than the lodges, reserved for philosophical meditation and humanitarian tolerance. Except for very rare exceptions, all the Masonic lodges, starting from 1793 ceased, therefore, to function. The regime of Terror put the Grand-Orient de France to sleep, along with all the rival bodies which, for various reasons, claimed the government of the lodges. In 1793, Roëttiers de Montaleau, a courageous and zealous Mason, undertook to awaken the lodges of the Grand Orient, which, eighteen in number, responded to his call. Their example was followed by a few lodges of the former Grand Lodge of Clermont, which, too weak to constitute an autonomous Masonic power, agreed, in 1799, to merge with the Grand Orient. It thus became temporarily the only administrative power of French Masonry.


23)   Letter sent by the Grand Master to the Secretary of the Grand Orient, dated January 5, 1793. (Daruty, Recherches sur le Rite Écossais, p. 134.



The Scottish Rite

The unity was to be broken in 1801 by the Bro. Claude-Antoine Thory, who endeavored to reorganize the old Scottish Philosophical Rite, comprising ten degrees (1. Apprentice. — 2. Fellowcraft. — 3. Master. — 4. Perfect Master. — 5. Knight Elu Philosopher. — 6. Great Scotsman. — 7. Knight of the Sun. — 8. Knight of the Luminous Ring. — 9. Knight of the White and Black Eagle. — 10. Grand Inspector Commander). This body, which addressed itself more particularly to minds in love with Alchemy and Mysticism, was maintained until 1826. It was important, since 75 lodges worked under its auspices; but another "Scottish Rite" was intended to supplant it.
 On September 22, 1804, Bro. de Grasse-Tilly succeeded, in fact, in constituting for France a Supreme Council of the Sovereign Grand Inspectors General of the 33rd and last degree of the Ancient Accepted Scottish Rite. It was a novelty imported from Charleston (United States), where eight additional degrees had been added to the twenty-five of the old Rite of Perfection, propagated in America by virtue of a patent issued on August 27, 1761 to Bro. Etienne Morin by the Council of Emperors of the East and the West.
 To accredit the innovation, its authors were not afraid to attribute it to Frederick II, King of Prussia, to whom the pretender Charles-Edward Stuart was considered to have once bequeathed the supreme direction of Scottish Masonry. It was said on this subject that, on May 1, 1786, the Prussian monarch had signed the Great Constitutions which brought the number of Scottish degrees to 33.
 The German Masons have since demonstrated to their satisfaction the apocryphal character of this document, the original of which has never been produced. Initiated in Brunswick on August 15, 1738, before his accession to the throne, Frederick the Great no longer dealt with Masonry after 1744. He never possessed more than the first three degrees, and we now know that he blamed the complication of high degrees. But all this was ignored in 1804, and the new hierarchy of degrees was eagerly accepted. Here is the nomenclature:

1° Apprentice.
2° Fellow-craft.
3° Master.
4° Secret Master.
5° Perfect Master.
6° Intimate Secretary.
7° Provost and Judge.
8° Intendant of the Building.
9° Elu of the Nine.
10° Elu of the Fifteen.
11° Sublime Knight Elect (of the Twelve Tribes)
12° Grand Master Architect.
13° Royal Arch of Solomon (Knight of the Ninth Arch).
14° Grand Elect, Perfect and Sublime Mason (Formerly Perfect Master, said of Perfection or Great Scotsman of the Sacred Vault of James VI) .
15° Knight of the East, of the Sword, or of the Eagle.
16° Prince of Jerusalem.
17° Knight of the East and West.
18° Knight Rose Croix.
19° Grand Pontiff or Sublime Scots of Heavenly Jerusalem.
20° Venerable Grand Master of all Symbolic Lodges (formerly: Grand Patriarch Noachite)).
21° Noachite ( or Prussian Knight; formerly: Grand Master of the Key of Masonry).
22° Knight Royal Axe (Prince of Libanus).
23° Chief of the Tabernacle. (New Degree)
24° Prince of the Tabernacle. (New Degree)
25° Knight of the Brazen Serpent. (New Degree)
26° Prince of Mercy (or Scottish Trinitarian), (New Degree)
27° Grand Knight Commander of the Temple. (New Degree)
28° Knight of the Sun (formerly 23°: Souverain Prince Adept).
29° Grand Scottish Knight of Saint Andrew. (New Degree.)
30° Knight of Kadosh (formerly 24°: Illustrious Knight of the White and Black Eagle).
31° Grand Inspector Inquisitor Commander. (New Degree).

32° Sublime Prince of the Royal Secret. (formerly 25°.)
33° Sovereign Grand Inspector General. (New Degree)

 As the Grand Orient then practiced, under the name of "French Rite," a system comprising seven degrees, the last of which, that of Rose-Croix, corresponded to the 18th of the Scottish Rite, the founders of the Supreme Council could have been content with the collation of the degrees they called philosophical (from 19th to 30th) and administrative (31st, 32nd and 33rd). Thus reserving for itself a role of headquarter in Freemasonry, Scotland could assume its spiritual or theoretical direction, abandoning to the Grand-Orient all the care of administration and practical government.
 A concordat was signed to this effect on December 5, 1804, but its clauses were not faithfully executed on either side. There was, therefore, a rupture from the following year, following the establishment in the Grand Orient, on July 21, 1805, of a Directory of Rites. 24) There were many subsequent attempts to merge the Rites and unify, by this means, French Masonry. But the division had to be maintained between the "Scottish" Masons and their "French" Brethren, both boasting, with some childishness, of practicing the purest Masonic traditions.
 The definitive organization of the Scottish Rite dates back to 1821, the Supreme Council having started to constitute, from that time, both symbolic lodges (of the first three degrees), as well as "higher" bodies.


24)   Becoming, in 1814, the Supreme Council of Rites and, later, Grand College of Rites, Supreme Council of the Grand Inspectors General of the 33rd and last degree of the Ancient and Accepted Scotch Rite for France and all French possessions.



The Imperial Masonry

After the Revolution, Freemasonry was subjected in all countries to a regime of close surveillance. To be tolerated, the Masons had to remonstrate in the various monarchies of their attachment to the sovereign.
 In France, the First Consul, was on the verge of suppressing the society of the Freemasons. The representations of Bros. Masséna, Kellermann and Cambacérès convinced him, however, to handle an association which was only to be feared if it was forced to go into hiding. Having become emperor, Bonaparte deemed it more political to authorize his brother Joseph to take over the top management of the Order, by accepting the position of Grand Master that was offered to him. But Cambacérès and Murat were appointed deputies to him in order to exercise close surveillance for the benefit of the government.
 Freemasonry thus became, in a way, an official institution. Invaded by the crowd of dignitaries of the Empire, it had to abstain from anything that could contribute to the emancipation of minds. It was only allowed to live on condition of displaying the most flattering adulation of despotism in all circumstances. This regime brought the material apogee of the Grand Orient, which in 1814 had 905 Lodges, including 73 soldiers.
 Contrary to all expectations, the latter, often very independent, made themselves the propagators of the principles of the Revolution abroad. Republican officers were even able to conspire under the guise of special Masonic forms. This is how a certain Order of the Lion intervened in the attempt of General Mallet who, in 1812, nearly overthrew the Empire. Adoption Masonry, a pretext for brilliant celebrations and charity, benefited, on the other hand, from the encouragement of the Empress Josephine.



The Restoration

The dynastic changes of 1814 and 1815 put French Masonry in a difficult position. After having praised the Empire with all the emphasis of equivocal sincerity, it was thought necessary to flatter Louis XVIII with praise of the same tune. During the Hundred Days, it was necessary to do an about-face, even if it meant increasing frantic the acclamations in favor of the second round of the legitimate king!
 Cruel humiliations thus made Freemasonry atone for the fault it had committed in leaving its proper place. It was no more its place to congratulate than to blame the governments under whose authority its followers were placed, since it obliged them to respect, always and everywhere, the established order whatever it was. All political manifestation is consequently forbidden to it, not less by its dignity, than by the conscience of its high educational and philosophical mission.
 It would be unfair, however, to be too harsh on palinodes which, in view of the exceptional difficulty of the times, it was hardly possible to escape. The Church, then all-powerful, had in fact just entered the line against Freemasonry, which the clergy denounced to the hatred of all the friends of the throne and of the altar. Pope Pius VII had just launched his bull Ecclesiam a Jesu Christo, of September 13, 1821. It is more especially directed against the Carbonari, whose society is certainly, according to the Pope "an imitation, if not an offspring of the Freemasonry." — "The promiscuity of men of all religions and all sects" is a capital grievance in the eyes of the Church, which also fears to see "giving to everybody, by the propagation of indifference, in matters of religion, a license to create a religion for oneself at one's whim and according to one's opinions, such a system that perhaps one could not imagine a more dangerous one."
 As for the Apostolic Constitution Quo graviora of Leo XII, published on March 13, 1825, it confines itself to reproducing the previous condemnations by extending them to all the secret societies, present and to come, which would conceive projects hostile to the Church and to the civil sovereignties. The oaths taken by affiliates are declared void, by virtue of the decision of the Third Lateran Council which declares that "we must not call oaths, but rather perjure all commitments contrary to the good of the Church and to the institutions of the Holy Fathers. Nothing is moreover so touching as the affection of the Pope for the Catholic Princes," his "very dear Sons in Jesus Christ" whom he loves "with a singular and completely paternal tenderness." He exhorts them to lend him a hand against people who "are like those men to whom Saint John, in his second epistle, forbids giving hospitality, and whom he does not want to be greeted, and whom our fathers do not fear to call the firstborn of the devil." — To the faithful who would be tempted to let themselves be enrolled in these criminal sects, Leo XII quotes the word of the Apostle to the Romans: "Those who do these things are worthy of death; and not only those who do them, but also those who associate with those who do them." To finish, the Pope opens the door to repentance. He beseeches the lost ones to return to Jesus Christ, and, "in order to pave them an easy way to penance," he suspends in their favor for the space of a year, both the obligation to denounce their associates, as well as the reservations of the censures in which they have incurred, so that any regular confessor can momentarily absolve them.
 Unlike those of the 18th century, the new excommunications had their full effect in France. There was no longer a legal body to refuse registration 25) and, thanks to the Concordat of 1801, the Pope now exercised a power that had never been granted to him by the old monarchy.


25)   See p. 60.



The Reign of Louis-Philippe

Freemasonry had not conspired against the government of Charles X, but it had shown itself favorable to the liberal ideas which prevailed in 1830. The constitutional monarchy made it a crime and proved to be even more vexatious than the previous regime.
 Condemned thenceforth to an extreme reservation [secrecy], the Masons were turned away from any serious work. Politics being forbidden to them, this was going on outside the lodges, in the "sales" [vendita] of the Carbonari or under the cover of even more secret conventicles. The new ideas, of which Saint-Simon and Fourrier had made themselves the apostles, were also discussed outside Freemasonry, which was suspicious of them. Under these conditions, the Masonic temples resounded little more than echoes of tedious quarrels constantly renewing themselves between Grand Orient and Supreme Council. There was something to put off many Brethren, who, by withdrawing, forced their lodges to go dormant.
 There were, however, attempts to merge the Rites, first in 1819 and 1826, then in 1835 and 1841. If they did not succeed in uniting, they nevertheless ended up tolerating each other and living almost in good harmony. On December 10, 1830, the two rival powers even shared a brilliant celebration for General Lafayette.
 A revival of Masonic activity seems to manifest itself at the end of 1840, with the foundation of a relief house in favor of the unfortunate Masons.
 The Grand Orient then tried to shake off the torpor of the lodges by publishing a quarterly bulletin of its works (1843). Educated Masons are thus encouraged to publish works on Freemasonry. It was bad for them, because, moved by disclosures declared illegal, the Masonic authority began to crack down in the most unfortunate way, first against Bro. Ragon, venerable of the lodge. "Les Trinosophes," author of a Philosophical and interpretative course of ancient and modern initiations, then against Bro. Clavel, guilty of having printed without permission a Picturesque History of Freemasonry. Later, the Grand Orient was badly inspired enough to hamper the happy initiative of the provincial lodges, which met in congress in La Rochelle (1845), Rochefort and Strasbourg (1840), then in Saintes and Toulouse (1847).



The National Grand Lodge of France

The triumph of democracy in 1848 was to have its repercussions in Freemasonry: seventeen lodges escaped the tutelage of the Supreme Council, to constitute an independent confederation, governed by a National Grand Lodge of France.
 The new Masonic power proclaims the sovereignty of the lodges, guaranteeing their autonomy. It aims at the fusion of the rites and declares abolished the higher degrees, of which it makes the ritual available to the Masters.
 These revolutionary procedures are not liked by either the Grand Orient, or of the Supreme Council, who refuse to recognize the National Grand Lodge. On the other hand, this one succeeds in forging close relations with foreign Freemasonry.
 But the new organization was too democratic. It displeased the police, who pronounced the dissolution of the National Grand Lodge. They had to submit, and, after meeting for the last time on January 15, 1851, they parted ways, not without having held an act of energetic protest.



Constitutional Revision

The first Masonic code of the Grand Orient dates from 1826. Before this time, the confederation was governed only by statutes dating back to 1773 and by the series of decrees, often contradictory, taken by successive assemblies.
 A revision of the statutes adopted in 1826 had taken place in 1839; but in 1847 a more profound reworking of Masonic law was under consideration. The result is a draft constitution drawn up by a special commission. This work was subjected in 1849 to the sanction of the representatives of all the lodges of France, without distinction of rite. All the regular Masons had at least been invited to cooperate in this work of reform, but, in fact, the lodges of the Grand Orient sent almost only delegates.
 The new Constitution allowed the lodges to exercise permanent control over the actions of the central administration. To this end, the representatives of all the lodges of the confederation meet each year for a week in a General Assembly or Convent, with the mission of voting on measures of common interest, to elect the administrators of the Order, to sanction the financial management, etc.



God and the immortality of the Soul

While declaring that Freemasonry regards freedom of conscience as a right proper to each man and that it excludes no one for his beliefs, the constituents of 1819 believed they had to proclaim the belief in the existence of God and to the immortality of the soul as a fundamental principle of Freemasonry.
 These constitutional declarations were subsequently found to be contradictory.



Prince Lucien Murat

In 1848 the Grand Orient had abandoned the strict abstention imposed on Freemasonry from involving itself in political matters. An official delegation had expressed its congratulations to the members of the provisional government.
 This precedent led to the most humiliating steps when the coup d'état took place. The Grand Mastership, vacant since 1814, was reestablished for the benefit of Prince Murat, who, imposed by the government, was meekly elected on January 9, 1852.
 This cousin of the Emperor wanted to rule like a despot. In order to paralyze the inclination of Freemasonry, he caused it financial embarrassment by the acquisition of the hotel in the rue Cadet, then in 1860, he did not hesitate to call in the police to ensure his re-election. In the vote, however, it was Prince Napoleon who obtained the majority. But an imperial order forced the two princes to decline any candidacy. The Grand Mastership remained, therefore, without a holder until January 11, 1862, the date of a decree from the Emperor himself appointing Marshal Magnan Grand Master of the Grand Orient.
 The Masonic Orphanage, an institution which has never ceased to render immense services, was founded in this same year (1862).



Marshal Magnan

By placing at the head of Masonry one of his accomplices in the coup d'état, the Emperor had not precisely intended to promote symbolic work.
 The new Grand Master first brought into the exercise of his functions a brutality well worthy of a hero of the civil war. He forcefully commanded the Supreme Council of the Scottish Rite to unite with the Grand Orient.
 But the Scottish Masons were not open to any intimidation. They were headed by the academician Viennet, who responded to the arbitrary injunctions of the Emperor's creature with the following letter:

"Paris, March 25, 1862.
"Monsieur le Maréchal,
"You call upon me for the third time to recognize your Masonic authority, and this last summons is accompanied by a decree which purports to dissolve the Supreme Council of the Ancient and Accepted Scottish Rite. I declare to you that I will not surrender to your call, and that I regard your decree as null and void.
"The imperial decree which appointed you Grand Master of the Grand Orient de France, that is to say of a Masonic Rite which has only existed since 1772, did not submit to you the ancient Masonry which dates from 1723. You are not, in a word, as you claim, Grand Master of the Masonic Order in France and you have no power to exercise with regard to the Supreme Council, which I have the honor to chair: the independence of the lodges of my obedience has been openly tolerated, even after the decree that you rely on without having the right to do so.
"The Emperor alone has the power to dispose of us, if his Majesty thinks he can dissolve us, I will submit without protest; but as no law obliges us to be Masons in spite of ourselves, I will allow myself to escape, on my own behalf, from your domination.
"I am, etc.
"Signed: Viennet."

 This energetic attitude drew to Scotticism the minds hostile to the Empire, and the Supreme Council, despite its undemocratic organization, now became a center of Republican protest.
 The failure of Marshal Magnan made him conceive a higher idea of Freemasonry. Little by little, instructed by his advisers, he eventually became a sincere Mason, whose zeal produced the happiest results. He endeavored to repair all evil due to the angry intervention of Prince Murat. The finances of the Grand Orient were reorganized. Later, as the power of the Grand Master had been extended in an abusive manner, the Marshal made himself the promoter of a constitutional revision which restored to the General Assembly of the Grand Orient the full exercise of legislative power. He also obtained from the Emperor the right for the Grand Orient to reappoint his Grand Master. In short, the change in his attitude was so complete that upon his death, which occurred in 1865, he had acquired the right to the recognition of the Masons.



General Mellinet

During the last five years of the Empire, the Grand Orient was headed by General Mellinet, an old Mason deeply devoted to Freemasonry, whom he served with as much benevolence as with firmness.
 French Masonry was then at the height of its prestige. The anathema fulminated against it on several occasions by the fiery Pius IX won it the sympathies of all the enlightened minds revolted by the Syllabus.
 The Grand Orient had become accustomed to intervening with the various Masonic powers, each time a humanitarian principle seemed disregarded. He insisted upon Prussian Masonry to make it desist from the decisions taken against the Israelites, declared inadmissible into Freemasonry. Steps were taken so that the American Lodges would not refuse initiation to men of color. Finally, the Grand Orient was asserting itself abroad with an authority worthy of the French nation, which took pleasure in the chivalrous mission it had assigned itself.
 The Lodges, on the other hand, were dedicated to studies that had considerable importance internally. While the Freemasons advocated Independent Morality, questions of philosophy or economics and politics were discussed everywhere with great freedom.



The Third Republic

In 1870, Bro. Babaud-Laribière accepted the Grand Mastership only to prepare for the abolition of this dignity. Masonic works were interrupted by the Franco-German war. Ten Parisian lodges, however, met in September 1870 with the intention of instructing a deputation to go to the King of Prussia in order to appeal to his heart as a Freemason. The aim was to get his troops to spare women, old people, and children, while respecting individual property and refraining from inhuman bombardments like that of Strasbourg. Overexcited by vehement speeches, the meeting finally voted a manifesto declaring the king and the royal prince of Prussia, "those monsters with a human face," unworthy of their title of Freemason.
 Wanting to avoid bloodshed among the French, the Parisian Masons organized a peaceful demonstration on April 29, 1871 which reached Neuilly, from where a delegation went to Versailles without encountering the hoped-for spirit of conciliation with the Government.
 The German authority having demanded, following the annexation of Alsace-Lorraine, that the eight lodges of the region break all relations with the Grand Orient of France, these lodges preferred to cease their work and to dissolve. Their members founded the Lodge Alsace-Lorraine in Paris, and the Grand Orient broke all ties with the Masonic powers of the German Empire.
 After the disasters which so cruelly affected their country, the French Freemasons thought only of rebuilding their country. In the face of the catastrophe brought about by the Caesarean [Bonaparte] regime, all their efforts henceforth aimed at the triumph of democracy. The cause of Freemasonry was identified with that of the Republic, and if the electoral struggles were sometimes able to occupy too great a place in the concerns of the lodges, it is because the Masonic standard had rallied all the friends of progress, who came together to thwart the pitfalls of conservativism and clericalism.



The Lausanne Congress

Scottish Masonry, which has done itself a great deal of damage by its ill-founded legends and its pretentious hierarchy, wanted in 1875 to create an international organization. All the Supreme Councils were represented for this purpose in Lausanne, where the Great Constitutions which were to govern all Scottish Masons were drawn up.



The Great Architect of the Universe

The General Assembly of the Grand Orient had frequently had to discuss article 1 of the Constitution. It was recognized in 1876 that Freemasonry should refrain from any dogmatic assertion. Consulted on the maintenance of the paragraph stipulating that Freemasonry, has for principles, the existence of God and the immortality of the soul, the lodges gave the mission to their representatives to vote the suppression of this unfortunate text. The Congress of 1877, therefore, amended the Constitution in the required direction.
 This decision led to the abandonment of the formula "To the glory of the Great Architect of the Universe" which was traditionally placed at the head of all Masonic documents.
 Some lodges wanted to bring out later that the vote of the Congress of 1877 did not necessarily imply this measure. Dogma should be set aside, but an essentially symbolic formula should not have offended anyone, since everyone remains free to interpret it according to their personal convictions.
 But an Assembly, which has only a few days before it to decide on a very large number of questions, cannot bring into its examination either the care or the competence which is desirable. Masonic symbolism remained, therefore, mutilated.
 Abroad, the text was taken to break with the Grand Orient of France. The Grand Lodge of England could satisfy old grudges against a Masonic power which had for a time eclipsed its prestige. Like Swedish Masonry, it also had to take a dim view of the republican propaganda of the French Masons. As for the various Grand Lodges of the United States, they were inspired as much by their pietistic feelings as by their animosity against an obedience which had wanted to impose on them the brotherhood of negroes. — The clerics naturally did not miss this opportunity to declaim against the atheism of Freemasonry.



The Scottish Symbolic Grand Lodge

In 1868, 1873 and 1879, the Supreme Council had struck off a certain number of Lodges and Masons who had revolted against its authority.
 As a result of these disciplinary measures, twelve lodges, victims of their attachment to the ideas of Masonic progress and emancipation, formed an autonomous alliance under the name of the Scottish Symbolic Grand Lodge.
 The new Masonic power was immediately recognized by the Grand Orient and, later, by the Supreme Council. Practicing only the first three degrees, it claimed for the lodges the right to administer themselves, and was essentially based on the principle: The free Mason in the free Lodge.



The Encyclical "Humanum Genus"

In his solemn allocution "Multiplices inter" of September 25, 1865, Pius IX had enumerated the acts by which his predecessors had claimed to exterminate "this perverse society vulgarly called Masonry." But he acknowledges with a heartbroken heart: "These efforts of the Apostolic See have not had the success that one should have hoped for. The Masonic sect was neither defeated nor overthrown: on the contrary, it has developed so much that in these difficult days it shows itself everywhere with impunity and lifts its front more daringly than ever." Hence, a new anathema, for which Masonry was not worse off, on the contrary. But, as the papacy cannot bring itself to recognize the futility of its wrath, we see appear, on April 20, 1884, a very long set of instruction from His Holiness Leo XIII.
 The Pope takes Freemasonry, and what he calls "naturalism," as opposed to the revealed supernaturalism of the Church, to task. He applies his eloquence to refuting doctrines which he often lends free of charge to his adversaries. But what surprises on the part of a pope, as one who wanted to pass for a man of genius, is that he echoes the most pitiful gossip. "Those who are affiliated," he said, "must promise to obey blindly and without question the injunctions of their chiefs; to always be ready, at the slightest notification, at the slightest sign, to carry out the orders given, submitting themselves in advance, if failing to obey, to the most rigorous treatment, and even to death. In fact, it is not uncommon for the penalty of the last torture to be inflicted on those among them who are convinced either of having delivered the secret discipline of the Society, or of having resisted the orders of the leaders; and this is done with such dexterity that most of the time the executor of these death sentences escapes the justice established to watch over the crimes and to obtain revenge for them."
 Who today is the man of good sense who still clings to such fables? Is it permissible for us to be in good faith when we echo such ridiculous slander? In any case, we understand the Masons of the 18th century who did not take excommunications seriously.



Revision of Rituals

The traditional forms of Freemasonry had ceased to be understood by a large number of Masons. The true initiation was lost. Therefore, reforms were called for to simplify everything, under the pretext of putting oneself in harmony with the progress — and unfortunately also with the ignorance — of the century.
 The Grand College of the Rites of the Grand Orient of France, believed to satisfy all demands by publishing a ritual inspired by the wishes formulated by the lodges (1886).
 But the new ceremonial was not to the taste of learned Masons, who considered it devoid of any esoteric significance. On their advice, many lodges refused to give up the old customs. Others, on the contrary, renounced any kind of symbolism. This resulted in an absolute lack of homogeneity, against which it was very important to react.


International Masonic Congresses

The Exposition Universelle of 1889 was to gather in Paris a large number of foreign Masons. The Grand Orient wanted to take the opportunity to convene an international Masonic congress, allowing French Masonry to justify the accusations directed against it since 1877.
 The reasons for the decisions taken at that time were set forth in official documents, in such a way as to make it well established that, if Freemasonry had refused to take as a basis a dogma, it was because it wanted to be above all church and sect questions. It to dominate all questions, without taking sides for any school. The symbolic temple cannot resemble any narrow chapel: it can only represent a vast refuge always open to all generous and courageous minds, to all those who conscientiously and disinterestedly seek the Truth, as well as to all victims of despotism and intolerance. The Masonic Powers, which it was most important to convince, had unfortunately not thought it necessary to respond to the invitation of the Grand Orient, whose situation remained cleared up only in the eyes of the friendly federations. But these, at least, declared themselves fully satisfied with the explanations given, according to which there had never been any question of substituting a materialist negation for a spiritualist affirmation, the sole concern of the French Masons having been to safeguard the principle of absolute freedom of conscience, while remaining in the spirit of article 1 of the Constitution of 1723. 26)
 The 1889 Congress had, moreover, the practical result to emphasize the need for an organization that would allow the Masonic bodies of the whole world to harmonize and maintain frequent relations. It was first thought of convening periodic congresses, in which all the Masonic powers of the world should be represented. But a prior entente was indispensable for this purpose; This is what the Swiss Grand Lodge "Alpina" understood, which subsequently proposed the constitution of an International Bureau for Masonic Relations.
 The Bureau was not to take office until January 1, 1903. — In the meantime, a universal Masonic conference had taken place in Antwerp, from July 21 to 24, 1894. It was followed, in 1896, by a meeting which was held in The Hague, on the occasion of the famous diplomatic conference on disarmament and arbitration between nations. The Exhibition of 1900 immediately made it possible to give particular brilliance to the second Masonic Congress in Paris. Then came, in September 1902, the Geneva Congress, in which German delegates participated for the first time in an unofficial capacity. They were then to officially attend the International Masonic Congress in Brussels in August 1904 and prelude, in these two circumstances, to the reconciliation of the Grand Lodges of their country with French Masonry.


26)   See page 38. ("The Book of Constitutions")



The Grand Lodge of France

The scission, from which the symbolic Scottish Grand Lodge had emerged in 1880, had not prevented the Supreme Council from persisting in ruling as sovereign the lodges placed under its jurisdiction. The lodges, however, were to gradually emancipate themselves from his authority which, in the end, was hardly recognized except in theory. This relaxation had a repercussion all the more unfortunate on the central treasury, as the financial management of the Supreme Council had raised criticisms which were used as a pretext by the lodges not very eager to pay their tributes.
 To get out of the embarrassment, the Supreme Council agreed to grant the lodges their administrative autonomy (Decree of November 7, 1894). At once the delegates of all the Scottish lodges, dissenting or not, resolved to constitute themselves in Grand Lodge of France. This new federation was to unite the lodges previously placed under the obedience of the Supreme Council to those which had formed the Scottish Symbolic Grand Lodge. The merger was immediately accepted in principle; but, on February 23, 1895, it was thought necessary to postpone it until the two groups had each liquidated their financial situation. The unity of Scottish symbolic Masonry was not thus realized until 1897. Even so, there was not from the outset an effective fusion between the elements which had consented to associate. For a long time yet each of them had to retain its individuality, with their own tendencies, often contradictory, within the new organization.
 The new organization thus had a difficult beginning because, to the antagonisms to be reconciled was added the need to substitute order for anarchy in the relations between the lodges and the central authority. Thanks to reciprocal concessions, however, the harmony was always maintained and gradually consolidated. The devoted Masons who came to preside over the destinies of the Grand Lodge of France knew, moreover, how to inspire confidence, to give the Lodges habits of regularity, thereby ensuring the proper administrative functioning of the federation.
 They also understood that the Grand Lodge of France could prepare a brilliant future for itself, by forging fraternal relations with all the Masonic powers recognized as regular. In the interest of these relations, the Grand Lodge was careful not to deviate in any way from the symbolic traditions of universal Masonry. Thus, it believed that it could officially enter into relationship with all the other Grand Lodges and the necessary steps were taken to this end. It was then objected to not being fully sovereign and independent since, in order to remain "Scottish", it continued to work, "in the name and under the auspices of the Supreme Council of the Ancient and Accepted Scottish Rite for France and its Dependencies."
 This objection was overcome by a decree of the Supreme Council, issued on July 26, 1904, following which the Grand Lodge of France was able to proclaim itself strictly autonomous, independent, and sovereign. It was then possible for the French Federation of Scottish Rite Lodges to enter into friendly relations with many foreign Masonic powers, and in particular with the Union of the Eight German Grand Lodges.


French Masonic publications

In 1890 appeared the last issue of the la Chaîne d'Union [Chain of Union], a monthly review edited for twenty-five years by Bro. Hubert with indefatigable dedication.
 La Truelle [The Trowel] tries to pick up its succession, but the efforts of its editors fail in the face of the apathy of the Masons, who had already let the Masonic world decline.
 The Bulletin Maçonnique [Masonic Bulletin], founded in 1880, thus remained for a long time in France the only periodical organ intended to publicize the work of the lodges. This publication, which became la Revue Maçonnique mensuelle [the Monthly Masonic Review], ceased to appear in 1910.
 Since October 1902, then appeared L'Acacia, a monthly review of Masonic studies, written exclusively by Freemasons. This important publication has greatly contributed to raising the prestige of French Masonry in the eyes of Masons educated abroad. From 1910, the Lumière Maçonnique [Masonic Light] published monthly interesting works. These two magazines died out in 1914.
 Le Symbolisme [The symbolism] first appeared from 1912 to 1914, then resumed in 1920 a propaganda aiming to put the Masonic idea within the reach of all initiates.
 In 1919, the Etoile flamboyante [Flaming Star] had only an ephemeral duration.


The Masonic press links together the most educated Masons around the world. It strives to dispel misunderstandings among national Masonic Bodies and stands against abuses.
 While Masonic governments fail to come to an agreement and obstruct the unity of the institution, agreement is established among Masonic writers for the benefit of the spirit of universality, which is the very essence of Freemasonry.

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LA SITUATION MAÇONNIQUE EN 1920


Grand Orient de France

Des trois juridictions maçonniques reconnues en France le Grand Orient est à la fois la plus ancienne et la plus importante. Il compte 441 loges, 78 chapitres et 31 conseils.
 Le pouvoir législatif est exercé dans cette confédération par les délégués des ateliers symboliques, qui se réunissent chaque année, pendant six jours, en Assemblée générale ou Convent. Dans ce trop court espace de temps, les mandataires des loges ont à délibérer sur les propositions préalablement soumises à l'examen des ateliers. Ils votent en outre le budget annuel de la fédération et procèdent aux élections pour le Conseil de l'Ordre, qui se compose de 33 membres élus pour 3 ans et renouvelables par tiers chaque année. Ce conseil est chargé de l'administration. A sa tête se trouve le Président du Conseil de l'Ordre, qui représente l'ensemble de la fédération, sans jouir néanmoins d'aucune des prérogatives attachées jadis à la Grande Maîtrise.
 La justice maçonnique est rendue en dernier ressort par la Chambre de Cassation, dont les membres sont désignés par le Convent.
 Il existe de plus, au sein du Grand Orient, un Grand Collège des Rites, chargé de conférer les trois derniers degrés de l'Ecossisme (31e, 32e et 33e), puis de veiller au maintien des traditions maçonniques.



L'Ecossisme.

Les ateliers de la juridiction française du rite écossais se groupent, depuis 1894, en deux puissances maçonniques distinctes.
 Les loges symboliques, pratiquant exclusivement les premiers grades, forment dans leur ensemble la fédération de la Grande Loge de France: les ateliers supérieurs (du 4e au 33e degré) continuent par contre à travailler sous l'obédience du Suprême Conseil.
 La Grande Loge, est, à proprement parler, l'assemblée législative constituée par les députés que les loges sont appelées à élire chaque année, à raison d'un représentant par cinquante membres ou fraction de cinquante membres. La Grande Loge n'exerce cependant la plénitude du pouvoir législatif, que lorsqu'elle est réunie en Convent, c'est-à-dire en une assemblée générale, à laquelle les loges des départements sont tenues de se faire effectivement représenter par un de leurs membres, et non simplement par un député choisi parmi les Maçons parisiens. Le Convent prend toutes les décisions ayant force de loi, il vote le budget et procède aux élections des officiers de la Grande Loge, des membres du Conseil Fédéral, du Tribunal de Cassation et de diverses Commissions administratives. Hors Convent, la Grande Loge n'a que des prérogatives restreintes, qui ont fait considérer comme stériles ses réunions ordinaires, où ne figurent presque exclusivement que des députés habitant Paris. Le Conseil Fédéral, composé de trente-trois membres, n'est en effet responsable que devant le Convent, si bien que, d'une assemblée annuelle à l'autre, il exerce le pouvoir administratif sans contrôle efficace. Aucun inconvénient pratique n'en est résulté jusqu'ici; mais il n'en est pas moins désirable que le fonctionnement de la Grande Loge de France soit assuré d'une manière plus logique. — Cette fédération, qui compte 156 loges, ne saurait rivaliser numériquement avec le Grand Orient de France. Ces deux puissances, inégales sous tant de rapports, doivent poursuivre parallèlement leur œuvre, chacune s'efforçant de faire mieux quel'autre, sans que cette Compétition pour le bien n'apporte le moindre trouble dans leurs relations fraternelles.
 Depuis que le Suprême Conseil a été déchargé du souci de l'administration des loges bleues, il a pu s'attacher à perfectionner l'institution des haut-grades. Ce ne sont plus désormais de vains prétextes à titres pompeux: il faut les mériter, en faisant preuve d'une instruction maçonnique effective. La sélection devient ainsi réelle dans les ateliers supérieurs du rite écossais, qui comportent 3 loges de perfection (4e au 14e degré), 32 chapitres (15e au 18e degré) et d'aéropages (19e au 30e degré).


Les Rites non reconnus

Le 14 janvier 1882. la L∴ Les Libres Penseurs, O∴ du Pecq (Seine-et-Oise) avait cru pouvoir accorder l'initiation maçonnique à Maria Deraismes, conférencière éminente, estimée digne de porter le tablier symbolique. C'était là une innovation contraire aux usages de la Maçonnerie universelle. Elle obligea la Grande Loge Symbolique Ecossaise à mettre en sommeil la loge du Pecq et à déclarer nulle une réception entachée d'illégalité. Cela n'empêcha pas la nouvelle recrue de se considérer comme une bonne et légitime Maçonne, si bien que plus tard, en mars 1893, elle put se croire autorisée à conférer à son tour la lumière maçonnique à d'autres femmes. Ainsi naquit la Grande Loge mixte: Le Droit humain, qui s'applique, en Maçonnerie, à traiter l'homme et la femme sur un pied d'une parfaite égalité.
 Cette obédience est considérée comme irrégulière. Il en est de même des loges qui ont adopté ses principes, ainsi que de la Grande Loge Mixte qui s'en est détachée en 1914. La F∴ M∴, est loin cependant de se désintéresser de l'initiation de la femme; mais le problème est difficile à résoudre et ne doit pas être envisagé du seul point de vue des revendications féministes.


Bibliographie

Une notice historique sur la Maçonnerie française au XVIIIe siècle constitue la partie la plus importante d'un ouvrage consacré aux Enseignements secrets de Martines de Pasqually, d'après Franz von Baader Paris, Chacornac, 1900, 1 vol. in-16.

 Parmi les ouvrages anciens, difficiles à se procurer, les plus recherchés sont les suivants:
 Recherches sur le Rite Ecossais Ancien accepté, par J. Emile Daruty, Paris, 1879.
 Thory: Acta Latomorum, ou Chronologie de l'histoire de la Franc-Maçonnerie française et étrangère, Paris, Nouzou, 1815, 2 vol.
 Rebold (E.): Histoire des trois grandes loges de Francs-Maçons en France, Paris, 1865.
 Jouaust (A. G.); Histoire du Grand-Orient de France. Rennes et Paris.

 



THE MASONIC SITUATION IN 1920


Grand Orient of France

Of the three Masonic jurisdictions recognized in France, the Grand Orient is both the oldest and the most important. It has 441 lodges, 78 chapters and 31 councils.
 The Legislative Power is exercised in this confederation by the delegates of the symbolic lodges, which meet every year, for six days, in a General Assembly or Congress. In this too short space of time, the representatives of the lodges have to deliberate on the proposals previously submitted for consideration by the lodges. They also vote on the annual budget of the federation and proceed to the elections for the Council of the Order, which is made up of 33 members elected for 3 years, and renewable by thirds each year. This council is responsible for administration. At its head is the President of the Council of the Order, who represents the entire federation, without however enjoying any of the prerogatives formerly attached to the Grand Mastership.
 Masonic justice is rendered in the last resort by the Chamber of Cassation, whose members are appointed by the Congress.
 There is also, within the Grand Orient, a Grand College of Rites, responsible for conferring the last three Scottish degrees (31st, 32nd, and 33rd), and also to ensure the maintenance of Masonic traditions.



The Scottish Rite

The lodges of the French jurisdiction of the Scottish rite have been grouped, since 1894, into two distinct Masonic powers.
 The symbolic lodges, practicing exclusively the first degrees, formed the federation of the Grand Lodge of France: the higher bodies (from the 4th to the 33rd degree), on the other hand, continue to work under the obedience of the Supreme Council.
 The Grand Lodge is, strictly speaking, the legislative assembly made up of the deputies that the lodges are called upon to elect each year, at the rate of one representative for every fifty members or fraction of fifty. The Grand Lodge, however, exercises full legislative power only when it is convened in a Congress, that is to say, in a general assembly, at which the lodges of the departments are required to be effectively represented by one of their members, and not simply by a deputy chosen from among the Parisian Masons. The Congress takes all the decisions having the force of law, it votes the budget and proceeds to the elections of the officers of the Grand Lodge, of the members of the Federal Council, of the Court of Cassation, and of various administrative commissions. Outside the Congress, the Grand Lodge has only limited prerogatives, which make its ordinary meetings, where there are only deputies living in Paris, to be considered sterile. The Federal Council, made up of 33 members, is in fact responsible only to the Congress, so that, from one annual meeting to another, it exercises administrative power without effective control. No practical inconvenience has resulted from this so far; but it is nonetheless desirable that the functioning of the Grand Lodge of France be ensured in a more logical manner. — This federation, which only consists of 156 Lodges, could not numerically rival the Grand Orient of France. These two powers, unequal in so many respects, must continue their work in parallel, each striving to do better than the other, without this Competition for the good causing the slightest disturbance in their fraternal relations.

 After the Supreme Council was relieved of the concern for the administration of the Blue Lodges, it has been able to focus on perfecting the institution of the High Degrees. These are no longer empty pretexts with pompous titles: they must be earned, by demonstrating effective Masonic instruction. The selection thus becomes real in the higher bodies of the Scottish Rite, which is made up of 3 Lodges of Perfection (4th to 14th degree), 32 Chapters (15th to 18th degree) and of Aeropages [Council of Kadosh] (19th to 30th degree).


The Unrecognized Rites

On January 14, 1882. The Lodge "The Free Thinkers" of the Orient du Pecq (Seine-et-Oise) had believed to be able to grant the Masonic initiation to Maria Deraismes, eminent lecturer, considered worthy of wearing the symbolic apron. This was an innovation contrary to the usages of universal Masonry. It forced the Scottish Symbolic Grand Lodge to put the Pecq lodge to sleep, and to declare null a reception tainted with illegality. This did not prevent the neophyte from considering herself as a good and legitimate Mason, so much so that later, in March 1893, she could believe herself authorized to confer in her turn the Masonic light to other women. Thus was born the mixed Grand Lodge "The Human Right," which is dedicated, in Masonry, to treating men and women on a footing of perfect equality.
 This obedience is considered irregular. It is the same with the lodges which adopted its principles, as well as with the Mixed Grand Lodge which detached itself from it in 1914. Freemasonry, however, is far from being uninterested in the initiation of women; but the problem is difficult to solve and should not be approached from the sole point of view of feminist demands.


Bibliography

A historical notice on French Masonry in the 18th century constitutes the most important part of a work devoted to the Enseignements secrets de Martines de Pasqually, according to Franz von Baader Paris, Chacornac, 1900, 1 vol. in-16.
 Among the old books, difficult to obtain, the most sought after are the following:
 Recherches sur le Rite Ecossais Ancien accepté, by J. Emile Daruty, Paris, 1879.
 Thory: Acta Latomorum, ou Chronologie de l'histoire de la Franc-Maçonnerie française et étrangère, Paris, Nouzou, 1815, 2 vol.
 Rebold (E.): Histoire des trois grandes loges de Francs-Maçons en France, Paris, 1865.
 Jouaust (A. G.); Histoire du Grand-Orient de France, Rennes et Paris.

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MAÇONNERIE ÉTRANGÈRE

La F∴ M∴, s'est adaptée partout au milieu dans lequel s'est effectué son développement. Elle est devenue républicaine dans les démocraties, tout comme elle se montre dévouée au souverain dans les pays monarchiques. D'autre part, elle est entrée en lutte contre les religions qui l'ont attaquée, mais elle a conservé un caractère religieux partout où les Maçons n'ont pas été voués à l'exécration des croyants.

 C'est ainsi que, partout où domine le Protestantisme, la Maçonnerie se distingue par son attachement au culte chrétien. La Bible y figure parmi les symboles obligatoires des loges, dont les travaux affectent volontiers des allures pieuses. Le rituel multiplie les invocations au Grand Architecte, qui est identifie avec le Dieu personnel, Père Tout Puissant, Maître Suprême del'Univers, dont la protection est implorée avec autant de ferveur que dans une église.



Grande Bretagne

La Grande Loge Unie d'Angleterre est née en 1813 de la fusion de l'ancienne Grande Loge de 1717 avec une Grande Loge dissidente érigée vers 1750-53.
 Cette dernière puissance maçonnique prétendait avoir repris les traditions de la Grande Loge d'York et pratiquait le grade de Royal Arch, que le traité d'union de 1813 fit définitivement ajouter aux trois degrés de Saint Jean, comme complément du grade de Maître.
 La Grande Loge Unie d'Angleterre compte plus de 2.958 ateliers, répartis entre 70 Grandes Loges Provinciales, dont 44 sont établies en Angleterre et 26 aux colonies. — La Maçonnerie anglaise est fort riche et entretient de nombreuses institutions de bienfaisance. Le roi Edouard VII, son ancien grand-maître, lui a donné pour devise: «Loyalty and charity». Les formes rituéliques y sont scrupuleusement observées, mais elles ne sont pratiquées que dans leur lettre morte, tout caractère intellectuel ayant fait défaut, jusqu'ici, à la Maçonnerie anglo-saxonne.
 La Grande Loge d'Ecosse ne pratique que les trois grades symboliques; elle compte plus de 1.107 loges administrées par 30 Grandes Loges Provinciales.
 A la Grands Loge d'Irlande se rattachent 415 loges groupées en 15 Grandes Loges Provinciales.



Pays Scandinaves

Fondée en 1717, la Grande Loge Nationale du Danemark compte 12 loges. Elle a pour G∴ M∴, le roi régnant, et, conformément au principe suédois, elle réserve l'initiation maçonnique aux seuls chrétiens.
 En Norvège, la Maçonnerie s'élève au-dessus de toute distinction religieuse; elle est franchement libérale et affirme ses sympathies pour la Maçonnerie française.
 La G∴ L∴ de Norvège compte 16 loges.
 La première loge fut fondée en Suède vers 1735, par le comte Axel Ericson Wrede-Sparre, qui avait été initié à Paris, le 4 mai1731. D'autres loges s'étant fondées peu à peu, une Grande Loge se constitua en 1761, mais l'organisation actuelle ne fut définitivement adoptée que le 15 mars 1780. Elle se base sur un Rite spécial comportant les douze grades suivants:
 1. Apprenti,   2. Compagnon,   3. Maître,   4. Compagnon Écossais,   5. Maître de Saint André,   6. Chevalier d'Orient,   7. Chevalier d'Occident ou Vrai Templier,   8. Chevalier du Sud ou Frère favori de Saint Jean.   9. Frère favori de Saint André,   10. Membre du Chapitre.   11. Dignitaire du Chapitre,   12. Vicaire de Salomon. — Il existe en outre un ordre de Charles XIII dont les marques distinctives se portent en public et qui ne peut être composé que de Francs-Maçons. Il est d'autant plus honorable d'y être admis qu'il ne peut jamais avoir plus de 30 membres, dont 27 laïques et 3 ecclésiastiques (protestants), sans compter les princes royaux et le roi régnant.

 Le roi Gustave V a succédé à son père Oscar II, comme chef suprême de la Grande Loge de Suède, qui compte 45 loges de Saint Jean et 13 loges de Saint André.



Allemagne

La Maçonnerie allemande comprend un ensemble de 566 loges, comptant 58.749 membres actifs en 1919. Elle a pour organe central une fédération de huit grandes loges (Grosslogenbund), dont la fondation remonte au 19 mai 1872. Les délégués des huit grandes loges confédérées se réunissent annuellement pour décider des affaires communes, chacune des grandes loges conservant d'ailleurs son entière autonomie.
 La plus ancienne et en même temps la plus importante de ces huit puissances maçonniques s'intitule: Grande-Mére Loge Nationale aux Trois Globes. Elle tire son origine d'une loge fondée à Berlin en 1740, par Frédéric II, qui avait été initié à Brunswick, le 15 août 1738. Son organisation actuelle date de 1772. Elle se trouve à la tête de 228 ateliers, dont 156 loges symboliques et 72 loges écossaises. Ces dernières confèrent quatre degrés d'instruction 27) qui ne doivent pas être envisagés comme hauts-grades proprement dits, car ils ne comportent la révélation d'aucun secret nouveau, leur rôle se bornant à l'étude de plus en plus approfondie des mystères des trois premiers grades, considérés comme renfermant la doctrine maçonnique dans son intégrité.

 La Grande Loge Nationale des Francs-Maçons d'Allemagne, fondée par le F∴ von Zinnendorf, en 1770, pratique le Rite suédois comportant les neuf grades suivants: 1. Apprenti,   2. Compagnon,   3. Maître, conférés en loge de Saint Jean,   4. Apprenti et Compagnon de Saint André.   5. Maître, Ecossais de Saint André, conférés en loge écossaise ou de Saint André,   6. Chevalier d'Orient,   7. Chevalier d'Occident,   8. Confident de Saint Jean,   9. Confident de Saint André ou Frère Elu, conférés en chapitre.   Il existe enfin un dixième grade, celui de Chevalier-Commandeur, réservé aux FF∴ chargés du gouvernement de l'Ordre, dont le chef suprême prend le titre de Vicaire de Salomon.
 De même que la Grande Loge précédente, cette puissance maçonnique n'accorde l'initiation qu'aux profanes chrétiens; elle admet les Juifs a ses travaux comme visiteurs, mais se refuse à les affilier 28).
 Son développement a été très rapide depuis une trentaine d'années. Ses loges étaient en 1919, au nombre de 151, avec 15.215 membres actifs.
 La Grande Loge de Prusse dite «Royal York de l'Amitié» s'est érigée en Grande Loge en 1768. Jusqu'en 1794, ses travaux eurent lieu en langue française, d'après une coutume qui fut générale en Allemagne au milieu du XVIIIe siècle. Depuis cette Grande Loge accorde l'initiation aux Juifs, sans cependant leur permettre de prétendre aux degrés supérieurs au troisième. Elle compte 81 loges, avec 7.980 membres.
 La Grande Loge de Hambourg fut d'abord constituée, en 1741, comme Grande Loge provinciale de la Grande Loge d'Angleterre, puis elle se déclara indépendante en 1811. Ses tendances ont toujours été très libérales. Elle ne pratique que les trois grades de Saint Jean et compte 62 loges, avec 5.300 membres.
 La Grande Loge de Saxe (38 loges, avec 4.892 membres) date de 1811. Elle ne reconnaît également que les trois premiers grades. Son organisation est strictement représentative, de manière à faire prévaloir dans ses décisions la volonté générale des loges, qui, d'ailleurs, jouissent de la plus large autonomie, en particulier de la liberté de choisir leur rituel.
 La Grande Loge «Au Soleil», de Bayreuth, n'est devenue définitivement indépendante qu'en 1829. Elle compte 40 loges avec 3.670 membres. L'une de ses loges, celle de Fribourg-en-Brisgau, a fait beaucoup parler d'elle en substituant un livre blanc à la Bible sur laquelle se prête le serment maçonnique dans les loges allemandes.
 La Grande-Mère Loge de l'Union Eclectique, à Francfort-sur-le-Mein, procède d'une Grande Loge provinciale anglaise fondée en 1766 et devenue indépendante en 1782. Elle compte 25 loges avec 3.318 membres. En 1844 elle rendit l'initiation accessible aux Juifs, ce qui mécontenta certaines de ses loges, dont le groupement dissident constitua une nouvelle Grande Loge.
 La Grande Loge «La Concorde», O∴ de Darmstadt, s'est constituée en 1846, à la suite de la scission survenue au sein de la grande loge précédente, relativement à la question juive. Cette grande loge s'est, en effet, refusée à recevoir les Juifs jusqu'en1875, époque à laquelle elle est, «venue» aux principes de tolérance qui caractérisent la Maçonnerie universelle. Ses loges, au nombre de 8, réunissent 700 membres.
 En dehors de l'Union des Grandes Loges, mais reconnues par celles-ci, subsistent cinq loges indépendantes, groupées depuis1883. Deux de ces loges sont établies à Leipzig, les trois autres à Altenburg, Hildburghausen et Gera. Elles sont particulièrement prospères et comptent dans leur ensemble plus de mille membres.
 A coté de la Maçonnerie régulière, qui ne recrute que dans les classes les plus élevées la société, il s'est constitué en Bavière une Confédération maçonnique du Soleil-levant (Freimaurerbund zur aufgehenden Sonne) qui se compose d'éléments plus démocratiques et aspire à entrer en relations officielles avec la Maçonnerie française.
 Les loges allemandes déclarent s'abstenir strictement de politique et prétendent ne s'occuper à aucun titre des actes du gouvernement. Elles s'efforcent d'intéresser leurs adeptes à la philosophie maçonnique, telle qu'elle a été exposée dès le XVIIIe siècle par Leasing, Herder, Fichte et d'autres écrivains classiques. Les Maçons allemands lisent beaucoup, ayant à leur disposition de nombreuses revues mensuelles ou hebdomadaires et des ouvrages fort bien faits concernant l'histoire et le rituélisme de la Franc-Maçonnerie. L'instruction maçonnique a surtout été répandue depuis 1861 par l'Association des Francs-Maçons Allemands, qui a eu le mérite de publier, avec le concours des Maçons les plus compétents, une encyclopédie maçonnique (Allgemeines Handbuch der Freimaurerei) dont la haute valeur a été universellement appréciée.
 De très vives sympathies pour la Maçonnerie française se sont fait jour au sein des loges allemandes, de 1905 à 1914. On pouvait croire alors que les peuples se rapprocheraient et qu'ils se feraient des concessions mutuelles en vue de leur collaboration pacifique. L'événement devait prouver qu'une union qui n'exerce pas un contrôle suffisant sur son gouvernement peut se laisser entraîner par celui-ci à des entreprises criminelles.
 Les Maçons allemands les plus éclairés comprennent désormais que la philosophie maçonnique ne se traduit pas uniquement en belles théories, qui s'étalent avec complaisances dans l'intimité des Loges, sans viser a la moindre action sur le monde extérieur. La Maçonnerie a mission de construire — et le cas échéant de reconstruire — la société humaine. Il faut qu'en elle s'accumule une force éducative capable de rayonner dans les masses pour y former les matériaux de la construction politique et sociale.
 La Maçonnerie allemande, dont les relations internationales étaient très étendues avant 1914, se trouve actuellement réduite à un isolement relatif. Il est à souhaiter qu'une activité méritoire lui fasse regagner la confiance qu'elle a perdue.


27)   Le 4e degré est celui d'Ecossais, le 5e celui d'Élu, le 6e celui d'Initié du Temple intérieur et le 7e celui de Confident de la Perfection.


28)   Depuis 1849, la Grande Loge «Aux Trois Globes» se montre plus tolérante à ce dernier point de vue.



Autriche et Hongrie

Après avoir été protégée par l'empereur Joseph II en 1780, la Maçonnerie est restée complètement interdite en Autriche depuis 1801.
 Pour remplacer les loges, on avait fondé à Vienne une société Humanitas, dont les membres étaient Maçons et recevaient l'initiation sur le territoire hongrois.
 Le roi de Hongrie était astreint, en effet, à se montrer plus tolérant que l'empereur d'Autriche, et la Maçonnerie avait toute latitude de se développer ouvertement au delà de la Leitha. Les Magyars ont donc pu fonder de nombreuses loges, tout d'abord sous l'obédience du Grand Orient de France. En 1870, ces ateliers se constituèrent en Grande Loge Symbolique de Hongrie, administrant les degrés symboliques, le gouvernement des hauts grades étant réservé à un Suprême Conseil écossais. La Maçonnerie hongroise comptait 93 loges en 1919, lorsque la révolution provoquée par Bela Kun la déclara supprimée en raison de ses tendances bourgeoises. A la chute du régime communiste, les Loges hongroises reprirent leur activité; mais un gouvernement clérical étant venu au pouvoir, des mesures draconiennes furent prises contre la Grande Loge Symbolique de Hongrie, accusée d'avoir fomenté la démagogie. Toute réunion maçonnique fut interdite et les biens des Loges confisqués sur tout le territoire hongrois.
 La République Magyare persécute ainsi la Maçonnerie que la monarchie n'avait pas voulu inquiéter.
 Par compensation les loges ne sont plus interdites en Autriche, où la Grande Loge de Vienne compte 14 ateliers.


Roumanie

La plupart des loges roumaines doivent leur fondation au Grand Orient de France. Elles constituent actuellement, au nombre de 6, la Grande Loge de Roumanie.



Italie

Longtemps persécutée, la Maçonnerie n'a pu prendre officiellement racine dans les états italiens qu'à une date récente. Le rite écossais, introduit en Lombardie au commencement du XIXe siècle, a eu pour grand-maître Garibaldi. Actuellement, le Grand Orient d'Italie compte 482 loges et 180 triangles (groupes de Maçons régulièrement constitués, mais non autorisés à procéder à des initiations). Le Suprême Conseil d'Italie régit, en outre, 28 ateliers du 4e, 25 du 9e, 38 du 18e et 16 du 30e degré.
 Au point de vue des tendances générales et de la manière de travailler, la Maçonnerie italienne est plus que toute autre la sœur de la Maçonnerie française. Elle l'a prouvé par son attitude en 1914, car, tout en restant correcte au point de vue international, elle sut préparer les Maçons italiens à remplir tout leur devoir envers leur patrie et la civilization.



Pays du Levant

Il existe à Constantinople et à Salonique des groupes de loges françaises, italiennes, grecques, anglaises, allemandes et arméniennes.
 On trouve des loges en outre à Smyrne, à Damas, à Jaffa et dans les différents ports de Syrie. De même qu'en Egypte, où la Maçonnerie est très prospère, les loges contribuent puissamment dans ces contrées à neutraliser les antipathies de race et de croyance.
 Le Grand Orient de Grèce administre 18 loges.
 Il a aussi été question d'un Grand Orient Ottoman de Constantinople, sur lequel on est assez mal renseigné.



Suisse

La Grande Loge Alpina, fondée en 1844, ne reconnaît que les trois grades symboliques. C'est une alliance de 36 loges pleinement autonomes.
 Les Maçons suisses n'ont pas à lutter en faveur de la démocratie qui fait l'âme de toutes les institutions de leur patrie. Ils font du socialisme pratique et s'efforcent d'acquérir une instruction solide en Maçonnerie.
 En 1915, les GG∴ LL∴ allemandes rompirent les relations avec la G∴ L∴ Alpina, dont le G∴ Orat∴ avait déploré l'incendie de Louvain.



Belgique et Pays-Bas

Le Grand Orient de Belgique administre toutes les loges symboliques, au nombre de 24. Le Suprême Conseil régit les ateliers supérieurs et s'est fait une particularité du travail au 22e degré (chevalier de la Hache Royale, ou prince du Liban).

 La Maçonnerie belge ne se différencie guère de la Maçonnerie française.
 Le 27 septembre 1914, son G∴ M∴, le F∴ Ch. Magnette écrivit aux GG∴ LL∴ allemandes pour leur proposer de procéder à une enquête contradictoire sur les atrocités commises en Belgique par les troupes allemandes. Sur huit, deux GG∴ LL∴ répondirent en rejetant la proposition comme injurieuse pour l'armée allemande, dont la discipline impeccable ne laisse place à aucun soupçon d'incorrection ou d'inhumanité. Malgré cet échec, le F∴ Magnette crut devoir faire un nouvel appel à l'humanité des Maçons allemands lors des déportations de la population civile belge réduite à l'esclavage. Cette fois, il fut emprisonné, puis condamné à la détention et à une forte amende, sans avoir été dénoncé, il est vrai, par ses FF∴ allemands, les poursuites ayant été provoquées par la censure militaire.
 Le Grand Orient de Hollande compte 108 loges, dont un grand nombre aux colonies. Les loges sont riches et fort actives.
 La Maçonnerie néerlandaise poursuit un idéal de paix internationale et s'efforce d'entretenir des relations cordiales avec les organisations maçonniques de tous les pays.
 L'unique Loge du Grand Duché de Luxembourg est régie par un Suprême Conseil Maçonnique, qui n'a rien de commun avec les Suprêmes Conseils du Rite Écossais (33°).



Espagne et Portugal

La Maçonnerie espagnole se distingue par une activité fièvreuse, mais trop souvent intermittente. Elle compte 103 loges, composées surtout de républicains et d'amis éclairés de la France.
 Au Portugal, la Maçonnerie est, comme en France, intimement liée au développement de la République. Les LL∴ sont des foyers d'éducation démocratique, mais elles s'abstiennent en général de toute attaque contre l'Eglise dont les Maçons portugais suivent volontiers les pratiques, si bien qu'il s'est trouvé dans leurs rangs des évêques et de nombreux ecclésiastiques.
 Cet état de choses remonte à 1713, date d'un procès qui se termina par la condamnation aux galères et à l'exil de plusieurs Francs-Maçons. L'inquisition se rendit ainsi odieuse, et la F∴ M∴, rallia tous ses adversaires.
 Le Grand Orient Lusitanien uni, fondé en 1805, et fusionné en 1862, compte actuellement 113 loges.



Russie et Nations Slaves

Protégée jadis par Catherine II, la Maçonnerie, depuis 1822, est restée sévèrement interdite dans tout l'empire des Czars, quelques loges y furent cependant constituées secrètement par le Grand Orient de France.
 La Maçonnerie a pu ainsi prendre racine en Ukraine, où une Grande Loge s'est constituée en 1919.
 L'année précédente, une Grande Loge de Bulgarie était d'ailleurs née à Sofia d'une Loge régulièrement installée avant la guerre par la Grande Loge de France.
 A Belgrade s'est organisée d'autre part une Grande Loge de Yougo-Slavie qui s'est modelée sur la constitution de la G∴ L∴ Alpina.
 Il est à prévoir que les Loges qui existent en Pologne ne tarderont pas à former une fédération, dont le noyau sera fourni parles ateliers de Posnanie détachés de la Maçonnerie prussienne.
 La Tchéco-Slovaquie ne manquera pas non plus d'avoir sa Maçonnerie, de même que la Finlande et la Russie, dès que l'ordre s'y sera rétabli.



Amérique du Nord

Neuf grandes loges régissent 1.056 loges au Canada.
 Les Etats-Unis comptent 15.068 ateliers, qui se répartissent entre 49 Grandes Loges et 3 Suprêmes Conseils, sans compter les Grandes Loges de couleur, accessibles aux nègres, qui sont rigoureusement exclus des loges envisagées comme régulières.
 Les Maçons américains professent pour la Bible une vénération quelque peu superstitieuse. Ils ont en outre facilement la manie des hauts grades et recherchent surtout le 32e degré, qui les fait Princes de Royal Secret! L'Ecossisme est donc très fortement organisé, surtout dans les Etats du Sud. Ses prétentions ont été brillamment soutenues par le F∴ Albert Pike de Charleston, qu'on avait surnommé — fort gratuitement d'ailleurs — «le pape des Francs-Maçons».



Amérique Latine

La Maçonnerie Mexicaine a été longtemps mêlée aux luttes politiques et ne possède guère d'organisation stable.
 La Grande Loge de Cuba, fondée en 1859, comporte 102 loges. Un Suprême Conseil de Cuba, Colon et Porto-Rico, fondé la même année, régit 33 ateliers supérieurs.
 La Grande Loge de Porto-Rico, fondée en 1885, compte 37 loges.
 Le Grand Orient National de Haïti, fondé en 1824, régit 64 loges, 49 chapitres et 34 aréopages.

 Le Suprême Conseil de Saint-Domingue date de 1861 et compte 13 loges.
 A la Guadeloupe, trois loges se rattachent au Grand Orient et une à la Grande Loge de France, — Les deux obédiences françaises possèdent, en outre, des loges à la Martinique et à la Guyane.
 En 1870, un Suprême Conseil de l'Amérique centrale fut fondé à San-José de Costa-Rica, où, depuis 1899, fonctionne une Grande Loge comptant 7 ateliers.
 Le Grand Orient de Guatemala, fondé en 1887, a fait place en 1803 à la Grande Loge de la République de Guatemala, qui compte 12 loges.
 Les loges de Colombie sont régies par un Suprême Conseil fondé en 1827 (5 loges).
 Celles de l'Etat de Bolivie se rattachent au Suprême Conseil Néo-Grenadin, qui date de 1833.
 Le Grand Orient National de Venezuela, fondé en 1865, compte 9 loges.
 Au Brésil, le Grand Orient et le Suprême Conseil, fusionnés en 1882, comptent 390 loges et de nombreux ateliers des degrés supérieurs. Pendant fort longtemps les Maçons brésiliens ont combattu l'esclavage. — Ils n'éprouvent guère le besoin de romper avec les usages catholiques et fréquemment on a vu des conflits surgir à propos des cérémonies religieuses dont on voulait les exclure.
 La Grande Loge du Pérou date de 1831 et compte 33 loges. — Le Cléricalisme rend les Maçons péruviens responsables de toutes les crises politiques que traverse le pays et met en circulation à ce propos les légendes les plus dramatiques.
 La Grande Loge Symbolique du Chili, compte 49 loges. Le Suprême Conseil, Grand Orient de la République de l'Uruguay, fondé en 1855, compte 18 loges.
 On lui doit la fondation du Grand Orient Argentin (1859) qui groupait 81 loges en 1886. Mais à la suite de dissensions regrettables ces ateliers se sont partagés depuis en diverses fédérations indépendantes. Le Grand Orient de la République Argentine s'est cependant reconstitué en 1895, et il compte actuellement 115 loges.
 Parmi les ateliers relevant d'obédiences étrangères, la L∴ L'Amie des Naufragés, qui relève du G∴ O∴ de F∴, et date de 1852, se fait remarquer par une attitude vraiment exemplaire.
 Il est bon de rappeler qu'en 1814, Bolivar et d'autres Maçons de Cadix fondèrent à Buenos-Aires la Loge Lautaro qui devait exercer une influençe décisive sur les destins de toute l'Amérique du Sud, puisque ses membres furent les instigateurs du mouvement républicain et de la proclamation d'indépendance des états du Sud (1810 à 1826).



Afrique

Le Grand Orient de France a constitué 21 loges en Algérie, 4 à Tunis et 3 au Maroc; il possède en outre 3 loges au Sénégal, une au Gabon, une en Abyssinie, 2 à Madagascar, une à la Réunion et 2 à l'Ile Maurice.
 La Grande Loge de France compte de son côté 7 loges en Algérie, une à Tunis, 3 au Maroc, une en Guinée, une à Djibouti et 2 à Madagascar.
 En Egypte, 12 loges travaillent sous les auspices de la Grande Loge de France et 3 sous l'obédience du Grand Orient de France. La Grande Loge Nationale d'Egypte groupe en outre une quarantaine d'ateliers ne comportant au total qu'environ 500 membres.
 La Maçonnerie est représentée d'autre part en Afrique australe par de nombreuses loges britanniques et par quelques ateliers hollandais.
 Il convient enfin de mentionner une grande Loge de la République de Libéria fondée en 1850.



Asie

La Maçonnerie fut introduite aux Indes en 1728. Elle est très répandue dans tout l'Indoustan, où les loges relèvent des constitutions anglaise, écossaise ou irlandaise. Nulle part l'ordre symbolique ne rend peut-être autant de services à la civilisation. Les races ennemies et les castes tranchées ne fraternisent aux Indes que dans les temples maçonniques.
 Les loges de Singapour, de Canton et de Shangai se rattachent à la Maçonnerie anglaise, qui pénétra également au Japon en 1888. — Une loge passe pour avoir été ouverte à Canton dès 1768 par la Grande Loge de Suède.
 Le Grand Orient de France a des loges à Saigon, depuis 1868, à Hanoi depuis 1886 a Haïphong depuis 1892, à Pnom-Penh depuis 1906 et à Tourane depuis 1907. La Grande Loge de France possède, de son côté une loge à Saïgon et une autre à Hanoi.



Australie

La F∴ M∴ a pris racine à Sydney en 1828. De nombreuses loges se sont depuis constituées en Australie sous l'obédience des trois Grandes Loges britanniques. Ces loges ont rompu leurs attaches avec la métropole pour constituer une série de Grandes Loges indépendantes, d'abord pour l'Australie du Sud en 1884 (78 loges), puis successivement pour la Nouvelle-Galles du Suden 1888 (289 loges), Victoria en 1889 (234 loges), la Tasmanie en 1890 (33 loges), la Nouvelle Zélande en 1890 (26 loges), l'Australie occidentale en 1898 (94 loges), Queensland an 1903, (62 loges).
 La Maçonnerie française compte d'ailleurs des loges à Nouméa (Nouvelle-Calédonie) et à Papeete (Tahiti).
 Chaque trimestre, le Bureau international de Relations Maçonniques publie un bulletin qui est adressé à toutes les loges qui contient des informations permettant à ses lecteurs de suivre les événements de l'histoire maçonnique, au fur et à mesure qu'ilsse déroulent. Cette publication devrait être régulièrement lue par tous les Francs-Maçons.

 



FOREIGN FREEMASONRY

Freemasonry has adapted everywhere to the environment in which its development took place. It has become republican in democracies, just as it shows itself devoted to the sovereign in monarchical countries. On the other hand, it has entered into a struggle against the religions which attacked it, but it retained a religious character wherever the Masons were not doomed to the loathing of believers.
 This is how, wherever Protestantism dominates, Masonry is distinguished by its attachment to Christian worship. The Bible figures there among the obligatory symbols of the lodges, whose works readily take on a pious aspect. The ritual multiplies the invocations to the Great Architect, who is identified with the personal God, Father Almighty, Supreme Master of the Universe, whose protection is implored with as much fervor as in a church.



Great Britain

The United Grand Lodge of England was born in 1813 from the merger of the former Grand Lodge of 1717 with a dissident Grand Lodge instituted around 1750-53.
 The latter claimed to have taken again the traditions of the Grand Lodge of York and practiced the degree of Royal Arch, which the treaty of union of 1813 made definitively add to the three Saint John degrees, as a complement to the of Master degree.
 The United Grand Lodge of England has more than 2,958 lodges, divided among 70 Provincial Grand Lodges, of which 44 are established in England and 26 in the colonies. — English Masonry is very rich and maintains many charitable institutions. King Edward VII, his former Grand Master, gave it the motto: "Loyalty and charity." The ritual forms are scrupulously observed there, but they are practiced only in their dead letter, any intellectual character having been lacking, until now, in Anglo-Saxon Masonry.

 The Grand Lodge of Scotland only practices the three symbolic degrees; it has more than 1,107 lodges administered by 30 Provincial Grand Lodges.
 The Grand Lodge of Ireland has 415 lodges grouped into 15 Provincial Grand Lodges.



Scandinavian countries

Founded in 1717, the National Grand Lodge of Denmark has 12 lodges. It has the reigning king for Grand Master, and, in accordance with Swedish principle, it reserves the Masonic initiation to Christians only.
 In Norway, Freemasonry rises above all religious distinction; it is unreservedly liberal and affirms its sympathies for French Masonry.
 The Norwegian Grand Lodge has 16 lodges.
 The first lodge was founded in Sweden around 1735 by Count Axel Ericson Wrede-Sparre, who had been initiated in Paris on May 4, 1731. Other lodges were gradually founded, a Grand Lodge was formed in 1761, but the current organization was not definitively adopted until March 15, 1780. It is based on a special Rite comprising the following twelve degrees:
 1. Apprentice,   2. Fellowcraft,   3. Master Mason,   4. Scottish Fellow,   5. Master of St. Andrew,   6. Knight of the East,   7. Knight of the West or True Templar,   8. Knight of the South or Favorite brother of Saint John,   9. Favorite brother of Saint Andrew,   10. Member of the Chapter.   11. Dignitary of the Chapter,   12. Vicar of Solomon. — There is also an order of Charles XIII, whose distinctive marks are worn in public, and which can only be made up of Freemasons. It is all the more honorable to be admitted to it since it can never have more than 30 members, including 27 lay people and 3 ecclesiastics (Protestants), without counting the royal princes and the reigning king.
 King Gustav V succeeded his father Oscar II as supreme head of the Grand Lodge of Sweden, which has 45 Saint John lodges and 13 Saint Andrew lodges.



Germany

German Masonry comprises an ensemble of 566 lodges, with 58,749 active members in 1919. Its central body is a federation of eight Grand Lodges (Grosslogenbund), whose foundation dates back to May 19, 1872. The delegates of the eight Confederate Grand Lodges meet annually to decide on common affairs, each of the grand lodges also retaining its full autonomy.
 The oldest and at the same time the most important of these eight Masonic powers is called: Grand-Mère Loge Nationale aux Trois Globes [National Grandmother Lodge at the Three Globes]. It originates from a lodge founded in Berlin in 1740 by Frederick II, who had been initiated in Brunswick on August 15, 1738. Its current organization dates from 1772. It is at the head of 228 lodges, including 156 symbolic lodges and 72 Scottish lodges. These last ones confer four degrees of instruction, 27) which should not be considered as high-degrees properly so called, because they do not involve the revelation of any new secret, their role being limited to the more and more detailed study of the mysteries of the first three degrees, considered to contain the Masonic doctrine in its integrity.
 The National Grand Lodge of Freemasons of Germany, founded by Bro. von Zinnendorf in 1770, practices the Swedish Rite comprising the following nine grades: 1. Apprentice, 2. Fellowcraft, 3. Master Mason, conferred in the St John Lodge, 4. Apprentice and Fellow of St Andrew, 5. Scottish Master of Saint Andrew, conferred in Scottish lodge or Saint Andrew, 6. Knight of the East, 7. Knight of the West, 8. Confident of Saint John, 9. Confident of Saint Andrew or Elu Brother, conferred in chapter. Finally, there is a tenth degree, that of Chevalier-Commander, reserved for the Brethren in charge of the government of the Order, whose supreme leader takes the title of Vicar of Solomon.
 Like the previous Grand Lodge, this Masonic power only grants initiation to lay Christians; it admits the Jews to its works as visitors, but refuses to affiliate them. 28)

 Its development has been very rapid for about thirty years. Its lodges were 151 in 1919, with 15,215 active members.
 The Grand Lodge of Prussia known as the " Royal York of Friendship " was set up as a Grand Lodge in 1768. Until 1794, its work took place in the French language, according to a custom which was general in Germany in the middle of the Eighteenth century. After 1794, this Grand Lodge grants initiation to the Jews, without however allowing them to claim the degrees higher than the third. It has 81 lodges, with 7,980 members.
 The Grand Lodge of Hamburg was first established in 1741 as the provincial Grand Lodge of the Grand Lodge of England, then declared itself independent in 1811. Its tendencies have always been very liberal. It only practices the three Saint John degrees and has 62 lodges, with 5,300 members.
 The Grand Lodge of Saxony (38 lodges, with 4,892 members) dates from 1811. It also recognizes only the first three degrees. Its organization is strictly representative, so as to ensure in its decisions the general will of the lodges, which, moreover, enjoy the greatest autonomy, in particular the freedom to choose their ritual.
 The Grand Lodge "Au Soleil" of Bayreuth, did not become definitively independent until 1829. It has 40 lodges with 3,670 members. One of its lodges, that of Freiburg im Breisgau, made a lot of talk about it by substituting a blank book for the Bible on which the Masonic oath is taken in German lodges.
 The Grand-Mother Lodge of the Eclectic Union, in Frankfurt-on-Main, proceeds from an English provincial Grand Lodge founded in 1766 and became independent in 1782. It has 25 lodges with 3,318 members. In 1844 it made the initiation accessible to the Jews, which displeased some of its lodges, whose dissident group formed a new Grand Lodge.

 The Grand Lodge "La Concorde" in the Orient of Darmstadt was formed in 1846, following the split that occurred within the previous Grand Lodge in relation to the Jewish question. This grand lodge refused to initiate Jews until 1875, when it "came" to the principles of tolerance which characterize universal Masonry. Its lodges, numbering 8, bring together 700 members.
 Outside the Union of Grand Lodges, but recognized by them, there are five independent lodges, grouped since 1883. Two of these lodges are established in Leipzig, the other three in Altenburg, Hildburghausen and Gera. They are particularly prosperous and together have more than a thousand members.
 Alongside regular Masonry, which only recruits from the highest classes of society, a Masonic Confederation of the Rising Sun (Freimaurerbund zur aufgehenden Sonne) has been set up in Bavaria, made up of more democratic elements and aspires to enter into official relations with French Masonry.
 The German lodges declare that they abstain strictly from politics and claim not to concern themselves in any way with acts of the government. They strive to interest their followers in Masonic philosophy, as it was expounded as early as the 18th century by Leasing, Herder, Fichte and other classical writers. German Masons read a lot, having at their disposal many monthly or weekly reviews and very well-done works on the history and ritualism of Freemasonry. Masonic instruction has been especially widespread since 1861 by the Association of German Freemasons, which had the merit of publishing, with the assistance of the most competent Masons, a Masonic encyclopedia (Allgemeines Handbuch der Freimaurerei) whose high value has been universally appreciated.

 Very strong sympathies for French Masonry arose in the German lodges from 1905 to 1914. It was then possible to believe that the peoples would come together and that they would make mutual concessions with a view to their peaceful collaboration. The event was meant to prove that a union that does not exercise sufficient control over its government can allow itself to be drawn into criminal enterprises.

 The most enlightened German Masons now understand that Masonic philosophy does not translate only into beautiful theories, which are spread out with complacency in the privacy of the Lodges, without aiming at any action on the outside world. Masonry's mission is to build — and if necessary to rebuild — the human society. In it, an educational force capable of shining through the masses must be built-up in order to form the materials for political and social construction.
 German Masonry, whose international relations were very extensive before 1914, is currently reduced to relative isolation. It is to be hoped that a meritorious activity will make it regain the confidence that it has lost.


27)   The 4th degree is the Scottish one, the 5th that of the Elu, the 6th that of Initiate of the Inner Temple, and the 7th that of Confident of Perfection.

28)   Since 1849, the Grand Lodge "Aux Trois Globes" has been more tolerant of this last point of view.



Austria and Hungary

After being protected by Emperor Joseph II in 1780, Masonry has remained completely banned in Austria since 1801.
 To replace the lodges, a society, Humanitas, was founded in Vienna, whose members were Freemasons and received initiation in Hungarian territory.
 The King of Hungary was obliged, in fact, to be more tolerant than the Emperor of Austria, and Masonry was free to develop openly beyond the river Leitha. The Magyars were therefore able to institute many lodges, at the beginning under the obedience of the Grand Orient of France. In 1870, these lodges constituted themselves into the Symbolic Grand Lodge of Hungary, which administered the symbolic degrees, reserving the government of the high degrees, to a Scottish Supreme Council. Hungarian Freemasonry had 93 lodges in 1919, when the revolution provoked by Bela Kun declared them suppressed due to its bourgeois tendencies. At the fall of the communist regime, the Hungarian Lodges resumed their activity; but a clerical government having come to power, draconian measures were taken against the Symbolic Grand Lodge of Hungary, accused of having fomented demagogy. All Masonic meeting were prohibited, and the property of the Lodges confiscated throughout the Hungarian territory.
 The Magyar Republic thus persecutes the Masonry that the monarchy had not wanted to disturb.
 By way of compensation, lodges are no longer prohibited in Austria, where the Grand Lodge of Vienna has 14 lodges.



Romania

Most of the Romanian lodges owe their foundation to the Grand Orient de France. They currently constitute, 6 in number, the Grand Lodge of Romania.



Italy

Persecuted for a long time, Freemasonry could only take official root in the Italian states recently. The Scottish rite, introduced in Lombardy at the beginning of the 19th century, had Garibaldi as its grand master. Currently, the Grand Orient of Italy has 482 lodges and 180 triangles (groups of Masons regularly formed, but not authorized to carry out initiations). The Supreme Council of Italy also governs 28 lodges of the 4th, 25th of the 9th, 38 of the 18th and 16 of the 30th degree.
 From the point of view of general tendencies and of the manner of working, Italian Masonry is, more than any other, the sister of French Masonry. It proved this by its attitude in 1914, because, while remaining correct from an international point of view, it knew how to prepare the Italian Masons to fulfill all their duty towards their homeland and civilization.



Country of the Levant

There are groups of French, Italian, Greek, English, German and Armenian lodges in Constantinople and Salonika.
 There are also lodges in Smyrna, Damascus, Jaffa and in the various ports of Syria. As in Egypt, where Masonry is very prosperous, the lodges contribute powerfully in these countries to neutralize the antipathies of race and belief.

 The Grand Orient of Greece administers 18 lodges.
 There was also talk of a Grand Orient Ottoman of Constantinople, about which we are not well informed.



Switzerland

The Grand Lodge Alpina, founded in 1844, recognizes only the three symbolic ranks. It is an alliance of 36 fully autonomous lodges.
 Swiss Masons do not have to fight for the democracy which is the soul of all the institutions of their homeland. They practice practical socialism and strive to acquire a solid education in Masonry.
 In 1915, the German Grand Lodges broke off relations with the Grand Lodge Alpina, whose Grand Orator had deplored the fire in Louvain.



Belgium and the Netherlands

The Grand Orient of Belgium administers all the symbolic lodges, numbering 24. The Supreme Council governs the higher bodies and has made a special feature of the work at the 22nd degree (knight of the Royal Ax, or Prince of Lebanon).
 Belgian Masonry differs very little from French Masonry.
 On September 27, 1914, his Grand Master, Bro. Ch. Magnette wrote to the German Grand Lodges to suggest that they carry out a contradictory investigation into the atrocities committed in Belgium by German troops. Out of eight, two Grand Lodges responded by rejecting the proposal as offensive to the German army, whose impeccable discipline leaves no room for any suspicion of impropriety or inhumanity. Despite this setback, Bro. Magnette thought it his duty to make a new appeal to the humanity of the German Masons during the deportations of the Belgian civilian population reduced to slavery. This time he was imprisoned, then sentenced to detention and a heavy fine, without having been denounced, it is true, by his German Brethren, the proceedings having been provoked by military censorship.

 The Grand Orient of Holland has 108 lodges, many of which are in the colonies. The lodges are rich and very active.
 Dutch Masonry pursues an ideal of international peace and strives to maintain cordial relations with Masonic organizations in all countries.
 The only Lodge of the Grand Duchy of Luxembourg is governed by a Supreme Masonic Council, which has nothing in common with the Supreme Councils of the Scottish Rite (33°).



Spain and Portugal

Spanish Masonry is distinguished by a feverish activity, but too often intermittent. It has 103 lodges, made up mostly of Republicans and enlightened friends of France.

 In Portugal, Masonry is, as in France, intimately linked to the development of the Republic. The lodges are centers of democratic education, but they generally refrain from any attack against the Church whose practices the Portuguese Masons willingly follow, so that in their ranks there are bishops and many ecclesiastics.

 This state of affairs dates back to 1713, the date of a trial which ended with the condemnation to galleys and the exile of several Freemasons. The Inquisition thus made itself odious, and the Freemasonry rallied all its adversaries.
 The united Grand Orient of Portugal, founded in 1805, and merged in 1862, currently has 113 lodges.



Russia and Slavic Nations

Formerly protected by Catherine II, Masonry, since 1822, remained severely prohibited throughout the Czar empire, some lodges were however secretly constituted there by the Grand Orient of France.
 Masonry was thus able to take root in Ukraine, where a Grand Lodge was formed in 1919.
 The previous year, a Grand Lodge of Bulgaria was also born in Sofia from a Lodge regularly installed before the war by the Grand Lodge of France.
 In Belgrade, on the other hand, a Grand Lodge of Yugoslavia was organized which was modeled on the constitution of the Grand Lodge Alpina.
 It is to be expected that the Lodges which exist in Poland will not be long in forming a federation, the nucleus of which will be supplied by the lodges of Posnania detached from the Prussian Masonry.
 Czechoslovakia will not fail to have its Masonry either, as will Finland and Russia, as soon as the Order is established there.



North America

Nine Grand Lodges govern 1,056 Lodges in Canada.
 The United States has 15,068 lodges, which are distributed among 49 Grand Lodges and 3 Supreme Councils, not counting the Grand Lodges of color, accessible to negroes, who are strictly excluded from the lodges considered regular.

 American Masons profess a somewhat superstitious reverence for the Bible. They also easily have the mania for high ranks and especially seek the 32nd degree, which makes them Princes of Royal Secret! The Scottish Rite is therefore very highly organized, especially in the Southern States. Tts aims were brilliantly upheld by the Bro. Albert Pike of Charleston, who had been nicknamed — quite gratuitously indeed — "the pope of the Freemasons."



Latin America

Mexican Masonry has long been involved in political struggles and hardly possesses a stable organization.
 The Grand Lodge of Cuba, founded in 1859, has 102 lodges. A Supreme Council of Cuba, Colon and Puerto Rico, founded the same year, governs 33 higher bodies.
 The Grand Lodge of Puerto Rico, founded in 1885, has 37 lodges.
 The Grand National Orient of Haiti, founded in 1824, governs 64 lodges, 49 chapters and 34 areopagi [high Councils].
 The Supreme Council of Santo Domingo dates from 1861 and has 13 lodges.
 In Guadeloupe, three lodges are dependent to the Grand Orient and one to the Grande Loge de France, — The two French Obediences also have lodges in Martinique and Guyana.
 In 1870, a Supreme Council of Central America was founded in San José, Costa Rica, where, since 1899, a Grand Lodge has been operating with 7 lodges.
 The Grand Orient of Guatemala, founded in 1887, gave way in 1803 to the Grand Lodge of the Republic of Guatemala, which has 12 lodges.
 The lodges of Colombia are governed by a Supreme Council founded in 1827 (5 lodges).
 Those of the State of Bolivia are attached to the Supreme Council of New Granada, which dates from 1833.
 The Grand Orient National de Venezuela, founded in 1865, has 9 lodges.
 In Brazil, the Grand Orient and the Supreme Council, merged in 1882, have 390 lodges and numerous higher degrees bodies. For a very long time Brazilian Masons fought slavery. — They did not feel the need to break with Catholic customs and conflicts have often arisen over religious ceremonies from which they were wanted to be excluded.

 The Grand Lodge of Peru dates from 1831 and has 33 lodges. — Clericalism blames the Peruvian Freemasons for all the political crises that the country has gone through and circulates the most dramatic fables in this regard.
 The Symbolic Grand Lodge of Chile has 49 lodges.
 The Supreme Council, Grand Orient of the Republic of Uruguay, founded in 1855, has 18 lodges.
 It is owed the founding of the Grand Orient of Argentina (1859) which grouped 81 lodges in 1886. But, following regrettable dissensions, these lodges have since been divided into various independent federations. The Grand Orient of the Argentine Republic was however reconstituted in 1895, and it currently has 115 lodges.
 Among the lodges belonging to foreign Obediences, the Lodge L'Amie des Naufragés [Friends of the Shipwrecked], which depends on the Grand Orient of France, and dates from 1852, stands out with a truly exemplary attitude.
 It is worth recalling that in 1814, Bolivar and other Masons of Cadiz founded in Buenos Aires the Lodge Lautaro which was to exercise a decisive influence on the destinies of all South America, since its members were the instigators of republican movement and the proclamation of independence of the southern states (1810 to 1826).



Africa

The Grand Orient de France has constituted 21 lodges in Algeria, 4 in Tunis and 3 in Morocco; it also has 3 lodges in Senegal, one in Gabon, one in Abyssinia, 2 in Madagascar, one in Reunion and 2 in Mauritius.
 The Grande Loge de France has 7 lodges in Algeria, one in Tunis, 3 in Morocco, one in Guinea, one in Djibouti and 2 in Madagascar.
 In Egypt, 12 lodges work under the auspices of the Grand Lodge of France and 3 under the obedience of the Grand Orient of France. The Grand National Lodge of Egypt also groups some forty lodges with a total of only about 500 members.
 Masonry is represented in Africa, on the other hand, by numerous British Lodges and by some Dutch lodges.

 Finally, it is worth mentioning a Grand Lodge of the Republic of Liberia founded in 1850.



Asia

Masonry was introduced in India in 1728. It is widespread throughout Hindustan, where the lodges come under the English, Scottish or Irish constitutions. Nowhere does the symbolic Order serve civilization better. Enemy races and rival castes do not fraternize in India but in the Masonic temples.
 The lodges of Singapore, Canton and Shanghai are dependent to English Masonry, which also penetrated Japan in 1888. — It is said that a Lodge was founded in Canton in 1768 by the Grand Lodge of Sweden.
 The Grand Orient de France has had lodges in Saigon since 1868, in Hanoi since 1886, in Haiphong since 1892, in Pnom-Penh since 1906, and in Tourane since 1907. The Grande Loge de France has, for its part, a lodge in Saigon and another in Hanoi.



Australia

Freemasonry took root in Sydney in 1828. Many lodges have since been formed in Australia under the obedience of the three British Grand Lodges. These lodges severed their ties with the metropolis to form a series of independent Grand Lodges, first for South Australia in 1884 (78 lodges), then successively for New South Wales in 1888 (289 lodges), Victoria in 1889 (234 lodges), Tasmania in 1890 (33 lodges), New Zealand in 1890 (26 lodges), Western Australia in 1898 (94 lodges), Queensland in 1903, (62 lodges).

 French Masonry also has lodges in Noumea (New Caledonia) and Papeete (Tahiti).
 Each trimester, the International Office for Masonic Relations publishes a Bulletin addressed to all Lodges, which contains information that enables its readers to follow the events of Masonic history as they unfold. This publication should be regularly read by all Freemasons.

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AVENIR DE LA FRANC-MAÇONNERIE

Il faut connaître bien mal la F∴ M∴ pour voir en elle une institution vieillie, prête à se dissoudre après avoir accompli la partie la plus essentielle de sa tâche. Un examen sérieux de la question porterait plutôt à conclure, que loin d'être prête à mourir, la F∴ M∴, n'a pour ainsi dire pas encore vécu, qu'elle est à peine sortie de sa période d'enfance. — Née d'hier, elle s'est développée, elle a grandi, mais elle n'a pas encore atteint l'âge adulte, la phase qui permet aux êtres de prendre possession d'eux-mêmes.
 Comme Hercule, elle a pu, étant encore au berceau, étouffer les serpents qu'une déesse jalouse avait excités contre elle. Mais cet exploit n'est rien par rapport aux travaux qu'il lui incombe d'accomplir.
 La F∴ M∴ est appelée à refaire le monde, et la tâche n'est pas au-dessus de ses forces, mais à la condition qu'elle devienne ce qu'elle doit être.
 Peut-elle le devenir? Assurément, puisqu'elle a la faculté de se perfectionner et d'acquérir tout ce qui lui manque!
 Or, ce qui lui fait le plus défaut, c'est la conscience d'elle-même. Elle est comme l'adolescent qui sent se réveiller en lui le sens de la pensée. Les Maçons n'ont agi jusqu'ici que par instinct: Ils étaient guidés par des sentiments plus ou moins confus, plutôt que par un discernement raisonné. Mais déjà la raison s'est manifestée en eux par cet esprit de révolte qui les porte à demander: «pourquoi?»
 Se refusant à subir des usages uniquement parce qu'ils sont anciens, on demande à savoir ce qui les justifie. C'est donc le moment de faire comprendre la Maçonnerie. Elle ne doit plus se contenter d'être simplement symbolique, il faut qu'elle devienne initiatique.
 Et lorsque les Maçons seront instruits, lorsqu'ils seront des Initiés réels, des Penseurs dans toute la force du terme, alors quelle sera leur puissance? — Ils ont déjà tant fait, même en agissant inconsciemment, qu'on peut attendre d'eux des œuvres gigantesques, des transformations modifiant la face des choses et assurant le salut collectif des hommes!

 



THE FUTURE OF FREEMASONRY

One must know Freemasonry very little to see it as an ancient institution, ready to dissolve after having accomplished the most essential part of its task. A serious examination of the question would rather lead to the conclusion that, far from being ready to die, Freemasonry, so to speak, has not yet lived, that it has barely emerged from its childhood period. — Born yesterday, it has developed, it has grown, but it has not yet reached adulthood, the phase which allows beings to take possession of themselves.
 Like Hercules, he was able, still in the cradle, to strangle the serpents that a jealous goddess had stirred up against him. But this feat is nothing compared to the work it is incumbent on him to accomplish.
 Freemasonry is called upon to remake the world, and the task is not beyond its strength, but provided that it becomes what it should be.
 Can it become so? Certainly, since it has the ability to improve itself and acquire everything it lacks!
 What it lacks the most is awareness of itself. It is like the adolescent who feels the sense of thought awakening in him. The Masons have acted so far only on instinct: They were guided by more or less confused feelings, rather than by reasoned discernment. But reason has already manifested itself in them, by that spirit of rebellion, which leads them to ask: "why?"
 Refusing to accept the usages, only because they are old, one must ask what justifies them. It is, therefore, the moment to make Masonry understood. It must no longer be content with being simply symbolic, it must become initiatory.
 And when the Masons are educated, when they are real Initiates, Thinkers in the full force of the word, then what will be their power? — They have already done so much, even by acting unconsciously, that one can expect from them gigantic works, transformations modifying the face of things and ensuring the collective salvation of men!

HERCULE ENFANT [Hercules as a child]

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L'INITIATION MAÇONNIQUE


Les Trois Grades

La F∴ M∴, vise à former des Initiés, c'est-à-dire des hommes dans la plus haute acception du mot. Elle s'attache à développer l'individu, en lui enseignant à conquérir les plus nobles prérogatives de la nature humaine. D'un être ignorant et grossier, elle fait un penseur et un sage.
 Mais une pareille transformation ne saurait s'accomplir d'emblée: elle exige un travail soutenu, qui s'accomplit en trois phases.
 Il s'agit, en premier lieu, de procéder à une sorte de décrassement intellectuel et moral, ayant pour but de débarrasser l'esprit de tout ce qui empêche la lumière de parvenir jusqu'à lui. De là les purifications que doit subir l'Apprenti; elles le conduisent à voir la lumière.
 Mais il ne faut pas se contenter de reconnaître simplement la vérité. Il importe surtout d'agir conformément à la raison. C'est le moyen d'attirer la lumière à soi, afin de s'en imprégner totalement. Le symbolisme du grade de Compagnon se rapporte a cette illumination propre au véritable Initié.

 L'homme pleinement éclairé, qui a réussi à se saturer de lumière, devient à son tour un foyer lumineux. Il rayonne, il éclaireles autres, et se trouve par ce fait revêtu de la dignité de Maître.
 De cette création de l'homme par lui-même naît l'homme perfectionné, ou le Fils de l'Homme de l'Evangile. Le travail de ce perfectionnement est représenté par le Grand Œuvre des philosophes hermétiques. Le Maçon doit donc opérer sur lui-même une transmutation semblable à celle des alchimistes. L'or est le symbole de ce qui est parfait. Il incombe à l'Apprenti d'accomplir la partie de l'Œuvre des Philosophes: le rituel du grade lui trace un programme fidèle des opérations à effectuer dans cebut.


Les Métaux

Le profane, qui se présente pour être admis dans la F∴ M∴, est tout d'abord introduit dans un lieu retiré, ou on l'invite à se dépouiller de tous les objets métalliques qu'il peut porter sur lui: monnaie, bijoux, armes, décorations, etc., tout doit être remis au F∴ Préparateur.

 Les métaux représentent, en cela, tout ce qui brille d'un éclat trompeur. — Lorsque l'esprit est inexpérimenté, il se laisse facilement séduire par les notions fausses communément admises. Le penseur doit se défier des opinions reçues. La monnaie courante des préjugés vulgaires constitue une richesse illusoire, que le sage doit apprendre à mépriser. Il faut se faire pauvre en esprit, si l'on veut entrer dans te Royaume des Cieux, c'est-à-dire si l'on veut être initié et parvenir à concevoir la vérité. On est plus près de celle-ci lorsqu'on ne sait rien, que lorsqu'on reste attaché à des erreurs. Mieux vaut ne rien posséder, plutôt que d'avoir des dettes.
 L'homme qui aspire à être libre doit apprendre, d'ailleurs, à se détacher des choses futiles. Les anciens sages méprisaient le luxe. La raison leur prescrivait de réduire leurs besoins au strict nécessaire et de chercher la richesse dans l'absence de désirs immodérés. Qui vit content de rien possède toute chose.

 L'Initié, cependant, n'est pas astreint à faire vœu de pauvreté. Il doit simplement se souvenir que la cupidité est le pivot de tous les vices antisociaux: c'est le grand élément de désordre, que les anciennes cosmogonies représentent sous la figure d'un serpent: L'ambition individuelle provoque la rupture de l'harmonie générale: elle fait chasser l'humanité de l'Éden, elle détruit l'Age d'Or.
 Le penseur doit se placer lui-même dans les conditions de pureté et d'innocence qu'on attribue à l'état de nature.

 C'est en revenant à la simplicité du plus jeune âge qu'on réalise les conditions les plus favorables à la recherche désintéressée du vrai.



Le Cabinet de Réflexion

Pour apprendre à penser, il faut s'exercer à s'isoler et à s'abstraire. On y parvient en rentrant en soi-même, en regardant au dedans, sans se laisser distraire par ce qui se passe au dehors.
 Les anciens ont comparé cette opération à une descente aux enfers. Il s'agit, pour le penseur de pénétrer jusqu'au centre des choses, afin de parvenir à en connaître l'essence intime. L'esprit doit s'emprisonner dans les entrailles de la terre, où ne s'infiltre aucun rayon du jour extérieur (par les notions que nous fournissent les sens).
 Au sein de ces ténèbres absolues, la lampe de la raison éclaire seule des fragments de squelette, qui semblent évoquer des spectres.
 Ces débris d'ossements figurent la réalité, telle qu'elle apparaît dépouillée de son décor sensible. C'est la vérité brutale, privée du voile des illusions, la vérité toute nue, qui se cache au fond d'un puits.
 Ce puits, qui aboutit au centre du monde, c'est l'intérieur de l'homme. Il y est fait allusion dans le mot VITRIOL, dont l'interprétation était un grand secret parmi les alchimistes. Les lettres dont il se compose leur rappelaient la formule: Visita Interiora Terræ, Rectificando Invenies Occultum Lapidem (Visite l'intérieur de la terre et, en rectifiant [par des purifications], tu trouveras la Pierre cachée des Sages).
 Cette Pierre, la fameuse Pierre Philosophale, n'est autre chose que la Pierre cubique des Francs-Maçons. C'est la base de certitude que chacun doit chercher en lui-même, afin de posséder la pierre angulaire (le noyau de cristallisation) de la construction intellectuelle et morale qui constitue le Grand Œuvre.
 Dans les mystères de Cérès à Éleusis, le Récipiendaire représentait la graine enfouie dans le sol. Elle y subit la putréfaction, afin de donner naissance à la plante virtuellement renfermée dans le germe. Le profane soumis à l'épreuve de la Terre est pareillement appelé à mettre en jeu les énergies latentes qu'il porte en lui-même. L'initiation a pour but de favoriser la pleine expansion de son individualité.
 L'inpace du futur initié renferme un pain et une cruche d'eau. C'est la réserve alimentaire qui, dans le fruit et dans l'œuf, sert à nourrir le germe en voie de développement. Le sage doit apprendre à se contenter du nécessaire, sans se rendre esclave du superflu.
 Les murs du caveau portent des inscriptions telles que les suivantes:

Si la curiosité t'a conduit ici, va-t'en !,

Si tu crains d'être éclairé sur tes défauts, tu seras mal parmi nous.

Si tu es capable de dissimulation, tremble, on te pénétrera.

Si tu tiens aux distinctions humaines, sors, on n'en connaît point ici !

Si ton âme a senti l'effroi, ne va pas plus loin !

Si tu persévères, tu seras purifié par les éléments, tu sortiras de l'abîme des ténèbres, tu verras la Lumière!


 Ces sentences sont groupées autour d'un Coq et d'un Sablier, emblèmes peints qu'accompagnent les mots: Vigilance (sur les actions), Persévérance (dans le bien).

 Le Sablier est un attribut de Saturne, le Temps, qui s'écoule en dissolvant les formes transitoires (putréfaction — couleur noire des Alchimistes).
 Le Coq fait allusion au réveil des forces endormies. Il annonce la fin de la nuit et le triomphe prochain de la lumière sur les ténèbres.

 



THE MASONIC INITIATION


The Three Degrees

Freemasonry aims to form Initiates, that is, men in the highest sense of the word. It strives to develop the individual, by teaching him to conquer the noblest prerogatives of human nature. Out of an ignorant and rude being, he becomes a thinker and a sage.
 But such a transformation cannot be accomplished suddenly: it requires sustained work, which is accomplished in three phases.
 In the first place, it is a question of proceeding to a kind of intellectual and moral refinement, which aims to rid the mind of everything that prevents light from reaching it. Hence the "purifications" to which the Apprentice must be subjected; they lead him to "see" the light.
 But we should not be content to simply recognize the truth. It is essential, above all, to act according to reason. It is the means of attracting the light to oneself, in order to be totally imbued with it. The symbolism of the "Fellowcraft" degree refers to this "illumination" proper to the true "Initiate."
 The fully enlightened man, who has succeeded in saturating himself with light, becomes a luminous focus in his turn. He shines, he enlightens others, and is thereby endowed with the dignity of a "Master."
 From this creation of man by himself is born the perfected man, or the "Son of Man" of the Gospel. The work of this improvement is represented by the "Great Work" of the Hermetic Philosophers. The Mason must, therefore, operate on himself a transmutation similar to that of the alchemists. Gold is the symbol of what is perfect. It is incumbent on the Apprentice to accomplish the part of the Work of the Philosophers: the ritual of the degree outlines an exact program of the operations to be carried out for this purpose.


Metals

The Profane, who presents himself to be admitted into Freemasonry, is immediately brought into a secluded place, where he is invited to dispose of all the metallic objects that he carries with him: money, jewelry, weapons, decorations, etc., everything must be handed over to "Brother Expert" [preparing him for the initiation].
 Metals represent, in this, all that shines with deceptive brilliance. — When the mind is inexperienced, it is easily seduced by commonly accepted misconceptions. The thinker must beware of received opinions. The current currency of vulgar prejudices constitutes an illusory wealth, which the wise man must learn to despise. It is necessary to make oneself poor in spirit, if one wants to enter the Kingdom of Heaven, that is, if one wants to be initiated and to come to conceive of the truth. One is closer to it when one does not know anything, than when one remains attached to errors. Better to own nothing, than to have debts.
 The man who aspires to be free must learn, moreover, to free himself from futile things. The ancient sages despised luxury. Reason ordered them to reduce their needs to what was strictly necessary, and to seek wealth in the absence of immoderate desires. He who lives content with nothing possesses everything.
 The Initiate, however, is not required to take a vow of poverty. He must simply remember that greed is the backbone of all antisocial vices: it is the great element of disorder, which the ancient cosmogonies represented under the figure of a serpent: individual ambition causes the breakdown of the general harmony: it drives humanity out of Eden, it destroys the Golden Age.
 The thinker must place himself in the conditions of purity and innocence, which are attributed to the natural state.
 It is by returning to the simplicity of the youngest age that one achieves the most favorable conditions for the disinterested search for the truth.



The Chamber of Reflection

To learn to think, it is necessary to exercise in isolation and abstraction. This is achieved by entering into oneself, looking "in" without being distracted by what is happening "outside."
 The ancients compared this operation to a descent into hell. For the thinker, it is a question of penetrating to the center of things, in order to get to know their inner essence. The spirit must be imprisoned from the bowels of the earth, where no external daylight infiltrates (by the notions provided to us by the senses).
 In the bosom of these absolute darkness, the lamp of reason alone illuminates fragments of the skeleton, which seem to evoke specters.
 These remains of bones represent reality, as it appears if it is stripped of its sensitive decoration. It is the brutal truth, deprived of the veil of illusions, the naked truth, hidden at the bottom of a well.
 This well, which ends at the center of the world, is the interior of man. It is alluded to in the word VITRIOL, whose interpretation was a great secret among alchemists. The letters of which it is composed reminded them of the formula: Visita Interiora Terræ, Rectificando Invenies Occultum Lapidem (Visit the interior of the earth and, by rectifying [by purifications], you will find the Hidden Stone of the Sages).
 This Stone, the famous Philosopher's Stone, is nothing other than the "Cubic Stone" of the Freemasons. It is the basis of certainty that each must seek in himself, in order to possess the cornerstone (the nucleus of crystallization) of the intellectual and moral construction that constitutes the Great Work.
 In the mysteries of Ceres at Eleusis, the Recipient represented the seed buried in the ground. It underwent putrefaction there, in order to give birth to the plant virtually enclosed in the germ. The Profane subjected to the "test of the Earth" is likewise called to bring into play the latent energies which he carries within himself. The purpose of initiation is to promote the full expansion of one's individuality.
 The confined space of the future initiate contains a loaf of bread and a jug of water. It is the food reserve which, in the fruit and in the egg, serves to nourish the developing germ. The sage must learn to be content with what is necessary, without becoming a slave to the superfluous.
 The walls of the well contain inscriptions like these:


If curiosity has led you here, go away!,

If you fear to be enlightened on your faults, you will be comfortable among us.

If you are capable of concealment, tremble, you'll be exposed.

If you care about human distinctions, go away, we don't know any here!

If your soul has felt fear, go no further!

If you persevere, you will be purified by the elements, you will emerge from the abyss of darkness, you will see the Light!

 These sentences are grouped around a Rooster and an Hourglass, painted emblems accompanied by the words: Vigilance (on your actions), Perseverance (in doing the good).
 The Hourglass is an attribute of Saturn, Time, which flows by dissolving the transitory forms (putrefaction — black color of the Alchemists).
 The Rooster alludes to the awakening of dormant forces. He announces the end of the night and the coming triumph of light over darkness.

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Le Sel et le Soufre

Le Rituel prescrit de placer devant le Récipiendaire deux vases contenant l'un du Sel et l'autre du Soufre. Cette pratique ne peut se justifier que par la théorie des trois principes alchimiques: Soufre, Mercure et Sel.
 Le Soufre correspond à l'énergie expansive qui part du centre de tout être (Colonne J). Son action s'oppose à celle du Mercure, qui pénètre toutes choses par une influent venant de l'extérieur (Colonne B). Ces deux forces antagonistes s'équilibrent dans le Sel, principe de cristallisation, qui représente la partie stable de l'être.
 Le penseur ne peut se recueillir qu'en s'isolant des influences mercurielles. C'est pourquoi, dans la chambre des réflexions, le Soufre, principe d'initiative et d'action personnelle, doit seul agir sur le Sel, symbole de tout ce qui, au point de vue intellectuel, moral et physique, constitue l'essence même de la personnalité.



Le Testament

Les emblèmes funèbres du cabinet de réflexion doivent rappeler la fin nécessaire des choses, la fragilité de la Vie humaine et de la vanité des ambitions terrestres. Le Profane, après s'être suffisamment absorbé dans cet ordre d'idées, est invité à répondre par écrit à trois questions, portant sur les devoirs de l'homme envers Dieu, envers lui-même et envers ses semblables.
 Cette division ternaire de toutes nos obligations morales est basée sur les trois principes alchimiques dont il vient d'être question.
 Dieu est ici l'Idéal que l'homme porte en lui-même: c'est la conception qu'il peut avoir du Vrai, du Juste et du Beau, c'est le guide suprême de ses actions, l'Architecte qui préside à la construction de son être moral. — Il ne s'agit point là de l'idole monstrueuse que la superstition se forge sur le modèle des despotes terrestres. — La divinité est représentée dans l'homme par ce qu'il y a en lui de plus noble, de plus généreux et de plus pur. Nous portons en nous un Dieu qui est notre principe pensant. De lui émanent la raison et l'intelligence, choses intérieures, que les hermétistes rapportaient au Soufre. (Le soleil occulte qui brille dans le Séjour des morts, — Osiris— Sérapis— Pluton — la Colonne J, centre d'initiative et d'action expansive.)
 Les devoirs envers soi-même sont relatifs au Sel, essence de la personnalité, et les devoirs envers ses semblables au Mercure, qui figure l'influence pénétrante du milieu ambiant. Or, tout est nécessairement compris dans la réunion du contenu (Soufre) du contenant (Sel) et de l'ambiance (Mercure). Les trois questions posées embrassent donc tout le domaine de la morale universelle.
 Les ayant résolues, le penseur ne doit pas s'en tenir à la théorie. Renonçant à toutes les faiblesses du passé, il lui incombe de mourir à la vie profane, pour renaître à un mode supérieur d'existence. — Le Récipiendaire se prépare à cette mort symbolique en rédigeant son testament, acte dans lequel il consigne les volontés, qui deviendront exécutoires pour le futur Initié.



Préparation du Récipiendaire

La plante qui perce la surface du sol abandonne dans la terre les écorces qui protégeaient la graine. L'enfant, à sa naissancese dépouille de même des enveloppes qui contenaient le fœtus. Par analogie, le Profane ne sort de la chambre des réflexions qu'en y laissant quelques-uns de ses vêtements.
 Il se trouve alors le cœur à découvert, le genou droit mis à nu et le pied gauche déchaussé.
 On lui découvre le sein gauche, pour marquer qu'aucune restriction égoïste ne doit isoler le Maçon du reste de ses frères.

 Le genou droit est mis à nu, pour indiquer les sentiments de piété philosophique qui doivent présider à la recherche de la Vérité.
 Quant au pied sans chaussure, il rappelle l'usage des Orientaux, qui se déchaussent avant de fouler le sol d'une enceinte sacrée. C'est en outre un symbole qui se retrouve dans la légende de Jason. Ce héros, ayant rencontré sur le bord d'une rivière une vieille femme désireuse de passer l'eau, n'hésite pas à la prendre sur ses épaules, puis à la déposer sur la rive opposée. — On imagine la surprise du jeune homme, qui voit alors l'aïeule aux traits fanés reprendre subitement l'aspect majestueux de Junon, la reine du ciel. En récompense de sa bonne action, la déesse lui promet de le protéger dans toutes ses entreprises. Jason avait perdu l'une de ses sandales dans le lit de la rivière, mais, ravi de son aventure, il n'y prend pas garde et entre dans la ville voisine avec un pied nu. Or, un oracle avait averti Pélias, le roi du pays, de se méfier d'un homme qui n'aurait qu'une chaussure. Inquiet à la vue de Jason, il lui demande: «Que ferais-tu d'un citoyen qu'une prédiction t'aurait dénoncé comme devant attenter à ta vie?»   «Je l'enverrais chercher la Toison d'or» répondit Jason, prononçant ainsi son propre arrêt. — La perte d'une chaussure devint donc la cause de l'expédition des Argonautes. — Il appartient aux esprits réfléchis de chercher le sens profondément initiatique de ce mythe.




La Porte du Temple

Privé de ses métaux, dépouillé d'une partie de ses vêtements et les yeux couverts d'un épais bandeau, le Profane est admis à frapper à la porte du sanctuaire. Ses coups retentissent d'une manière désordonnée et viennent troubler les travaux intérieurs. Interrogé, il manifeste son intention d'être reçu Maçon et fait constater qu'il est né libre et de bonnes mœurs.
 Cette constatation lui fait accorder l'entrée du Temple. La porte s'ouvre avec fracas et, pour franchir le seuil, le Profane se courbe jusqu'à terre.
 Dans l'antiquité, on obligeait le Récipiendaire à ramper à travers un conduit resserré, à l'imitation de l'enfant qui vient au monde. (Le cabinet de réflexion figure la matrice où se développe le germe. L'enfant y laisse les membranes qui la contenaient, puis il vient au monde à la suite d'un suprême effort. Il est retenu par le cordon ombilical, que rappelle la corde, qui dans les loges anglaises est pendue au cou du Récipiendaire.)
 Dans les initiations modernes, on veut surtout faire comprendre que toute science vraie est fille de l'humilité. L'ignorant présomptueux croit tout savoir et n'éprouve aucun besoin de s'instruire. On réalise donc un premier progrès en se rendantcompte qu'on ne sait rien. Quantité de Maçons s'imaginent connaître la Maçonnerie, alors qu'ils ne soupçonnent même pas l'existence de ses mystères et de son ésotérisme. Ceux-là n'ont pas su s'incliner en pénétrant dans le sanctuaire, ou ils se comportent en intrus et en profanateurs.
 Le Récipiendaire est introduit dans le temple les yeux bandés. Il ne voit rien, mais il peut sentir. C'est ce qu'on donne à entendre en lui faisant appuyer contre sa poitrine la pointe d'un glaive. Il est des vérités d'ordre intuitif qui se devinent et se perçoivent, sans qu'elles soient exprimées.
 Le glaire flamboyant est le symbole du Verbe, autrement dit de la pensée active. C'est l'arme unique de l'Initié, qui ne saurait vaincre que par la puissance de l'idée et par la force qu'elle porte en elle-même.



Premier Voyage

L'homme qui s'exerce à penser marche tout d'abord en aveugle. Il n'avance qu'à talons, trébuchant à chaque pas contre des obstacles qu'il ne saurait surmonter sans l'aide de protecteurs éclairés. Le Récipiendaire, partant de l'Occident (le domaine des faits, la réalité objective, le monde sensible) se hasarde à travers les ténèbres de la région du Nord. Il s'engage dans cette obscure forêt dépeinte par le Dante et citée par Virgile comme cachant le rameau d'or qui procure a Énée l'accès des Enfers.
 Ce rameau consacré à Proserpine, c'est la faculté d'induction qui porte l'esprit à généraliser les faits observés. Cette operation mentale, peut conduire aux hypothèses les plus fausses. — La pensée humaine commence par tomber d'erreurs en erreurs. Ces ont autant de pièges et d'embûches dont l'intelligence doit parvenir à se dégager. — La lutte est longue et pénible. Elle conduit la Récipiendaire jusqu'à l'Orient (le domaine da l'abstraction, la réalité subjective, le monde intelligible). — Des notions rationnelles et synthétiques paraissent alors rendre compte des faits. Il en découle des déductions, c'est-à-dire un retour vers l'Occident (les phénomènes sensibles) par la route du Midi.
 Le chemin, pour revenir, n'est plus semé de ronces comme au départ. Mais le voyageur s'impose les plus dures fatigues pour gravir laborieusement la cime d'une montagne abrupte. A peine se félicite-t-il d'avoir atteint une hauteur qui domine de vastes régions, qu'il est soudainement assailli par un orage violent. La foudre gronde, le sol tremble et la grêle accable l'imprudent, qui est finalement entraîné par les tourbillons d'un vent furieux et précipité à travers l'espace jusqu'au lieu d'où il est parti. C'est la purification par l'Air des anciennes épreuves initiatiques. — Le souffle impétueux de l'opinion générale fait effondrer l'échafaudage factice des théories personnelles.

 Le Tarot, ce livre hiéroglyphique qui nous a été conservé sous forme d'un jeu de cartes, nous retrace cette épreuve dans sa seizième lame. On y voit un homme projeté du haut d'une tour (celle de Babel?) que décapite le feu du ciel.
 Au point de vue moral, le premier voyage est l'emblème de la vie humaine. — Le tumulte des passions, le choc de divers intérêts, la difficulté des entreprises, les obstacles que multiplient sous nos pas des concurrents empressés à nous nuire et toujours disposés à nous rebuter, tout cela est figuré par l'irrégularité de la route que le récipiendaire a parcourue et par le bruit qui s'est fait autour de lui.
 Il a gravi avec difficulté une hauteur d'où il serait tombé dans un abîme, si un bras protecteur ne l'eût retenu. Cela indique comment, isolé, livré à ses ressources individuelles et uniquement préoccupé de réussir dans la vie, on se donne souvent beaucoup de peine pour ne récolter que ruine et déception. L'égoïsme est un guide trompeur qui conduit aux mécomptes les plus désastreux.

 



Salt and Sulfur

The Ritual prescribes placing in front of the Candidate two glasses, one containing Salt and the other Sulfur. This practice can only be justified by the theory of the three alchemical principles: Sulfur, Mercury and Salt.
 Sulfur corresponds to the expansive energy which starts from the center of all being (Column J). Its action is opposed to that of Mercury, which penetrates all things through an influence that comes from the outside (Column B). These two antagonistic forces are balanced in the Salt, principle of crystallization, which represents the stable part of the being.
 The thinker can only recollect himself by isolating himself from mercurial influences. This is why, in the chamber of reflection, Sulfur, the principle of initiative and personal action, acts only on Salt, symbol of everything which, from the intellectual, moral, and physical point of view, constitutes the very essence of the personality.



The Testament

The funereal emblems of the Chamber of Reflection should recall the necessary end of things, the fragility of human life and the vanity of earthly ambitions. The layman, after having sufficiently absorbed himself in this order of ideas, is invited to answer in writing three questions, that refer to man's duties towards God, towards himself and towards his fellow men.
 This ternary division of all our moral obligations is based on the three principles of alchemy just discussed.

 God is here the Ideal that man carries within himself: it is the conception that he can have of the True, of the Just, and of the Beautiful, it is the supreme guide of his actions, the Architect who presides to the construction of his moral being. — It is absolutely not the monstrous idol forged by superstition on the model of terrestrial despots. — The divinity is represented in man by what is in him most noble, more generous, and most pure. We carry within us a God who is our thinking principle. From him emanate reason and intelligence, interior things, which the Hermetics related to Sulfur. (The occult sun that shines in Hades, — OsirisSerapisPluto , — the Column J, center of initiative and expansive action.)
 The duties to oneself relate to Salt, the essence of the personality, and the duties to one's fellow men to Mercury, which represents the penetrating influence of the surrounding environment. However, everything is necessarily included in the reunion of the content (Sulfur), of the container (Salt), and of the environment (Mercury). The three questions asked cover, therefore, the entire domain of universal morality.
 Having solved them, the thinker should not limit himself to theory. Renouncing all the weaknesses of the past, it is up to him to die to secular life, in order to be reborn to be reborn to a higher mode of existence. — The candidate prepares for this symbolic death by writing his will, an act in which he records his wishes, which must be executed by the future Initiate.



Preparation of the Candidate

The plant which pierces the surface of the soil leaves on the ground the husk that protected the seed. The child, at birth, likewise sheds the wrappings that enclosed the fetus. By analogy, the Profane does not leave the Chamber of Reflection without shedding some of his clothing.
 He is then with his left breast uncovered, his right knee and his left foot bare.
 We uncover her left breast, to mark that no selfish restriction should separate the Mason from the rest of his brethren.
 The right knee is laid bare, to indicate the feelings of philosophical piety which should preside over the search for Truth.
 As for the foot without a shoe, it recalls the use of the Orientals, who take off their shoes before treading the ground of a sacred enclosure. It is also a symbol found in the legend of Jason. This hero, having met on the edge of a river an old woman eager to cross the water, does not hesitate to take her on his shoulders, then to deposit her on the opposite bank. — One can imagine the surprise of the young man, who then sees the grandmother with faded features suddenly resume the majestic aspect of Juno, the queen of heaven. As a reward for his good deed, the goddess promises to protect him in all his undertakings. Jason had lost one of his sandals in the riverbed, but, delighted with his adventure, he ignored it and entered the neighboring town with one bare foot. However, an oracle had warned Pelias, the king of that country, to beware of a man who had only one shoe. The king, uneasy at the sight of Jason, asks him: " What would you do with a citizen, whom a prediction has denounced as one who should attempt against your life?"   "I would send him to fetch the Golden Fleece," Jason replied, thus pronouncing his own sentence. — The loss of a shoe thus became the cause of the Argonauts expedition. — It is up to thoughtful minds to seek the deeply initiatory meaning of this myth.




The Door of the Lodge

Deprived of his metals, stripped of part of his clothes, and his eyes covered with a thick blindfold, the Profane is allowed to knock on the door of the sanctuary. His blows resound in a disorderly manner and disturb the interior works. When questioned, he expresses his intention to be received as a Mason and confirms that he was born free and of good morals.
 This observation gains him entrance to the Temple. The door opens with a crash and, to cross the threshold, the Profane bends to the ground.
 In ancient times the candidate was forced to crawl through a narrow passage, in imitation of the child who comes into the world. (Chamber of Reflection represents the matrix where the germ develops. The child leaves there the membranes which contained it, then it comes into the world following a supreme effort. It is retained by the umbilical cord, represented by the rope, which in English lodges is hung around the candidate's neck.)
 In modern initiations, it is especially wanted of making understand that true science is the daughter of humility. The presumptuous ignorant thinks he knows everything and feels no need to learn. Thus, a first progress is made, realizing that nothing is known. Many Masons imagine that they know Masonry, although they do not even suspect the existence of its mysteries and its esotericism. These did not know how to bow when entering the sanctuary, or they behave as intruders and profaners.
 The Candidate is introduced into the temple blindfolded. He cannot see anything, but he can feel. This is what is given to understand by resting the point of a sword against his chest. It is one of those truths of an intuitive order, which are guessed and perceived without being expressed.
 The flaming sword is the symbol of the Word, in other words, of active thought. It is the unique weapon of the Initiate, who can only conquer by the power of the idea and by the force which it carries within itself.



The First Journey

The man who trains himself to think walks initially blind. He only advances by trial and error, stumbling at every step against obstacles he could not overcome without the help of enlightened protectors. The Candidate, starting from the West (the domain of facts, objective reality, the sensitive world) ventures through the darkness of the region of the North. He sets out on his way through this dark forest depicted by Dante and cited by Virgil like hiding the golden branch which gives Aeneas access to the Underworld.
 This branch, consecrated to Proserpina, is the faculty of induction which leads the mind to generalize the observed facts. This mental operation can lead to the most false assumptions. — Human thought begins by falling from error to error. These have so many traps and pitfalls from which the intellect must manage to free itself. — The struggle is long and painful. It leads the Candidate to the Orient (the domain of abstraction, subjective reality, the intelligible world). — Rational and synthetic notions then seem to account for the facts. This results in deductions, that is, a return to the West (the sensitive phenomena) by way of the South.

 The way back, is no longer strewn with obstacles as at the start. But the traveler undergoes the hardest fatigue to laboriously climb to the top of a steep mountain. No sooner does he congratulate himself on having reached a height that dominates vast regions, than he is suddenly assailed by a violent storm. The lightning rumbles, the ground trembles, and the hail overwhelms the reckless, who is eventually swept away by the whirlwinds of a furious wind and rushed through space, to the place from which he departed. It is the purification by Air, of the ancient initiatory trials. — The impetuous breath of general opinion collapses the artificial scaffolding of personal theories.
 The Tarot, this hieroglyphic book which has been preserved to us in the form of a deck of cards, reminds us of this test in its sixteenth card. A man is seen thrown from the top of a tower (that of Babel?) Beheaded by the fire of heaven.
 From a moral point of view, the first journey is the emblem of human life. — The tumult of passions, the clash of various interests, the difficulty of enterprises, the obstacles multiplied under our feet by competitors eager to harm us and always ready to put us off, all this is represented by the irregularity of the road that the candidate has walked and by the noise that has been made around him.
 He climbed with difficulty a height from which he would have fallen into an abyss if a protective arm had not held him back. This indicates how, isolated, delivered to one's individual resources and concerned only with success in life, one often goes to great lengths to reap only ruin and disappointment. Selfishness is a deceptive guide, which leads to the most disastrous mistakes.



La Maison de Dieu.- Le vieux tableau XVI du Tarot fait allusion aux entreprises chimérique d'où ne résultent que ruine et déception.
[The House of God.- The old table XVI of the Tarot alludes to chimerical undertakings from which only ruin and disappointment result.]



Deuxième Voyage

Un premier échec ne doit pas décourager. Le penseur déçu s'efforce de discerner la cause de ses erreurs, puis il retourne sur ses pas. Mais il avance avec circonspection, car l'expérience l'a rendu défiant. Par crainte des anciens pièges, il hésite, s'arrête parfois et marche tantôt vite, tantôt lentement. Une grande incertitude pèse sur son esprit. Il manque de confiance en lui-rnême et recule devant les conclusions inattendues auxquelles il est amené.
 Pour rendre au Récipiendiaire son assurance, on lui fait subir la purification par l'Eau. C'est une sorte de baptême philosophique qui lave de toute souillure. Toutes les fantasmagories qui faussent l'imagination doivent être entraînées par les ondes de ce fleuve qu'Hercule fit couler à travers les étables d'Augias.
 L'Initié doit aussi savoir résister à l'entraînement des courants auxquels, dans la vie, s'abandonnent les natures vulgaires. Il lui appartient, en particulier, de penser par lui-même, sans se faire l'esclave des opinions d'autrui.
 Au bruit étourdissant du premier voyage a succédé un cliquetis d'armes, emblème des combats que l'homme est constamment forcé de soutenir pour repousser les influences corruptrices qui l'assiègent et prétendent le dominer. Il doit lutter sans cesse pour se soustraire à la tyrannie des penchants vicieux. Le sage, cependant, saura se tenir à l'écart des conflits déchaînés autour de lui par les passions égoïstes. Il traversera, imperturbable, le champ de carnage où se heurtent les intérêts opposés, se gardant bien, surtout, de se laisser séduire, par les ambitieux sans scrupules, qui savent flatter les appétits et attiser les haines à leur unique profit.

 Mais il ne suffit pas de s'abstenir de l'erreur et du vice. Les vertus négatives, indices cependant d'une sagesse trop rare par miles hommes, sont loin, à elles seules, de donner droit au titre d'Initié. Une dernière épreuve reste donc à subir, et c'est la plus redoutable.



Troisième Voyage

Pour contempler la Reine des Enfers, c'est-à-dire la vérité qui se cache au dedans de lui-même, l'Initié doit franchir une triple enceinte de flammes. C'est l'épreuve du Feu. Le Récipiendaire impassible, qui s'avance d'un pas ferme, parvient au but sain et sauf, après avoir été enveloppé par trois fois d'un manteau brûlant. Il marche sans difficulté, ne se heurte à nul obstacle et n'entend aucun bruit.
 La facilité de ce voyage est un effet de la persévérance du candidat, qui a su opposer le calme et la sérénité à la fougue des passions (flamme). Il s'est rendu apte à juger sainement: c'est ce qui lui a permis de pénétrer jusqu'au foyer central de la connaissance abstraite, symbolisé par le Palais de Pluton. (Colonne rouge auprès de laquelle l'Apprenti reçoit son salaire).
 L'Initié séjourne au milieu des flammes (passions ambiantes) sans être brûlé, mais il se laisse pénétrer par la chaleur bienfaisante qui s'en dégage. L'enthousiasme éclairé est une force dont il faut savoir tirer parti, car seule elle communique l'énergie nécessaire à la réalisation des grandes choses. Une ardeur vive, mais sagement gouvernée, doit porter l'Initié vers tout ce qui est noble et généreux. Il lui appartient surtout de ne jamais laisser s'éteindre dans son cœur le feu d'un amour profond pour ses semblables. Un rayonnement de sympathie se dégagera ainsi de lui, pour l'entourer d'une atmosphère de bienveillance, aureole d'énergie occultes, permettant d'opérer les prodiges les plus inattendus.



Le Calice d'Amertume

Tout progrès intellectuel étend notre responsabilité morale. On ne peut rien exiger de l'être inconscient; mais le penseur contracte des devoirs d'autant plus étendus, qu'il est plus avancé dans la connaissance du bien et du mal. Celui qui boit à la coupe du savoir y puise un liquide frais et doux, qui, devenu subitement amer, reprend finalement une douceur primitive.
 Il en est ainsi dans la vie de l'Initié. L'insouciance propre aux êtres vulgaires lui est interdite. L'homme éclairé n'a plus le droit de ne vivre que pour lui-même: il se doit à ses semblables, et, loin de ne pouvoir songer qu'a ses intérêts personnels, il porte désormais tout le poids des misères d'autrui. C'est une charge accablante pour l'homme de cœur qui se dévoue, et dont les intentions sont méconnues. Son désintéressement est une anomalie aux yeux des égoïstes; par suite, sa conduite est suspecté, ses actes sont travestis, il est calomnié, persécuté, abandonné, trahi et méprisé de tous.

 Abreuvé d'amertume, la juste est alors tenté de désespérer et risque de succomber, écrasé par l'ingratitude des hommes.

 Mais cette suprême épreuve ne saurait surprendre l'Initié. Loin de se laisser abattre et de repousser le calice fatidique, il doit le saisir, décidé à le vider jusqu'à la lie.

 C'est alors que la liqueur âcre et brûlante se change en un breuvage réconfortant. L'Initié boit les eaux du Léthé. Il oublie les injures, il ne sent plus ses peines, et persistant dans son abnégation, il retrouve au milieu des tourments de la vie toute sa sérénité d'esprit. Jouissant désormais de la paix des sages, il est admis aux délices des bosquets élyséens. Sa grandeur morale l'élève à une hauteur où la rage des méchants ne saurait plus l'atteindre. Les événements les plus cruels n'ont plus de prise sur lui. Il est au-dessus de tout: véritablement libre et digne du titre d'INITIÉ!



La Bienfaisance

En apprenant au Récipiendaire qu'il vient d'être définitivement admis dans la F∴ M∴, on l'invite à entrer dans la chaîne d'union des Maçons. Cela n'est possible qu'en faisant avec eux acte de solidarité par la participation aux œuvres de bienfaisance de l'Ordre. La vie maçonnique s'inaugure donc par un don volontaire, que chacun proportionne à ses moyens et dont la valeur reste cachée.
 C'est avec tact et discrétion que nous devons aider nos frères. Ils ont droit à notre protection, car ceux qui manquent du nécessaire sont les créanciers de ceux qui jouissent du superflu. La bienfaisance est donc de pure justice. Elle doit s'accomplir comme un devoir de solidarité, sans jamais fournir de prétexte à des actes d'ostentation ou de vanité, sources d'orgueil pour ce-lui qui donne et d'humiliation pour celui qui reçoit.
 Tous nous pouvons être utiles les uns aux autres. Chacun a besoin de tous, et qui refuserait de secourir son semblable, celui-là s'exclurait lui-même, par ce seul fait, de la communion des Initiés.



La Lumière

Après avoir rempli son premier devoir de Maçon, le Néophyte est conduit à l'autel, où il achève de se lier par un engagement solennel.
 Il promet, sur son honneur, de garder inviolablement tous les secrets de la F∴ M∴, et de ne jamais révéler aucun de ses mystères, si ce n'est à un bon et légitime Maçon.
 Il promet de s'appliquer de toute son intelligence à la recherche de la Vérité et de consacrer toutes ses forces au triomphe de la Justice.
 Il promet d'aimer ses frères et de les secourir selon ses facultés.
 Il promet enfin de se soumettre aux lois qui régissent la F∴ M∴
 Il consent, s'il devient parjure, à subir les peines qu'il aura méritées, et à ne plus être considéré que comme un être vil, sans honneur ni dignité.
 Le Néophyte devra toujours avoir présente à l'esprit l'obligation contractée de sa pleine liberté. Il doit être prêt à la renouveler en toute occasion et se sentir la force de l'observer. Sur l'assurance que le serment qu'il vient de prononcer ne lui donne aucune inquiétude, la Lumière lui est accordée. Au signal donné, le bandeau tombe des yeux du Récipiendiaire. Le Temple s'illumine d'une soudaine clarté, dont le nouvel initié reste d'abord ébloui. Mais dès que sa vue s'est accoutumée à la lumière, il voit les assistants debout et à l'ordre, pointant leurs glaives contre sa poitrine.
 Ce n'est pas une menace. Par leur attitude, les assistants annoncent à leur nouveau frère, qu'ils voleront à son secours dans toutes les circonstances difficiles où il pourrait se trouver. Les lames étincelantes dirigées vers lui figurent, en outre, le rayonnement intellectuel que chaque Maçon projettera désormais vers le Néophyte. — Ces glaives, d'ailleurs, sont tenus de la main gauche, côté du cœur, et font allusion ainsi aux effluves de sympathie qui de toutes parts se concentrent sur le nouveau né, qu'on accueille avec joie au sein de la famille maçonnique.



Le Tablier

L'Initié, qui vient de recevoir la Lumière, s'approche de l'Orient pour renouveler son obligation.
 Le rituel ancien lui fait mettre le genou gauche à terre et la jambe droite en équerre (soumission, respect à tout ce qui est équitable et juste). La main gauche, tenant un Compas ouvert, il dirige l'une des pointes vers le sein gauche (sincérité parfait des sentiments exprimés). La main droite est posée sur l'épée flamboyante du Vén∴, glaive couché lui-même sur les statuts del'Ordre, ou, plus anciennement sur l'Evangile, ouvert au premier chapitre de Saint-Jean.
 Le Néophyte ayant confirmé ses engagements, le Vén∴ saisit le glaive flamboyant de la main gauche, il l'étend sur la tête du Récipiendaire et prononce la formule de consécration, en frappant trois coups de maillet sur la lame. Il touche ensuite du glaive les épaules du Néophyte et lui donne l'accolade en l'appelant «mon Frère». C'est la seule appellation que le nouvel Initié recevra désormais.
 Il est en même temps revêtu des insignes de son grade, c'est-à-dire d'un tablier, emblème du travail, qui rappelle qu'un Maçon doit toujours avoir une Vie active et laborieuse. — On ne peut pas se présenter en loge sans en être décoré. Aussi les plus grands hommes se sont-ils fait un honneur de ceindre un modeste tablier de peau d'agneau.
 Le penseur y voit le symbole du corps physique, de l'enveloppe matérielle, dont l'esprit doit se revêtir pour prendre part à l'œuvre de la Construction universelle. On peut se souvenir à ce sujet des «tuniques de peau» dont il est question dans la Genèse. Le couple adamique les reçut pour vêtement, lorsqu'il fut contraint de renoncer au Paradis (la jouissance, l'inactivité, le repos). Mais si les anciens textes représentent le travail comme un châtiment, il appartient à la Maçonnerie de le glorifier. L'esclave peut maudire son labeur forcé, mais l'homme libre répugne à la mollesse et à l'oisiveté. Il éprouve le besoin de déployer son activité et trouve le summum du bonheur dans une action constante, féconde et utile au plus grand nombre.


Les Gants

Au Moyen-Age, le nouvel Apprenti devait offrir une paire de gants à tous les membres de l'atelier. Dans la Maçonnerie moderne, c'est au contraire le Néophyte qui reçoit une double paire de gants blancs.
 L'une lui est destinée. Il évitera d'en souiller la blancheur, car les mains d'un Maçon doivent toujours rester pures.
 L'autre paire doit être offerte par l'Initié à la femme qu'il estime le plus.
 La F∴ M∴ rend hommage ainsi aux vertus d'un sexe, qu'elle refuse d'astreindre à l'aridité de ses travaux ordinaires. La femme est la prêtresse du foyer domestique. Elle veille au dedans, alors que l'homme s'agite au dehors. Lorsque celui-ci rentre meurtri des combats de la vie, il puisse de nouvelles forces auprès d'une compagne dévouée, qui panse ses blessures. Intelligente, animée d'un courage d'autre nature que le sien, elle le soutient dans ses défaillances, elle l'encourage dans ses entreprises généreuses et devient ainsi sa collaboratrice incessante. Et si l'homme devait être tenté d'oublier ses devoirs, c'est à la femme qu'il appartient de les lui rappeler. La F∴ M∴ a voulu lui en fournir un moyen puissant. Les gants blancs reçus le jour de son initiation évoquent pour le Maçon le souvenir de ses engagements. La femme qui les lui montrera lorsqu'il sera sur le point de défaillir, lui apparaîtra comme sa conscience vivante, comme la gardienne de son honneur. Quelle mission plus haute pourrait-on confier à la femme que l'on estime le plus? — Le Rituel fait remarquer que ce n'est pas toujours celle que l'on aime le plus, car l'amour, souvent aveugle, peut tromper sur la valeur morale de celle qui doit être l'inspiratrice de toutes les œuvres grandes et généreuses.
 Gœthe, initié à Weimar le 23 juin 1780, s'empressa de faire hommage des gants symboliques à Mme von Stein, en lui faisant remarquer que si le cadeau était infime en apparence, il présentait celle singularité de ne pouvoir être offert par un Franc-Maçon qu'une seule fois dans sa vie.



Restitution des Métaux

Le Néophyte ayant reçu communication des mots, signes et attouchements qui lui permettent de se faire reconnaître comme Apprenti-Maçon, est conduit auprès des surveillants qui le tuilent, en lui faisant exécuter la marche «dans un carré long». Il est ensuite proclamé membre actif de la loge qui a procédé à sa réception, et désormais tous les Maçons du monde lui devront aide et protection.
 L'assemblée acclame le nouvel Initié par la batterie d'usage, puis il est admis à prendre place en tête des frères rangés devant la Colonne du Nord 29).



29)   La première pièce d'un édifice devait être celle de l'angle nord-est.


Le Vén∴ l'exhorte à mériter par son assiduité aux travaux de la loge, et par la pratique des vertus maçonniques, de pénétrer plus avant dans les mystères de l'Ordre.

 II fait remarquer au Néophyte, que dans l'espace de quelques heures, on lui a donné de quoi réfléchir pendant toute sa vie. Le langage allégorique de la F∴ M∴ doit, en effet, être médité avec soin. Les symboles généralisent en ce que les mots spécifient. Ils permettent d'exprimer des idées générales qui représentent les lois immuables de la pensée humaine. Ils n'ont pas une valeur déterminée et invariable, mais sont susceptibles, au contraire, d'être envisagés à des points de vue multiples, donnant lieu chaque fois, à des interprétations analogues, mais différentes.
 On ne saurait donc exposer tout ce que peut signifier un symbole. Il n'y a jamais dans un signe que ce qu'on sait y voir. Le symbolisme est une écriture qu'il faut apprendre à lire. Celui-là seul, pour qui les symboles ne sont plus lettre morte, peut sedire un Penseur et un réel Initié.
 Le cérémonial de réception se termine par où il a commencé: l'Initié rentre en possession des métaux dont le Profane avait été dépouillé. Le faux brillant des choses ne doit plus faire illusion à l'homme qui a été purifié intellectuellement et moralement. Quant aux richesses, il ne s'agit aucunement de les mépriser, mais de ne les rechercher qu'en vue de les employer dans l'intérêt de tous.
 L'initiation au premier degré constitue par elle-même un cycle complet: celui des purifications, qui enseignent symboliquement au récipiendaire à se dégager des préjugés et des défectuosités profanes, afin de se mettre en état de voir effectivement la Lumière.
 Le nouvel initié ne saurait retenir d'emblée tous les détails rituéliques sur lesquels doivent porter ses méditations. Il ne pourra donc compléter son initiation qu'en participant à celle d'autrui. En s'efforçant d'approfondir le sens du cérémonial, au fur et àmesure qu'il se déroulera devant lui, il contribuera par son attitude à rendre plus profond le recueillement au milieu duquel s'accomplissent les initiations.

 



The Second Journey

A first failure should not be discouraging. The disappointed thinker strives to discern the cause of his errors, then retraces his steps. But he proceeds with caution, because experience has made him distrustful. For fear of the old traps, he hesitates, sometimes he stops and walks sometimes quickly, sometimes slowly. A great uncertainty weighs on his mind. He lacks self-confidence and recoils from the unexpected conclusions to which he is brought.
 To restore the candidate's trust, he is subjected to purification by Water. It is a kind of philosophical baptism which washes away all impurities. All the phantasmagorias which distort the imagination must be carried away by the waves of this river which Hercules made run through the stables of Augeas.
 The Initiate must also know how to resist the attraction of the currents to which, in life, vulgar natures abandon themselves. It is up to him, in particular, to think for himself, without making himself a slave to the opinions of others.
 The deafening noise of the first journey was followed by a clatter of weapons, an emblem of the battles that man is constantly forced to sustain in order to repel the corrupting influences which besiege him and seek to dominate him. He must constantly strive to escape the tyranny of vicious inclinations. The sage, however, will know how to stay away from the conflicts unleashed around him by selfish passions. He will cross, imperturbable, the field of carnage where opposing interests clash, taking care, above all, not to allow himself to be seduced by the ambitious without scruples, who know how to flatter appetites and stir up hatred for their sole benefit.
 But it is not enough to refrain from error and vice. The negative virtues, signs however of a wisdom too rare by many men, are far, on their own, from being able to give the title of Initiate. A final test, therefore, remains to be passed, and it is the most fearsome.



The Third Journey

In order to contemplate the Queen of the Underworld, that is, the truth that is hidden within himself, the Initiate must cross a triple circle of flames. It is the test of Fire. The impassive candidate, who advances with a firm step, reaches the goal safe and sound, after having been enveloped three times in a burning mantle. He walks without difficulty, does not come up against any obstacle, and does not hear any noise.
 The ease of this trip is an effect of the perseverance of the candidate who knew how to oppose calm and serenity to the ardor of passions (flame). He has made himself capable of judging with serenity: this is what has allowed him to penetrate to the central focus of abstract knowledge, symbolized by the Palace of Pluto. (The Red column near which the Apprentice receives his salary).
 The Initiate remains in the midst of the flames (ambient passions) without being burned, but he allows himself to be penetrated by the beneficial heat which emanates from them. Enlightened enthusiasm is a force that must be harnessed, because it only communicates the energy necessary to achieve great things. A lively ardor, but wisely governed, must elevate the Initiate towards all that is noble and generous. Above all, it is up to him never to let the fire of a deep love for his fellow men die out in his heart. A radiance of sympathy will emerge from him, to surround him with an atmosphere of benevolence, aura of occult energy, allowing him to perform the most unexpected wonders.



The Chalice of Bitterness

All intellectual progress extends our moral responsibility. Nothing can be demanded of the unconscious being. But the thinker contracts all the more extensive duties, the more he advances in the knowledge of good and evil. Whoever drinks from the cup of knowledge draws from it a fresh and sweet liquid, which, having suddenly become bitter, finally takes on a primitive sweetness.
 It is thus in the life of the Initiate. The indifference peculiar to vulgar beings is forbidden to him. The enlightened man no longer has the right to live only for himself: he owes himself to his fellow men, and, far from being able to think only of his personal interests, he now bears all the weight of the miseries of others. It is an overwhelming burden for the man of heart who devotes himself to his duties and whose intentions are unknown. His disinterestedness is an anomaly in the eyes of the selfish; consequently, his conduct is suspected, his acts are misrepresented, he is slandered, persecuted, abandoned, betrayed and despised by all.
 Drunk with bitterness, the just man is then tempted to despair and risks succumbing, crushed by the ingratitude of men.
 But this supreme test should not surprise the Initiate. Far from letting himself be beaten down and pushing away the fateful chalice, he must seize it, determined to empty it to the last drop.
 That is when the acrid, searing liquor turns into a heartwarming brew. The Initiate drinks the waters of Lethe. He forgets the insults, he no longer feels his sorrows, and persisting in his abnegation, he finds in the midst of the torments of life all his serenity of mind. Henceforth enjoying the peace of the sages, he is admitted to the delights of the Elysium. His moral greatness raises him to a height where the rage of the wicked can no longer reach him. The most cruel events no longer have a hold on him. He is above all else: truly free and worthy of the INITIATE title!



Charity

By informing the Recipient that he has just been definitively admitted into Freemasonry, he is invited to be part of the chain of union of the Masons. This is only possible by making an act of solidarity with them, by participating in the charitable works of the Order. The Masonic life is thus inaugurated by a voluntary donation, which each one provides according to his means and whose value remains hidden.
 We must help our brethren, with tact and discretion. They are entitled to our protection, because those who lack the necessities are the creditors of those who enjoy the superfluous. Charity is therefore pure justice. It must be fulfilled as a duty of solidarity, without ever providing a pretext for acts of ostentation or vanity, sources of pride for the one who gives, and of humiliation for the one who receives.
 We can all be helpful to each other. Each one needs all, and who would refuse to help his fellow man, that one would exclude himself, by this fact alone, from the communion of Initiates.



The light

After having fulfilled his first duty as a Mason, the Neophyte is led to the altar, where he completes his bond with a solemn commitment.
 He promises, on his honor, to keep inviolably all the secrets of Freemasonry, and never to reveal any of its mysteries, except to a good and legitimate Mason.
 He promises to dedicate himself with all his intelligence to seek the Truth and to devote all his forces to the triumph of Justice.
 He promises to love his Brethren and to help them according to his abilities.
 He finally promises to submit to the laws that govern Freemasonry.
 He consents, should he become a perjurer, to suffer the penalties he has deserved, and to be considered as a vile being, without honor or dignity.
 The neophyte must always bear in mind the obligation contracted by his own free will. He must be ready to renew it on any occasion and feel the strength to observe it. On the assurance that the oath he has just taken does not give him any concern, the Light is granted to him. At the given signal, the blindfold is removed from the eyes of the candidate. The Temple lights up with a sudden clarity, which the new initiate is at first dazzled. But as soon as his sight becomes accustomed to the light, he sees the attendants standing to order, pointing their swords against his chest.
 It is not a threat. By their attitude, they announce to their new brother, that they will fly to his aid in all the difficult circumstances in which he may find himself. The sparkling blades directed towards him represent, moreover, the intellectual radiance that each Mason will henceforth project towards the Neophyte. — These swords, moreover, are held in the left hand, the side of the heart, thus alluding to the effluvia of sympathy that from all sides are concentrated on the newborn, who is welcome with joy into the bosom of the Masonic family.



The Apron

The Initiate, who has just received the Light, approaches the East to renew his obligation.
 The ancient ritual makes him kneel on his left knee and the right leg forming a square (submission, respect to all that is fair and just). With his left hand, holding an open Compass, he directs one of the points towards the left breast (perfect sincerity of the feelings expressed). The right hand is placed on the flaming sword of the Worshipful Master, now lying on the statutes of the Order, or, more anciently on the Gospel, opened in the first chapter of Saint John.
 The Neophyte having confirmed his commitments, the W. M. takes the flaming sword with his left hand, he extends it over the Neophyte's head and pronounces the formula of consecration, by striking three blows of the mallet on the blade. He then touches the shoulders of the Neophyte with the sword and gives him a hug, calling him "my brother." This is the only name that the new Initiate will receive from now on.
 At the same time, he is clothed with the insignia of his rank, that is, an apron, the emblem of work, which reminds that a Mason must always lead an active and laborious life. — He will not be able to appear in the Lodge without decorating himself with the apron. Great men also honored themselves by wearing the modest lambskin apron.
 The thinker sees in this the symbol of the physical body, of the material envelope, with which the mind must be clothed in order to take part in the work of Universal Construction. We can remember on this subject the "tunics of skin" referred to in Genesis. The Adamic couple received them for clothing, when they were forced to renounce Paradise (enjoyment, inactivity, rest). But if the old texts represent work as a punishment, it is up to Masonry to glorify it. The slave may curse his forced labor, but the free man is loath to slackness and idleness. He feels the need to deploy his activity and finds the height of happiness in a constant action, fruitful and useful to the greatest number.



The Gloves

In the Middle Ages, the new Apprentice had to offer a pair of gloves to all the members of the lodge. In modern Masonry, on the contrary, it is the Neophyte who receives a double pair of white gloves.
 One is for him. He will avoid soiling its whiteness, because the hands of a Mason must always remain pure.
 The other pair must be offered by the Initiate to the woman he esteems the most.
 Freemasonry thus pays homage to the virtues of a sex, which refuses to constrain to the aridity of her ordinary work. The woman is the priestess of the domestic hearth. She watches within, while the man struggles outside. When he comes back exhausted from the struggles of life, he can gain new strength from a devoted companion, who heals his wounds. Intelligent, animated by a courage other than her own, she supports him in his failings, she encourages him in his generous undertakings and thus becomes his incessant collaborator. And if the man should be tempted to forget his duties, it is up to the woman to remind him of them. Freemasonry has wanted to provide him with a powerful medium. The white gloves received on the day of his initiation evoke in the Mason the memory of his commitments. The woman, who will show them to him when he is about to weaken, will appear to him as his living conscience, as the guardian of his honor. What higher mission could we entrust to the woman whom we esteem the most? — The Ritual points out that it is not always the one that we love the most, because love, often blind, can deceive the moral value of the one who must be the inspiration of all great and generous works.

 Goethe, initiated in Weimar on June 23, 1780, hastened to pay homage to Mme von Stein with these symbolic gloves, pointing out to her that if the gift was apparently of negligible value, it presented the singularity of not being able to be offered by a Freemason only but once in his life.



Return of Metals

The Neophyte, having received the communication of the words, signs, and grips, which allow him to be recognized as an Apprentice Mason, is taken to the Wardens who "prove" him, by making him perform the steps "in a long square." He is then proclaimed an active member of the lodge which proceeded to his initiation, and henceforth all the Masons of the world will owe him help and protection.
 The assembly acclaims the new Initiate by the usual battery [Grand Honors], then he is allowed to take his place at the head of the brethren ranged in front of the Column of the North. 29)


29)   The first stone in a building was to be that placed at the northeast corner.

The W. Master exhorts him to merit by his assiduity in the work of the lodge, and by the practice of the Masonic virtues, and to penetrate further into the mysteries of the Order.
 He points out to the Neophyte, that in the space of a few hours, he was given something to think about throughout his life. The allegorical language of Freemasonry must, indeed, be carefully considered. Symbols generalize what words specify. They allow the expression of general ideas which represent the immutable laws of human thought. They do not have a determined and invariable value, on the contrary, they are susceptible to being considered from multiple points of view, giving rise each time to analogous but different interpretations.
 Therefore, it would not be possible to state everything that a symbol can mean. In a symbol there is never anything other than what one can see in it. Symbolism is a writing that must be learned to read. That is why symbols are not a dead letter, as a Thinker and a true Initiate can say.
 The initiation ceremony ends where it began: the metals of which the profane were stripped are returned to the Initiate. The false shine of things should no longer delude a man who has been intellectually and morally purified. As for riches, it is not a question of despising them, but rather of seeking them, only with a view to using them for the good of all.

 The initiation to the first degree constitutes in itself a complete cycle: that of the purifications, which symbolically teach the neophyte to free himself from prejudices and profane defects, in order to put himself in a position to see the Light effectively.
 The newly initiated will not be able to retain from the first moment the details of the Ritual, about which he must meditate. He will, therefore, only be able to complete his initiation by participating in that of others. By striving to deepen the meaning of the ceremonial, as it unfolds in front of him, he will contribute by his attitude to deepen the recollection in the midst of which the initiations take place.



Le Profane, l'être qui ne pense pas. Affublé d'une défroque bariolée, il porta une besace remplie d'erreurs et de préjugés. Il marche au hasard, sans discernement et sollicité par ses seules passions. Le lynx, qui le mord, figure le châtiment de ses vices. Un crocodile, le guette pour l'engloutir.
[The Profane, the being who does not think. Sporting a gaudy garb, he carries a satchel full of errors and prejudices. He walks at random, without discernment and solicited by his passions alone. The lynx, which bites him, represents the punishment for his vices. A crocodile, lies in wait to swallow him up.]

*



CONCEPTIONS PHILOSOPHIQUES SE RATTACHANT AU RITUÉLISME DU GRADE D'APPRENTI


Les Traditions

Certaine «théorie» ont exercé une influence prépondérante sur la pensée humaine. Un Initié ne doit pas les ignorer. Nous exposerons donc ici quelques idées des Anciens susceptibles d'éclairer la question: D'où venons-nous?

 Il reste entendu que la F∴ M∴, ne préconise aucune manière de voir déterminée. Elle sollicite la pensée indépendante, et, pour mieux stimuler les intelligences, elle évite de leur jeter en pâture des solutions arbitraires.
 Qu'on prenne donc bien garde à ce qui va suivre. C'est a titre de renseignement que nous allons nous efforcer de reproduire les théories des antiques hiérophantes. Notre but est de fournir un aliment aux réflexions de ceux qui veulent penser, et non de soutenir une thèse. La F∴ M∴ repousse tout dogmatisme et ne saurait se faire le champion d'aucune doctrine. Elle refuse de prendre parti et cherche l'accord entre tous les penseurs, car c'est dans cet accord que lui apparaît la Vérité.


La Régénération

Rien ne commence et rien ne finit d'une manière absolue. Il n'y a de commencement et de fin qu'en apparence. En réalité tout se tient, tout se continue, pour subir d'incessantes transformations qui se manifestent par une série de modes successifs d'existence.
 Ces modes sont variés. Tout ce qui se réalise en acte a précédemment existé en puissance. Les énergies qui se groupent pour donner naissance à un être subsistaient avant son apparition. Tout être a donc ses racines dans l'origine même de toutes choses.
 Des considérations de ce genre ont fait envisager la vie terrestre de chaque être comme une phase particulière d'une vie plus étendue. Cette phase n'est même apparue que comme un accident dans la vie permanente de l'être. L'homme a semblé faire son entrée sur la scène du monde comme sur celle d'un théâtre. Il s'introduit transitoirement dans la peau d'une personne (Persona, en latin, signifie masque, et par extension rôle, acteur). L'identification est si parfaite, que la plupart des humains prennent leur rôle au sérieux: ils croient, comme on dit familièrement, «que les choses sont arrives». Grimés et affublés de costumes assortis, ils prennent le langage, le ton, les gestes, le maintien du personnage qu'ils ont à représenter, puis ils jouent avec une telle conviction, qu'ils oublient totalement qu'à la chute du rideau les acteurs jettent masques et oripeaux pour redevenir eux-mêmes.
 Les Initiés antiques se prétendaient au-dessus de pareilles illusions, qu'ils jugeaient indispensable de ne pas détruire chez le vulgaire. Pour eux, mystiques raffinés, la vie intégrale de l'homme comportait des phases alternatives d'action et de repos. La vie présente est une période d'activité matérielle. Mais avant de naître, nous avons déjà vécu dans un état imperceptible pour nos sens. Nous étions alors livrés à la vie du rêve, et, selon les souvenirs conservés d'une précédente période active, nous étions en proie au cauchemar du remords, ou nous goûtions la douce satisfaction du devoir accompli. C'était le séjour de l'âme dans le royaume de Pluton (le monde invisible).
 Mais les peines du Tartare n'étaient pas éternelles et le repos élyséen n'avait rien de définitif. A un moment donné la partie persistante de l'être se trouvait rappelée à de nouvelles destinées terrestres. Il y avait alors oubli du passé. Le Profane était dépouillé de ses métaux. L'être renonçait à tout ce qu'il avait acquis. Il se reconstruisait lui-même, en se reprenant par la base. Il refaisait toute son évolution, recommençant par le commencement, et repartait d'où il était primitivement venu.

 Ce ne sont là que pures extravagances pour qui ne se donne pas la peine d'approfondir. Mais le penseur pourra utilement puiser dans le trésor de ces vénérables traditions, surtout s'il possède quelques notions d'embryologie.



La Genèse individuelle

Les données nébuleuses du mysticisme antique s'éclairent parfois d'une manière nette et précise grâce aux découvertes de la science moderne. Les idées des anciens ne doivent donc pas être dédaignées. — Des méthodes avec lesquelles nous sommes peu familiarisés ont pu les conduire à des solutions qui se rapprochent singulièrement des nôtres.
 Rien de surprenant à cela!   Il n'y a qu'une Vérité, et c'est elle qui inspire toutes les méditations.
 Mais la Vérité fondamentale s'altère par l'expression. Dès qu'on la revêt d'une forme, son auguste nudité se masque, et les divergences de vue se manifestent. Il appartient dès lors à l'Initié de faire abstraction du signe extérieur. — En matière de formules, de théories, de systèmes, le penseur doit exercer sa pénétration d'esprit, afin de discerner la pensée primitive, qui presque toujours lui apparaîtra comme une éclatante Vérité, enfouie sous une accumulation d'erreurs.
 Les allégories de la Chambre des Réflexions se rapportent pleinement à cette recherche de la pensée pure, saisie dans un état antérieur à toute concrétion. — Cette pensée généralisée, échappant à toute expression, correspond à la Matière Première des Sages, point de départ du Grand Œuvre.
 Mais envisageons les choses à un autre point de vue. Considérons l'ovule maternel qui vient de se fixer sur la paroi utérine. C'est une simple vésicule aqueuse au sein de laquelle la fécondation semble avoir allumé un foyer d'initiative (Colonne J), en sorte qu'en elle se marient le Feu et l'Eau, ou la Soufre et le Sel, comme l'ont voulu les anciens rituélistes.
 Le Récipiendaire reste censément enfermé pendant neuf jours dans le sein de la terre. Cela rappelle les neuf mois de la gestation humaine. — Tant que durait l'épreuve, le postulant ne se nourrissait que de pain et d'eau; de plus, il ne parlait à personne. Ces austérités ont pu suggérer l'idée des retraites religieuses et des neuvaines.



Les Epreuves

L'enfant est aveugle moralement et intellectuellement. Il débute dans la vie soutenu par ses proches, qui ne pourront l'abandonner à lui-même que lorsqu'il sera en pleine possession de ses facultés.
 Celle-ci se développent peu à peu. L'homme se fait progressivement; ses forces s'accroissent en raison même de leur mise en œuvre: les difficultés qu'il rencontre sont un stimulant. Elles nous obligent à acquérir ce qui nous manque. Si tout se faisait de soi-même, nous n'aurions aucune raison d'être, car, comme tout organe, nous n'existons qu'en vue de la fonction que nou savons à remplir. Si nous n'avions rien à désirer, rien à vaincre et rien à conquérir, notre rôle serait nul. La lutte nous forme, elle préside à notre évolution et nous fait, ce que nous sommes.
 La vie d'ailleurs est une école. On n'y est pas pour s'amuser, mais pour se faire et pour s'instruire. Nous devons conquérir nos grades dans la hiérarchie de l'existence et gravir un à un les échelons du perfectionnement individuel.
 Mais il s'agit en premier lieu d'atteindre l'âge adulte. L'homme, alors, doit avoir appris à gouverner les forces dont il dispose. La construction corporelle est achevée docile aux impulsions volontaires, l'organisme est l'instrument de travail de l'esprit. C'est un vêtement (tablier) que l'homme invisible emploie comme un scaphandre pour plonger dans le domaine des sens, afin d'y accomplir sa tache.
 Le principe intelligent se dégage transitoirement de cet appareil et perd alors tout contact avec le monde sensible. C'est le cas du sommeil ou des états analogues qui interrompent le cours des travaux symbolique: Ceux-ci reprennent force et vigueur dès que nous revenons à nous par le réveil, c'est-à-dire lorsque l'homme invisible s'avise de ceindre à nouveau le tablier allégorique.
 L'homme parvenu à se posséder entièrement est comparable à l'artiste qui s'est rendu maître de son instrument au point d'en faire strictement ce qu'il veut. Dans cet état d'harmonie et d'accord parfait entre l'esprit qui commande et le corps qui obéit, il arrive que celui-ci bénéficie de l'expérience acquise par la partie transcendante de l'être. L'atavisme, en effet, ne suffit pas à expliquer des talents et des dispositions heureuses que certains individus manifestent à un tel degré, qu'ils semblent se ressouvenir de ce qu'ils auraient pu avoir appris dans une précédente existence. — Ce serait un effet de la restitution des métaux.

 Si étranges que puissent paraître ces idées, n'ayons pas la présomption de les repousser avec trop de dédain.
 Elles sont susceptibles d'une certaine mise au point, et l'Initié ne peut pas se contenter de penser simplement en homme des on temps et de son pays. Il doit s'appliquer à tout comprendre, pour s'assimiler la pensée de toutes les époques et l'esprit intime de toutes les philosophies.
 Tout est vrai lorsqu'on comprend, tout est faux lorsqu'on ne comprend pas.

 



PHILOSOPHICAL CONCEPTIONS ATTACHED TO THE RITUALISM OF THE E. A. DEGREE


The Traditions

Certain "theories" have exercised a preponderant influence on human thought. An Initiate must not ignore them. We will, therefore, present here some ideas of the Ancients, likely to shed light on the question: Where do we come from?
 It remains understood that Freemasonry does not advocate any particular point of view. It calls for independent thought, and, in order to better stimulate the minds, it avoids throwing arbitrary solutions to them.
 Let us therefore be very careful of what will follow. It is for the sake of information that we will endeavor to reproduce the theories of the ancient hierophants. Our aim is to provide food for thought for those who want to think, and not to support a thesis. Freemasonry rejects all dogmatism and cannot champion any doctrine. It refuses to take sides and seeks agreement among all thinkers, for it is in this agreement that the Truth arises.



Regeneration

Nothing begins and nothing ends in an absolute way. There is only a beginning and an end in appearance. In reality, everything is maintained, everything continues, to undergo incessant transformations which manifest themselves in a series of successive forms of existence.
 These forms are varied. Everything that is realized in act has previously existed in potentiality. The energies which group together to give birth to a being subsisted before its appearance. Every being has, therefore, its roots in the very origin of all things.
 Considerations of this kind have made the terrestrial life of each being considered as a particular phase of a larger life. This phase only appeared as an accident in the permanent life of the being. The man seems to have made his entrance on the world stage like the stage of a theater. It transiently enters a person's skin (Persona, in Latin, means mask, and by extension role, actor). The identification is so perfect that most humans take their role seriously: they believe, as we colloquially say, "that things have happened." Made up and decked out in matching suits, they take on the language, tone, gestures, and posture of the character they have to represent, then they act with such conviction that they totally forget that, when the curtain falls, the actors throw away masks and tinsel to become themselves again.

 The ancient Initiates claimed to be above such illusions, which they deemed indispensable not to destroy in the common people. For them, refined mystics, the integral life of man included alternate phases of action and rest. The present life is a period of material activity. But before being born, we have already lived in a state imperceptible to our senses. We were then delivered to the life of the dream, and, according to the memories preserved from a previous period of activity, we were prey of the nightmare of remorse, where we tasted the sweet satisfaction of a duty accomplished. It was the abode of the soul in the kingdom of Pluto (the invisible world).

 But the sorrows of Tartarus were not eternal, and the Elysian repose was in no way definitive. At one point the persistent part of the being was called back to new earthly destinies. There was then forgetfulness of the past. The Profane was stripped of his metals. The being gave up all that he had acquired. He was rebuilding himself, by remaking himself at the base. He would redo all his evolution, starting over from the beginning, and starting again from where he had originally come.
 These are but pure extravagances for those who do not bother to delve into them. But the thinker can usefully draw on the treasure of these venerable traditions, especially if he has some notions of embryology.



Individual Genesis

The nebulous data of ancient mysticism are sometimes illuminated in a clear and precise way thanks to the discoveries of modern science. The ideas of the ancients should therefore not be disdained. — Methods with which we are unfamiliar have led them to solutions which are particularly similar to ours.
 Nothing surprising about that! There is only one Truth, and it is this which inspires all meditations.
 But the fundamental Truth is altered by expression. From the moment it is dressed in a certain way, its august nudity is disguised, and the differences of view are manifested. It is therefore up to the Initiate to disregard the external sign. — In matters of formulas, theories, systems, the thinker must exercise his penetration of mind, in order to discern the primitive thought, which will almost always appear to him as a dazzling Truth, buried under an accumulation of errors.
 The allegories of the Chamber of Reflections are fully related to this search for pure thought, grasped in a state prior to any concretion. — This generalized thought, escaping all expression, corresponds to the First Matter of the Sages, the starting point of the Great Work.
 But let's look at it from another point of view. Consider the maternal egg that has just attached itself to the uterine wall. It is a simple watery vesicle within which fertilization seems to have ignited a focus of initiative (Column J), so that in it Fire and Water, or Sulfur and Salt, as the ancient ritualists wanted.
 The Candidate remains allegorically locked in the bosom of the earth for nine days. This is reminiscent of the nine months of human gestation. — As long as the trial lasted, the postulant fed only on bread and water; also, he also does not talk to anyone. These austerities may have suggested the idea of religious retreats and novenas.



The Trials

The child is morally and intellectually blind. He begins in life supported by his parents, who will not be able to abandon him to himself, except when he is in full possession of his faculties.
 These develop little by little. Man is formed gradually; his strengths increase because of their implementation: the difficulties he encounters are a stimulus. They force us to acquire what we lack. If everything were done by itself, we would have no reason to exist, because, like any organ, we exist only in view of the function which we know how to fulfill. If we had nothing to desire, win and conquer, our role would be nil. The struggle shapes us, it presides over our evolution and makes us what we are.

 Life is thus a school. We are not there to have fun, but to train and educate ourselves. We must conquer our ranks in the hierarchy of existence and climb the steps of individual improvement one by one.
 But the first step is to reach adulthood. Man must then have learned to govern the forces at his disposal. The bodily construction is completed, docile to voluntary impulses, the organism is the working instrument of the mind. It is a garment (apron) that the invisible man uses like a diving suit to dive into the realm of the senses, in order to accomplish his task.
 The intelligent principle emerges transiently from this apparatus and then loses all contact with the sensitive world. This is the case of dreams or similar states that interrupt the course of symbolic work. These regain strength and vigor as soon as we come back to ourselves by waking up, that is, when the invisible man rushes to put on the allegorical apron again.

 The man who has succeeded in possessing himself entirely is comparable to the artist who has made himself master of his instrument to the point of doing with it strictly what he wants. In this state of harmony and perfect agreement between the commanding mind and the obeying body, it happens that the latter benefits from the experience acquired by the transcendent part of the being. Atavism, in fact, is not sufficient to explain the talents and happy dispositions that certain individuals manifest to such a degree that they seem to remember what they might have learned in a previous existence. — This would be an effect of the "restitution of metals."
 As strange as these ideas may seem, let us not presume to reject them with excessive disdain.
 They are susceptible of a certain clarification, and the Initiate cannot be satisfied with simply thinking as a man of the times and of his country. He must apply himself to understand everything, to assimilate the thought of all eras, and the intimate spirit of all philosophies.
 Everything is true when we understand, everything is false when we do not understand.



Pluton règne sur le monde intérieur.  Pluto reigns over the inner world
 Cerbère est le Sphinx des régions infernales.  Cerberus is the Sphinx of the infernal regions
 Ses trois tètes posent les trois questions:  Its three heads pose the three questions:
 D'où venons-nous?  Where do we come from?
Que sommes-nous?  What are we?
 Où allons-nous?
Where are we going?

*



DEVOIRS DE L'APPRENTI-MAÇON


Devoirs généraux de l'Initié

Les rites initiatiques n'ont aucune vertu sacramentelle. Le Profane, qui a été reçu Maçon selon les formes traditionnelles, n'a point acquis, par ce seul fait, les qualités qui distinguent le penseur éclairé de l'homme inintelligent et grossier. Le ceremonial de réception n'a de valeur qu'en tant que mise en scène d'un programme qu'il importe au Néophyte de suivre pour entrer en pleine possession de toutes ses facultés. L'Apprenti-Macon a donc pour premier devoir de méditer les enseignements du rituel, afin d'y conformer sa conduite. C'est là son devoir par excellence, son seul devoir qui comprend tous les autres.
 Mais un débutant réclame des prescriptions plus précises. Elles sont contenues dans l'obligation qu'il a prêtée avant de recevoir la Lumière.
 Se taire devant les Profanes.
 Chercher la Vérité.
 Vouloir la Justice.
 Aimer ses frères.
 Se soumettre à la Loi.



Discrétion maçonnique

S'interdire de parler, pour s'astreindre à écouter, est d'une excellente discipline intellectuelle, lorsqu'on veut apprendre à penser. Les idées se mûrissent par la méditation silencieuse, qui est une conversation avec soi-même. Les opinions raisonnées résultent de débats intimes, qui s'engagent dans le secret de la pensée. Le sage pense beaucoup et parle peu.
 Un jeune Maçon doit donc, d'une manière générale, se montrer très réservé. Tout prosélytisme intempestif lui est interdit. Il n'est pire erreur que la vérité mal comprise. Parler pour se faire mal comprendre est a la fois dangereux et nuisible. Il faut donc toujours nous mettre à la portée de ceux qui nous écoutent. Chercher à étonner, en exposant des idées trop hardies, est essentiellement anti-maçonnique. A quoi bon effaroucher les esprits timides? Les intelligences ont besoin d'être préparées à recevoir lalumière: une clarté trop brusque aveugle et n'éclaire point. Lorsque le bandeau symbolique est tombé de ses yeux, tout Initié a pu constater que l'éblouissement produit une sensation douloureuse. Soyons donc attentifs à ne heurter aucune conviction sincère. Ecoutons chacun avec bienveillance, sans faire parade de notre manière de voir. Nous avons à former notre opinion, et, dans ce but, il nous est avantageux d'entendre les avocats des causes les plus contradictoires. Apprenons à juger sans le moindre parti-pris, c'est ainsi que nous deviendrons réellement des penseurs indépendants ou des libres-penseurs dans le vrai sens du mot.


Secret

Un Maçon doit s'abstenir de toute divulgation susceptible de porter préjudice à la F∴ M∴ ou à ses members.
 Tous les membres de l'Ordre sont solidarisés par un contrat formel de réciprocité. Ils ont des obligations les uns envers les autres, et, pour les remplir, il est indispensable que les Initiés puissent se distinguer des Profanes. Les moyens de reconnaissance doivent donc faire l'objet du secret le plus absolu.
 Quant au détail des rites qui se pratiquent au sein des temples maçonniques, il est interdit d'en parler au dehors. Les esprits superficiels ne pourraient qu'en prendre prétexte pour ridiculiser la F∴ M∴ Il faut éviter, à ce point de vue, de jeter des perles devant les pourceaux.
 Le formalisme du rituel maçonnique n'est point d'ailleurs resté secret. Il a été divulgué dans de nombreux ouvrages parus dès le commencement du siècle dernier. Mais on ne peut faire connaître sous ce rapport que le côté matériel de nos pratiques. L'Ésotérisme n'est pas susceptible de divulgation.
 La discipline du silence portait les anciens Maçons à laisser sans réplique les calomnies dont ils étaient l'objet. Ils attendaient stoïquement que la vérité se fit jour. Elle triomphe nécessairement, comme le donne à entendre la vieille maxime: Bien faire et laisser braire.
 La pensée, au surplus, est en elle-même une force qui agit au dehors d'une manière mystérieuse. Elle peut influencer la volonté d'autrui, sans même qu'elle soit exprimée par la parole ou par l'écriture. C'est ce que révèle l'étude des lois occultes de la pensée, L'Initié instruit de ces lois s'applique à se taire. Il se concentre afin d'imprimer à ses idées une plus haute tension. C'est un conspirateur qui dispose du plus puissant de tous les moyens d'action: la pensée dirigée en pleine connaissance de cause. Mais il convient en ces matières de joindre l'exemple au précepte et de ne pas enfreindre, plus qu'il n'est permis, la loi du silence.


Tolérance

Il est toujours présomptueux de se faire juge d'une opinion quelle qu'elle soit. Les manières de voir divergentes qui se font jour sont toutes également respectables lorsqu'elles émanent de personnes sincères. Elles expriment la vérité sous les différents aspects qu'elle présente, en raison des points de vue multiples d'où elle est susceptible d'être envisagée.
 Il se rencontre donc une part de vrai dans toutes les opinions. Nul n'est dans l'erreur absolue et nul, d'autre part, ne peut se flatter de posséder la vérité parfaite. Soyons donc indulgents et ne demandons pas à chacun de voir les choses comme nous-mêmes.
 Les intelligences sont faibles. Elles ne s'approchent de la Vérité qu'en parcourant une série d'étapes qu'il faut gagner une à une. Pour favoriser le progrès des esprits il faut donc tenir compte des phases successives de toute évolution intellectuelle. On obtiendra les meilleurs résultats en intervenant discrètement. On ne saurait trop mettre en application la devise de Rabelais: Noli ire, fac venire. Ne bousculez pas les retardataires pour les obliger à marcher malgré eux; contentez-vous de les précéder en les encourageant: ils ne manqueront pas de vous suivre. Gardez-vous surtout de procéder par affirmations, par formules et par dogmes. Rien n'est plus contraire à l'esprit maçonnique. Ne cherchez pas à imposer votre manière de voir, mais amenez les autres à découvrir ce que vous avez trouvé vous-mêmes. Pensez et faites penser.


Recherche du Vrai

La F∴ M∴, se distingue des églises par ce fait qu'elle ne se prétend point en possession de la Vérité. L'enseignement maçonnique ne comporte ni dogmes, ni credo d'aucune sorte. Chaque Maçon est appelé à construire par lui-même l'édifice de ses propres convictions. C'est dans ce but qu'il est initié à la pratique de l'Art de la Pensée.
 Cet art s'exerce sur des matériaux qu'il faut dégrossir. Il s'agit, en d'autres termes, d'élaguer les erreurs qui défigurent la vérité. Celle-ci est partout; mais elle est cachée. Elle demande à être extraite de tout ce qui paraît faux et superstitieux. La superstition n'est que la pétrification, l'écorce ou le cadavre d'une notion vraie, qui n'a su être ni saisie, ni exprimée correctement.
 Ne repoussons donc rien a priori. Toute prévention, tout parti-pris s'oppose à notre impartialité de jugement. Le veritable ami de la vérité ne saurait être un esprit borné, systématiquement enfermé dans le cercle étroit de son horizon mental. Ce doit être une intelligence largement ouverte à toutes les idées susceptibles de provoquer une modification des convictions présentes. Celui qui a ses idées arrêtées et qui tient à les conserver, n'est pas un homme de lumière et de progrès: c'est un pontife qui croit savoir et qui a foi dans son infaillibilité. Si l'initiation ne parvient pas à le désabuser, c'est qu'il ferme les yeux et qu'il tient à rester Profane.


Réalisation

Si la F∴ M∴ ne se livrait qu'à la spéculation pure, elle resterait dans le domaine abstrait sans compatir aux maux qui accablent l'humanité. Or ces maux ont leur répercussion sensible dans le cœur de tout homme généreux. L'initié, par suite, ne s'isole point du monde. Il se garde d'imiter ces mystiques égoïstes qui cherchent la perfection loin du contact de la corruption générale. Il partage moins encore l'indifférence des satisfaits qui ne visent qu'à jouir de faveurs accordées au petit nombre.
 L'homme de cœur se sent lésé par toute iniquité, même lorsqu'il n'en est pas directement victime. Se désintéresser du sort d'autrui, c'est rompre le lien de solidarité qui unit tous les membres de la famille humaine. Or les individus ne tirent leur force que de la collectivité dont ils font partie. Se détacher du tout auquel on est incorporé, c'est se vouer à la mort. L'égoïste qui ne prétend vivre que pour lui-même, cesse de participer à la vie générale. Il se comporte comme un corps étranger au sein de l'organisme humanitaire et devient un élément morbide, une cause de maladie sociale.
 La F∴ M∴ est une alliance universelle d'hommes honnêtes, sincèrement dévoués au bien de tous. Par l'union d'un ensemble de volontés fortes une action irrésistible s'exerce sur les volontés faibles. C'est dans ce sens qu'il faut vouloir la Justice, car ce quel'on veut avec persistance et fermeté, on ne peut manquer de l'obtenir.



Fraternité initiatique

La force d'une association réside essentiellement dans la cohésion de ses membres. Plus ils sont unis, et plus ils sont puissants. En Maçonnerie, l'union n'est point l'effet d'une discipline imposée: elle ne peut naître que de l'affection que ressentent les uns pour les autres les Initiés. Il est donc de la plus haute importance de contribuer par tous les moyens à resserrer les liens qui unissent les Maçons.
 Il est indispensable, avant toutes choses, de se voir, afin de se connaître, de s'apprécier et de s'estimer. Toutes les reunions maçonniques seront donc suivies avec la plus grande assiduité. On s'y comportera de manière à mériter la sympathie de chacun, et d'autre part, on se montrera plein d'indulgence à l'égard des défauts de ses frères. — L'homme est toujours imparfait. Il faut donc éviter de s'arrêter aux faiblesses d'autrui; discernons les qualités de nos collaborateurs et passons la truelle sur les rugosités des pierres que doit indissolublement unir le ciment de la plus franche amitié.



Respect de la loi

Au-dessus des lois conventionnelles, il est une Loi idéale, écrite dans le cœur des hommes de bien. C'est à cette règle souveraine que l'Initié se soumet sans réserve.
 Quant aux lois positives, si imparfaites qu'elles soient, elles n'en sont pas moins respectables. Elles constituent l'élément fondamental de toute civilisation, elles garantissent contre l'arbitraire, assurent l'ordre et s'imposent comme sanction nécessaire du pacte social.
 Un Initié se soumet donc aux lois, alors même qu'elles seraient injustes. Il s'incline devant la volonté générale, même lorsque celle-ci se trompe. — Socrate a préféré boire la ciguë, plutôt que de se soustraire à l'arrêt légal, mais inique, qui le frappait. Robespierre est tombé en refusant d'appeler le peuple à la révolte. Ce sont là de grands exemples.
 Les Francs-Maçons se soumettent scrupuleusement à la législation de tous les pays où il leur est permis de se réunir librement, ils ne conspirent contre aucune autorité légalement constituée. Leur action humanitaire ne peut donc porter ombrage qu'aux gouvernements qui ont conscience d'avoir contre eux le droit.
 En ce qui concerne la loi maçonnique, les Maçons en observent surtout l'esprit. Les règlements ne s'imposent pas à eux avec une inflexibilité tyrannique. Ils préconisent une ligne de conduite qui a pour elle l'autorité d'une longue expérience. Mais il ne faut jamais perdre de vue que les prescriptions réglementaires s'adressent à des hommes qui pensent et qui se dirigent selon la logique. Or, pour le Penseur, la Raison reste la loi suprême, contre laquelle aucune stipulation écrite ne saurait être invoquée. L'Initié jouit d'une entière liberté, parce qu'il est pleinement raisonnable et que, par suite, il ne peut faire qu'un bon usage de sa volonté. C'est en ce sens que le Maçon doit être libre dans la loge libre. Lorsque Rabelais résumait la règle des Thélémites par: FAIS CE QUE VOULDRAS, il comprenait «que gens libres, bien nés, bien instruit, conversant en compagnies honnestes, ont par nature un instinct et aguillon qui tousjours les poulse à faictz vertueux et retire de vice, lequel ils nommaient honneur. Iceulx, quand par vile subjection et contraincte sont déprimez et asservit, détournent la noble affection par laquelle à vertuz franchement tendoient, à déposer et enfraindre ce joug de servitude: car nous entreprenons toujours choses deffendues et convoitons ce que nous est dénié.»

 



DUTIES OF THE APPRENTICE MASON


General duties of the Initiate

The initiation rites have no sacramental virtue. The Profane, who has been received as a Mason according to traditional forms, has not acquired, by this fact alone, the qualities which distinguish the enlightened thinker from the unintelligent and uncouth man. The initiation ceremony has value except inasmuch as it is the first step towards the development of a program that the Neophyte must follow in order to gain possession of all his faculties. The Apprentice Mason's first duty is, therefore, to meditate on the teachings of the ritual, in order to conform his conduct to them. This is his duty par excellence, his only duty which includes all the others.
 But a beginner demands more precise prescriptions. These are contained in the obligation that he made before receiving the Light.
 To be silent before the Profane.
 To seek the Truth.
 To want Justice.
 Tp love his brethren.
 To submit to the law.



Masonic discretion

Prohibiting oneself from speaking, in order to force oneself to listen, is an excellent intellectual discipline, when one wants to learn to think. Ideas are matured through silent meditation, which is a conversation with oneself. The reasoned opinions result from intimate debates, which engage in the secrecy of the thought. A wise man thinks a lot and speaks little.
 A young Mason must therefore, in general, be very reserved. Any untimely proselytizing is prohibited. There is no worse mistake than the misunderstood truth. Speaking to be misunderstood is both dangerous and harmful. We must, therefore, always put ourselves within the reach of those who listen to us. Seeking to astonish, by expounding too bold ideas, is essentially anti-Masonic. What is the use of frightening timid minds? Intellects need to be prepared to receive the light: a too sudden clarity blinds and does not enlighten. When the symbolic blindfold fell from his eyes, the Initiate could see that the glare produces a painful sensation. Let us, therefore, be careful not to offend any sincere conviction. Let us listen to everyone with kindness, without parading our view. We must form our opinion, and to this end it is to our advantage to hear from the lawyers of the most contradictory cases. Let us learn to judge without the slightest bias, this is how we will really become independent thinkers or free thinkers in the truest sense of the word.



Secrecy

A Mason must refrain from any disclosure likely to prejudice the Freemasonry or its members.
 All the members of the Order are bound by a formal contract of reciprocity. They have obligations towards one another, and to fulfill them it is essential that they can be distinguished from the profane. The means of recognizing each other must, therefore, be the object of the most absolute secrecy.
 As for the details of the rites which are practiced within the Masonic temples, it is forbidden to speak of them outside. Superficial minds could not but take them as a pretext to ridicule Freemasonry. In this sense, we must avoid casting pearls before swine.
 The formalism of the Masonic ritual has not, moreover, remained in absolute secret. It has been disclosed in numerous works published from the beginning of the last century. But we can only make known in this respect only the material side of our practices. The Esotericism is not susceptible to disclosure.
 The discipline of silence led the ancient Masons to leave unanswered the slanders of which they were the object. They stoically waited for the truth to come to light. It necessarily triumphs, as the old maxim suggests: Do well and let it bray.

 Thought is also in itself a force that acts outside in a mysterious way. It can influence the will of others, without even being expressed in words or in writing. This is what the study of the occult laws of thought reveals. The Initiate, instructed in these laws, dedicates himself to being silent. He concentrates in order to give his ideas a greater tension. He is a conspirator who has the most powerful of all means of action: guided thought with full knowledge of the facts. But it is advisable in these matters to join the example to the precept and not to infringe, more than is allowed, the law of silence.



Tolerance

It is always presumptuous to become the judge of an opinion, whatever it may be. All divergent views that emerge are equally respectable when they emanate from sincere people. They express the truth under the different aspects that it may present, because of the multiple points of view from which it is likely to be considered.
 There is, therefore, a share of truth in all opinions. No one is in absolute error, and no one, on the other hand, can flatter himself that he possesses the perfect truth. So, let's be indulgent and don't ask others to see things as ourselves.

 The intellects are weak. They approach the Truth only by going through a series of stages that must be reached one by one. In order to promote the progress of minds, it is, therefore, necessary to take into account the successive phases of any intellectual evolution. The best results will be obtained by intervening discreetly. Rabelais' motto cannot be over-applied: Noli ire, fac venire. Do not lash out at the latecomers, to force them to walk in spite of themselves; just precede them by giving them courage: they will not fail to follow you. Be careful not to proceed by affirmations, by formulas, and by dogmas. Nothing is more contrary to the Masonic spirit. Do not try to impose your way of seeing but lead others to discover what you have found for yourselves. Think and make people think.




Search for the Truth

Freemasonry differs from churches in that it does not claim at all to be in possession of the Truth. Masonic teaching does not involve dogmas or creeds of any kind. Each Mason is called to build for himself the edifice of his own convictions. It is for this purpose that he is initiated into the practice of the Art of Thinking.
 This art is exercised on materials that must be roughened. It is, in other words, to prune the errors that disfigure the truth. This is everywhere; but it is hidden. It asks to be taken out of anything that appears false and superstitious. Superstition is only the petrification, the bark, or the corpse of a true notion, which could neither be grasped nor expressed correctly.
 So, let us not reject anything a priori. Every prevention, every bias is opposed to our impartiality of judgment. The true friend of the truth cannot be narrow-minded, systematically enclosed in the narrow circle of his mental horizon. He must be an intellectual widely open to all ideas capable of provoking a modification of the present convictions. He who has his fixed ideas and who wishes to preserve them is not a man of light and progress: he is a pontiff who believes he knows and who has faith in his infallibility. If the initiation does not succeed in disillusioning him, it is because he closes his eyes and tends to remain Profane.


Implementation

If Freemasonry were to engage only in pure speculation, it would remain in the abstract realm, without sympathizing with the evils that beset mankind. Now these evils have their perceptible repercussions in the heart of every generous man. The initiate, therefore, does not isolate himself from the world. He is careful not to imitate those egoistic mystics who seek perfection away from contact with general corruption. Much less does he share the indifference of those who are satisfied and aim only to enjoy the favors granted to the few.
 The man of heart feels wronged by all iniquity, even when he is not directly a victim. To be disinterested in the fate of others is to break the bond of solidarity which unites all members of the human family. But individuals do derive their strength from the community of which they are a part. To detach oneself from the whole in which one is incorporated is to devote oneself to death. The egoist who only wants to live for himself, ceases to participate in the general life. He behaves like a foreign body within the humanitarian organization, and becomes a morbid element, a cause of social illness.
 Freemasonry is a universal alliance of honest men, sincerely devoted to the good of all. An irresistible action is exerted on weak wills by the union of a set of strong wills. It is in this sense that we must want Justice, because what is wanted with persistence and firmness cannot fail to be obtained.



Brotherhood among Initiates

The strength of an association lies primarily in the cohesion of its members. The more united they are, the more powerful they are. In Masonry, union is not the effect of an imposed discipline: it can only arise from the affection that Initiates feel for one another. It is, therefore, of the utmost importance to contribute by all means to strengthen the ties that unite the Masons.
 It is essential, above all, to see each other, in order to know each other, to appreciate and to esteem oneself. All Masonic meetings should, therefore, be attended with the greatest assiduity. One will behave in such a way as to deserve the sympathy of each one and, on the other hand, one will show oneself full of indulgence with regard to the faults of one's brethren. — Man is always imperfect. It is, therefore, necessary to avoid focusing on the weaknesses of others; let us appreciate the qualities of our collaborators and let us pass the trowel on the roughness of the stones which must indissolubly unite the cement of the frankest friendship.


Respect for the law

Above the conventional laws, there is an ideal Law, written in the hearts of good men. It is to this Sovereign Rule that the Initiate submits unreservedly.
 As for positive laws, however imperfect, they are no less respectable. They constitute the fundamental element of every civilization, they guarantee against arbitrariness, they ensure order and impose themselves as the necessary sanction of the social compact.
 Thus, an Initiate submits to the laws, even when they are unjust. He bows before the general will, even when it is mistaken. — Socrates preferred to drink the hemlock, rather than to evade the legal, but iniquitous, judgment which struck him. Robespierre fell by refusing to call the people to revolt. These are great examples.
 The Freemasons scrupulously submit to the legislation of all countries where they are allowed to assemble freely, they do not conspire against any legally constituted authority. Their humanitarian action, therefore, can only offend the governments that are aware of having the right against them.

 As far as Masonic law is concerned, the Masons observe above all its spirit. Regulations are not imposed on them with tyrannical inflexibility. They advocate a course of conduct which has the authority of long experience. But we must never lose sight of the fact that the regulatory prescriptions are addressed to men who think and who are guided by logic. Now, for the Thinker, Reason remains the supreme law, against which no written stipulation can be invoked. The Initiate enjoys complete freedom, because he is fully reasonable and, consequently, he can only make good use of his will. It is in this sense that the Mason must be free in the free lodge. When Rabelais summarized the rule of the Thelema by: DO WHAT THOU WILT, he understood "that free, well-born, well-educated people, conversing in honest companies, have by nature an instinct and a tendency that always drives them to virtuous deeds and away from vice, which they named honor. But when they by vile subjection and constraint are depressed and enslaved, they deflect the noble affection that makes them love virtue and try to shake off the yoke of such servitude: because they always undertake what is forbidden without justice and covet what is denied them by reason."

*



CATÉCHISME INTERPRÉTATIF DU
GRADE D'APPRENTI

A chaque grade maçonnique se rattache une instruction par demandes et réponses.
 Les questions sont posées de manière à stimuler la réflexion. Le penseur doit s'efforcer d'y répondre selon la logique, et ne pas se contenter de retenir simplement les réponses conventionnelles.
 Certaines de ces réponses doivent, au tuilage, être données textuellement: elles sont imprimées en caractères spéciaux.

 D. — Quel est le lien qui nous unit? 30)


30)   D'après les anciens rituels anglais, le tuilage débute comme suit:
D. — Y a-t-il quelque chose entre vous et moi?
R. — Oui, Vén∴ M∴
D. — Qu'est-ce, mon F∴
R. — Un secret.
D. — Lequel?
R. — La Fr∴ Mac∴
D. — Je présume donc que vous êtes Franc-Maçon?
R. — J'ai été reçu et, admis comme tel par mes FF∴ Maîtres et Compagnons.

R. — La Franc-Maçonnerie.

 D. — Qu'est-ce que la Franc-Maçonnerie?
 R. — C'est une alliance universelle d'hommes éclairés, unis pour travailler en commun au perfectionnement intellectuel et moral de l'humanité.

 D. — La Franc-Maçonnerie est-elle une religion?
 R. — Ce n'est pas une religion dans le sens étroit du mot. Mais, mieux que toute autre institution, elle a pour effet de relier les hommes entre eux; c'est par ce fait une religion (de religare, relier) dans le sens le plus large et le plus élevé du terme.

 D. — Etes-vous Maçon?
 R. — Mes frères me reconnaissent pour tel.

 D. — Pourquoi répondez-vous ainsi?
 R. — Parce qu'un Apprenti-Maçon doit se défier de lui-même et craindre de porter un jugement avant d'avoir fait appel aux lumières de ses Frères.

 D. — Qu'est-ce qu'un Maçon?
 R. — C'est un homme né libre et de bonnes mœurs, également ami du riche et du pauvre s'ils sont vertueux.

 D. — Que veut dire né libre?
 R. — L'homme né libre est celui qui, après être mort aux préjugés du vulgaire, s'est vu renaître à la vie nouvelle que confère l'initiation.

 D. — Pourquoi dites-vous qu'un Maçon est également ami du riche et du pauvre s'ils sont vertueux?
 R. — Pour indiquer que la valeur individuelle doit s'apprécier en raison des qualités morales. L'estime ne doit se mesurer que selon la constance et l'énergie que l'homme apporte à la réalisation du bien.

 D. — Quels sont les devoirs du Maçon?
 R. — Fuir le vice et pratiquer la vertu.

 D. — Comment un Maçon doit-il pratiquer la vertu?
 R. — En préférant à toutes choses la Justice et la Vérité.

 D. — Où avez-vous été reçu Maçon?
 R. — Dans une L∴ juste et parfaite.

 D. — Que faut-il pour qu'une L∴ soit juste et parfaite?
 R. — Trois la dirigent; cinq l'éclairent; sept la rendent juste et parfaite.

 D. — Expliquez cette réponse.
 R. — Les trois sont le Vén∴ et les deux Surv∴ — Ces officiers avec l'Orat∴ et le Sec∴, sont les cinq lumières de la L∴ — Mais il faut que sept membres de la L∴ au moins soient réunis pour pouvoir procéder à des Initiations régulières. — Sur ces sept, trois au moins, doivent posséder le grade de Maître et deux le grade de Compagnon.
 Trois Maçons, dont l'un au moins est Maître, constituent une loge simple, apte à prendre des délibérations. — La réunion de cinq Maçons, dont trois Maîtres et un Compagnon, forme une loge juste, compétente en matière d'instruction judiciaire. — Enfin la loge parfaite, composée de sept membres, comme il est dit ci-dessus, possède seule la plénitude de la souveraineté maçonnique.

 D. — Depuis quand êtes-vous Maçon?
 R. — Depuis que j'ai reçu la lumière.

 D. — Que signifie cette réponse?
 R. — Que nous ne devenons réellement Maçons qu'à partir du jour où notre esprit s'est ouvert à l'intelligence des mystères maçonniques.

 D. — A quoi reconnaîtrai-je que vous êtes Maçon?
 R. — A mes signes, paroles et attouchements.

 D. — Comment interprétez-vous cette réponse?
 R. — Un Maçon se reconnaît à sa façon d'agir, toujours équitable et franche (signes); à son langage loyal et sincère (paroles); enfin à la sollicitude fraternelle qu'il manifeste pour tous ceux à qui il est rattaché par les liens de la solidarité (serrements de main, attouchements).

 D. — Comment se font les signes des Maçons?
 R. — Par équerre, niveau et perpendiculaire.

 D. — Expliquez cette réponse.
 R. — Le Maçon, dans ses actes, doit s'inspirer des idées de justice et d'équité (Equerre); il doit viser au nivellement des inégalités arbitraires (Niveau); et contribuer enfin à élever sans cesse le niveau social (Perpendiculaire).

 D. — Donnez-moi le signe.
 R. — … (On le donne).

 D. — Que signifie ce signe?
 R. — Que je préférerais avoir la gorge coupée, plutôt que de révéler les secrets qui m'ont été confiés.

 D. — Ce signe n'a-t-il pas d'autre signification?
 R. — La main droite, placée en équerre sous la gorge, paraît contenir le bouillonnement des passions qui s'agitent dans la poitrine et préserver ainsi la tête de toute exaltation fébrile, susceptible de compromettre notre lucidité d'esprit. — Le signe d'Apprenti signifie à ce point de vue: Je suis en possession de moi-même et je m'attache à juger tout avec impartialité.

 D. — Donnez-moi le mot de passe.
 R. — N. I. A. C. L. A. B. U. T.


 D. — Que signifie ce mot?
 R. — Il fait allusion à des mystères qu'on ne saurait approfondir d'emblée: La Bible donne ce nom au premier homme qui ait forgé des métaux. Il se rapporte aux Toublaï, peuple de l'Asie Mineure livré dès la plus haute antiquité à l'industrie minière.
 Le père de la métallurgie rappelle Vulcain, dieu du travail chez les Romains. Les Alchimistes en ont fait le fondateur de leur science.
 En Maçonnerie on a parfois interprété le mot de passe du gr∴ d'app∴ dans le sens de possession du monde, d'où l'idée de la F∴ M∴ exerçant son influence sur tous les peuples de la terre.
 A un autre point de vue, Thubal-Kain nous apparaît comme l'ardeur interne expansive (l'activité du feu vital) qui s'entretient par un mouvement de retour sur elle-même. Cette «diffusion abondante de force centrale» produit l'énergie qui porte l'homme au travail 31).


31)   Voir pour plus de développements: Fabre d'Olivet, Langue hébraïque restituée, Genèse, Ch. IV, v. 22.

D. — Donnez-moi le mot sacré.
 R. — Je ne sais ni lire, ni écrire, je ne puis qu'épeler. Dites-moi la première lettre, je vous dirai la seconde.

 D. — J.
 R. — (On donne le mot lettre par lettre).

 D. — Que signifie ce mot?
 R. — Il établit, il fonde. C'est le nom d'une colonne de bronze dressée à l'entrée du temple de Salomon. Les Apprentis recevaient près d'elle leur salaire.

 D. — Pourquoi dites-vous: «Je ne sais ni lire ni écrire.» A quoi se rapporte votre ignorance?
 R. — Au langage emblématique employé par la F∴ M∴ — Le sens ne s'en discerne que progressivement, et l'Initié, au début de sa carrière, épelle avec difficulté ce qui, plus tard, fera pour lui l'objet d'une lecture courante.

 D. — Que vous indique la manière d'épeler le mot sacré?

 R. — La méthode d'enseignement de la F∴ M∴, qui sollicite les efforts intellectuels de chacun, tout en évitant d'inculquer des dogmes. — On met le Néophyte sur la voie de la vérité, en lui donnant symboliquement la première lettre du mot sacré; il doit trouver lui-même la seconde, puis on lui indique la troisième, afin qu'il devine la quatrième.

 D. — Qu'appelle-t-on salaire en Maçonnerie?
 R. — C'est la récompense du travail, le résultat qu'il produit pour l'ouvrier.

 D. — Par quoi se traduit le salaire des Maçons?
 R. — Par un perfectionnement graduel de soi-même.

 D. — Pourquoi les Apprentis reçoivent-ils leur salaire près de la Colonne J?
 R. — Parce qu'elle symbolise l'énergie productrice, le foyer d'où rayonne l'activité humaine.

 D. — Quel est ce foyer?
 R. — C'est le centre conscient auquel se rapporte chez l'individu la conception du Moi. — L'Apprenti-Maçon doit s'absorber en lui-même, se replier sur la source initiale de sa pensée, afin de chercher dans la raison pure le point de départ de ses connaissances. C'est pourquoi au début de son initiation il est enfermé dans le sein de la terre, où, rentrant en lui-même, il doit descendre jusque dans les profondeurs du puits où la Vérité se trouve cachée.

 D. — Quelle est la forme de votre Loge?
 R. — Un carré long.

 D. — Dans quel sens est sa longueur?
 R. — De l'Orient à l'Occident.

 D. — Sa largeur?
 R. — Du Midi au Septentrion.

 D. — Sa hauteur?
 R. — Du Zénith au Nadir.

 D. — Que veulent dire ces dimensions?
 R. — Que la Franc-Maçonnerie est universelle.

 D. — Pourquoi votre Loge est-elle située de l'Orient à l'Occident?
 R. — Elle est orientée, comme tous les anciens édifices Sacrés, pour rappeler que la Maçonnerie marque à ses adeptes la direction d'où vient la lumière. Il appartient aux Maçons de s'engager dans la voie tracée afin de marcher par eux-mêmes à la conquête du Vrai.
 Il est à remarquer que les cathédrales construites par les Francs-Maçons du Moyen-Age ont toujours leur grand axe strictement parallèle à l'équateur terrestre.

 D. — Qu'entendez-vous par le mot Loge?
 R. — C'est le lieu secret qui sert d'abri aux Maçons pour couvrir leurs travaux.

 D. — Pourquoi les travaux maçonniques doivent-ils, s'accomplir à couvert?
 R. — Parce que toutes les forces, qui sont destinées à se déployer utilement au dehors, doivent tout d'abord être concentrées sur elles-mêmes, afin qu'après s'être mûries par la compression, elles puissent acquérir leur summum d'énergie expansive.

 D. — A quoi peut se comparer une loge régulièrement couverte?
 R. — A la cellule organique et plus spécialement a l'œuf qui contient un être en puissance de devenir. — Tout cerveau pensant figure en outre un atelier fermé: c'est une assemblée délibérante, abritée contre l'agitation du dehors.

 D. — Que dites-vous quand les travaux ne sont pas à couvert?
 R. — Il pleut! (Cette expression permet aux Maçons de s'avertir entre eux, lorsque leur conversation risque d'être surprise par des oreilles profanes.)

 D. — Qu'est-ce qui soutient votre Loge?
 R. — Trois grands piliers qu'on nomme Sagesse, Force et Beauté, et qui sont symboliquement représentés par le Vén∴ et les deux Surv∴

 D. — Comment ces piliers allégoriques peuvent-ils soutenir votre Loge, c'est-à-dire présider au travail constructif des Maçons?
 R. — La Sagesse invente, la Force exécute et la Beauté orne.

 D. — Pourquoi vous êtes-vous fait recevoir Franc-Maçon?
 R. — Parce que j'étais dans les ténèbres et que j'ai désiré la lumière.

 D. — Expliquez cette réponse.
 R. — La société au milieu de laquelle nous vivons n'est qu'à demi civilisée. Les vérités essentielles y sont encore entourées d'ombres épaisses, les préjugés et l'ignorance la tuent, la forée y prime le droit. La plus grande somme de vérités et de lumières ne saurait donc mieux se rencontrer que dans les Temples maçonniques, consacrés au travail et à l'étude par des hommes éprouvés et choisis.

 D. — Dans quel état étiez-vous quand on a procédé à votre initiation?
 R. — Ni nu, ni vêtu, mais dans un état décent et dépourvu de tous métaux.

 D. — Pourquoi dans cet état?
 R. — Dépouillé d'une partie de mes vêtements, pour rappeler que la vertu n'a pas besoin d'ornements. Le cœur à découvert, en signe de sincérité et de franchise. Le genou droit mit à nu, pour marquer les sentiments d'humilité qui doivent présider à la poursuite du Vrai. Le pied gauche déchaussé, à l'imitation d'une coutume orientale, et par respect pour un lieu qui est saint, parce qu'on y recherche la Vérité 32). Dépourvu de tous métaux, comme preuve de désintéressement, et pour apprendre à se priver sans regret de tout ce qui peut nuire à notre perfectionnement.


32)   La voix qui sortait du buisson ardent dit à Moïse: «N'approche point d'ici; déchausse tes souliers de tes pieds, car la lieu où tu te tiens est une terre sainte!»

D. — Comment avez-vous été introduit en Loge?
 R. — Par trois grands coups.

 D. — Quelle est leur signification?
 R. — Demandez et vous recevrez (la Lumière); cherchez et vous trouverez (la Vérité); frappez et on vous ouvrira (les portes du Temple).

 D. — Que vous est-il arrivé après votre introduction dans le Temple?
 R. — Après avoir subi diverses épreuves et du consentement de mes frères, le Maître de la Loge m'a reçu Maçon.

 D. — Quelles sont ces épreuves et que signifient-elles?
 R. — Ces épreuves ont consisté en trois voyages destinés à m'enseigner la route qui conduit à la Vérité.

 D. — Qu'avez-vous fait après avoir subi les épreuves?
 R. — J'ai promis de garder les secrets de l'Ordre et d'agir en toutes circonstances comme un bon et loyal Maçon.

 D. — En quoi consistent les secrets de l'Ordre?
 R. — Dans la connaissance des vérités abstraites, dont le symbolisme maçonnique est la traduction sensible.

 D. — Qu'avez-vous aperçu en entrant en Loge?
 R. — Rien que l'esprit humain puisse comprendre: un voile épais me couvrait les yeux.

 D. — Comment expliquez-vous cette réponse?
 R. — Il ne suffit pas à l'homme d'être mis en présence de la Vérité pour qu'elle lui soit intelligible. La lumière n'éclaire l'esprit humain que lorsque rien ne s'oppose à son rayonnement. Tant que l'illusion et les préjugés nous aveuglent, l'obscurité règne en nous et nous rend insensibles à la splendeur du Vrai.

 D. — Qu'avez-vous vu en recevant la lumière?
 R. — Le Soleil, la Lune et le Maître de la Loge.

 D. — Quel rapport symbolique y a-t-il entre ces astres et le M∴ de la L∴?
 R. — Le Soleil représente la raison qui éclaire les intelligences, la Lune figure l'imagination qui revêt les idées d'une forme appropriée, et le Maître de la Loge symbolise le principe conscient qui s'illumine sous la double influence du raisonnement (Soleil) et de l'imagination (Lune).

 D. — Où se tient le Maître de la Loge?
 R. — A l'Orient.

 D. — Pourquoi?
 R. — De même que le soleil apparaît à l'Orient pour ouvrir la carrière du jour, de même aussi le Maître se tient a l'Orient pour ouvrir la L∴ et mettre les ouvriers à l'œuvre.

 D. — Où se tiennent les Surveillants?
 R. — A l'Occident, pour aider le M∴ de la L∴dans ses travaux, payer les ouvriers et les renvoyer contents.

 D. — Que signifie l'Occident par rapport à l'Orient?
 R. — L'Orient marque la direction d'où provient la lumière, et l'Occident la région sur laquelle elle s'arrête. L'Occident figure par suite le monde visible qui tombe sous les sens, et, d'une manière générale, tout ce qui est concret. L'Orient, au contraire, représente le monde intelligible, qui ne se révèle qu'à l'esprit: en d'autres termes, tout ce qui est abstrait.

 D. — Où se tiennent les Apprentis?
 R. — Au Septentrion, qui représente la région la moins éclairée, parce qu'ils n'ont encore reçu qu'une instruction élémentaire en Maçonnerie et que, par suite, ils ne sont pas en état de supporter un trop grand jour.

 D. — A quelle heure les Maçons ouvrent-ils et ferment-ils leurs travaux?
 R. — Allegoriquement les travaux s'ouvrent à Midi et se ferment à Minuit.

 D. — Que signifient ces heures conventionnelles?
 R. — Elles indiquent que l'homme atteint la moitié de sa carrière, le midi de sa vie, avant de pouvoir être utile à ses semblables, mais que, dès cet instant jusqu'à sa dernière heure, il doit travailler sans relâche au bonheur commun 33).


33)   D'après la légende, Zoroastre l'un des fondateurs des mystères de l'antiquité, recevait les disciples à midi et les congédiait a minuit, après l'agape fraternelle qui terminait les travaux.

D. — Que nous apprend la coutume de s'informer de l'heure avant d'agir?
 R. — L'action n'est utile que si elle vient a propos. Les conquêtes du progrès ne s'accomplissent qu'à leur heure. En se montrant trop impatient, on risque de faire avorter ce qui est en voie de préparation. Il faut savoir attendre le moment psychologique: agir trop tôt ou trop tard entraîne un égal insuccès.

 D. — Quel âge avez-vous?
 R. — Trois ans.

 D. — Que signifie cette réponse?
 R. — S'informer de l'âge maçonnique d'un F∴, c'est lui demander quel est son grade. — L'Apprenti-Maçon a trois ans, parce qu'il doit être initié aux mystères des trois premiers nombres.

 D. — Quels sont ces mystères?
 R. — Ce sont les conséquences logiques qui se déduisent des propriétés intrinsèques des nombres. La raison se base sur ces notions abstraites lorsqu'elle s'applique à résoudre le problème de l'existence des choses.

 D. — Qu'avez-vous appris par l'étude du nombre Un?

 R. — Que tout est Un, vu qu'il ne saurait rien exister en dehors du Tout.

 D. — Comment formulez-vous les principes que vous révèle le nombre Deux?
 R. — L'intelligence humaine assigne artificiellement des bornes à ce qui est Un et sans limites. L'Unité est ainsi renfermée entre deux extrêmes, qui ne sont que de pures abstractions, auxquelles les mots seuls prêtent une fausse apparence de réalité.

 D. — Que concluez-vous de là?
 R. — Que l'Être, la Réalité ou la Vérité a pour symbole le nombre Trois.

 D. — Pourquoi?
 R. — Parce que l'Être ou Ce qui est nous apparaît comme un troisième et moyen terme, en qui les extrêmes opposés se concilient.

 D. — A quoi travaillent les Apprentis?
 R. — A dégrossir la pierre brute, afin de la dépouiller de ses aspérités et la rapprocher d'une forme en rapport avec sa destination.

 D. — Quelle est cette pierre brute?
 R. — C'est le produit grossier de la nature, que l'art doit polir et transformer.

 D. — Quels sont les outils de l'Apprenti?
 R. — Le Ciseau et le Maillet.

 D. — Que figurent-ils?
 R. — Le Ciseau représente la pensée arrêtée, les résolutions prises, et le Maillet la volonté qui les met à exécution.

 D. — Que signifie la marche des Apprentis?
 R. — Le zèle que nous devons montrer en marchant vers celui qui nous éclaire.

 D. — Avez-vous quelque ambition?
 R. — Une seule, j'aspire à l'honneur d'être reçu parmi les Compagnons.


TRAVAILLEZ ET PERSÉVÉREZ!

 



INTERPRETATIVE CATECHISM OF THE
APPRENTICE DEGREE

To each Masonic degree corresponds an instruction in the form of questions and answers.
 The questions are formulated to stimulate reflection. The thinker must strive to respond logically and not be content to simply retain conventional responses.

 Some of these answers must be given verbatim when "proven"; these are the ones that are written with special letters [italics].

 Q. — What is the bond that unites us? 30)


30)   According to ancient English rituals, "proofing" begins thus:
Q. — Is there something between you and me?
A. — Yes, Worshipful Master
Q. — What is it, my Brother?
A. — A secret.
Q. — Which one?
A. — Freemasonry
Q. — Then I presume you are a Freemason?
A. — I have been received and accepted as such by my Brethren Masters and Fellows.

A. — Freemasonry.

 Q. — What is Freemasonry?
 A. — It is a universal alliance of enlightened men, united to work together for the intellectual and moral improvement of mankind.

 Q. — Is Freemasonry a religion?
 A. — It is not a religion in the narrow sense of the word. But, better than any other institution, it has the effect of uniting men together; it is by this fact a religion (from religare, to bind) in the broadest and highest sense of the term.

 Q. — Are you a Mason?
 A. — My Brethren recognize me as such.

 Q. — Why do you answer like this?
 A. — Because an Apprentice Mason must distrust himself and fear to pass judgment before having called on the enlightenment of his Brethren.

 Q. — What is a Mason?
 A. — He is a man born free and of good morals, a friend of both the rich and the poor, if they are virtuous.

 Q. — What does free born mean?
 A. — The man born free is the one who, after having died to the prejudices of the commoner, has seen himself reborn to the new life conferred by initiation.

 Q. — Why do you say that a Mason is a friend of both the rich and the poor, if they are virtuous?
 A. — To indicate that individual worth must be appraised by reason of moral qualities. Esteem should only be measured according to the constancy and energy that a man brings to the achievement of good.

 Q. — What are the duties of the Mason?
 A. — Shun vice and practice virtue.

 Q. — How should a Mason practice virtue?
 A. — By preferring Justice and Truth to all things.

 Q. — Where were you made a Mason?
 A. — In a just and perfect Lodge.

 Q. — How is a Lodge made just and perfect?
 A. — Three rule it, five illuminate it, seven make it just and perfect.

 Q. — Explain this answer.
 A. — The three [who rule a lodge] are the W. Master and the two Wardens — These officers with the Orator and the Secretary, are the five lights of the Lodge — But at least seven members of the Lodge must be assembled to be able to proceed to regular Initiations. — Of these seven, at least three must have the rank of Master and two the rank of Fellowcraft.
 Three Masons, at least one of whom is a Master, constitute a simple lodge, suitable for taking deliberations. — The meeting of five Masons, including three Masters and a Fellowcraft, forms a just lodge, competent in matters of judicial instruction. — Finally, the perfect lodge, composed of seven members, as stated above, alone possesses the fullness of Masonic sovereignty.

 Q. — Since when are you a Mason?
 A. — Since I received the light.

 Q. — What does this answer mean?
 A. — That we do not really become Masons until the day our mind is opened to understanding the Masonic mysteries.


 Q. — How will I know that you are a Mason?
 A. — By my signs, words and grips.

 Q. — How do you interpret this answer?
 A. — A Mason is recognized by his conduct, always fair and frank (signs); by his loyal and sincere language (words); and finally, by the fraternal solicitude that he shows for all those to whom he is attached by the bonds of solidarity (shaking of hands, touching).

 Q. — How are the signs of the Masons made?
 A. — By the square, level and plumb rule.

 Q. — Explain this answer.
 A. — The Mason, in his acts, must be inspired by ideas of justice and equity (Square); it must aim at leveling arbitrary inequalities (Level); and finally contribute to constantly raising the social level (Plumb Rule).

 Q. — Give me the sign.
 A. — … (It is given).

 Q. — What does this sign mean?
 A. — That I would rather have my throat cut than reveal the secrets entrusted to me.

 Q. — Does this sign have no other meaning?
 A. — The right hand, placed at right angles under the throat, seems to restrain the boiling of passions which stir in the chest, thus preserving the head from all feverish exaltation, likely to compromise our lucidity of mind. — From this point of view, the Apprentice's sign means: I am in possession of myself and I endeavor to judge everything impartially.


 Q. — Give me the password.
 A. — N. I. A. C. L. A. B. U. T. [I can't read or write it, I can only spell it. Give me the first letter, I'll tell you the second].

 Q. — What does this word mean?
 A. — It alludes to mysteries that cannot be explored straight away: The Bible gives this name to the first man who forged metals. It relates to the Toublaï, [Tubal], people of Asia Minor, dedicated from the earliest times to the mining industry.
 The father of metallurgy reminds of Vulcan, god of work among the Romans. The Alchemists made it the founder of their science.
 In Masonry, the password of the Apprentice Grip has sometimes been interpreted in the sense of possession of the world, hence the idea of the Freemasonry exerting its influence on all the peoples of the earth.
 From another point of view, Tubal-Cain appears to us as the expansive internal ardor (the activity of the vital fire) which is maintained by a movement of return onto itself. This "abundant diffusion of central force" produces the energy which directs man to work.31).


31)   See for more developments: Fabre d'Olivet, Langue hébraïque restituée, Genèse, Ch. IV, v. 22.

Q. — Give me the sacred word.
 A. — I can't read or write, I can only spell. Tell me the first letter, I'll tell you the second.

 Q. — J.
 A. — (The word is given letter by letter).

 Q. — What does that word mean?
 A. — He establishes, he founds. It is the name of a bronze column erected at the entrance to Solomon's temple. The Apprentices received their wages near it.

 Q. — Why do you say, "I can't read or write." What does your ignorance relate to?
 A. — In the emblematic language used by Freemasonry — The meaning is discerned only gradually, and the Initiate, at the beginning of his career, spells with difficulty what, later, will be for him the object of an ordinary reading.

 Q. — What does the manner of spelling the sacred word tells you?
 A. — Freemasonry's teaching method, which requires everyone's intellectual efforts, while avoiding the inculcation of dogmas. — We put the Neophyte on the path to truth, symbolically giving him the first letter of the sacred word; he must find the second himself, then he is shown the third, so that he can guess the fourth.

 Q. — What is a salary in Masonry?
 A. — It is the reward of work, the result it produces for the worker.

 Q. — What does the Masons' salary translate to?
 A. — By a gradual improvement of oneself.

 Q. — Why do the Apprentices receive their salaries near the Column J?
 A. — Because it symbolizes the productive energy, the center from which human activity radiates.

 Q. — What is this center?
 A. — It is the conscious center to which the conception of the ego relates in the individual. — The Apprentice Mason must absorb himself in himself, fall back on the initial source of his thought, in order to seek in pure reason, the starting point of his knowledge. This is why, at the beginning of his initiation, he is locked in the bosom of the earth, where, entering himself, he must descend to the depths of the well where the Truth is hidden.

 Q. — What is the form of your Lodge?
 A. — A rectangle.

 Q. — In what direction is its length?
 A. — From East to West.

 Q. — Its width?
 A. — From North to South.

 Q. — Its height?
 A. — From Zenith to Nadir.

 Q. — What do these dimensions signify?
 A. — That Freemasonry is universal.

 Q. — Why is your Lodge situated from East to West?

 A. — It is oriented, like all ancient sacred buildings, to remind that Masonry indicates to its followers the direction from which the light comes. It is up to the Masons to embark on the traced path in order to walk by themselves to the conquest of the Truth.
 It should be noted that the cathedrals built by the Freemasons of the Middle Ages always have their major axis strictly parallel to the terrestrial equator.

 Q. — What do you mean by the word Lodge?
 A. — It is the secret place which serves as a shelter for the Masons to cover their work.

 Q. — Why must Masonic works be carried out under cover?
 A. — Because all the forces, which are intended to be usefully deployed outside, must first be concentrated on themselves, so that after being matured by understanding, they can acquire their peak of expansive energy.


 Q. — What can a regularly tyled lodge be compare to?

 A. — To the organic cell, and more especially to the egg which contains a being in the process of becoming. — Every thinking brain also appears as a tyled lodge: it is a deliberating assembly, sheltered from the outside turmoil.

 Q. — What do you say when the works are not tyled?

 A. — It is raining! (This expression allows Masons to warn each other when their conversation is likely to be overheard by profane ears.)

 Q. — What supports your Lodge?
 A. — Three great pillars called Wisdom, Strength, and Beauty, which are symbolically represented by the W. Master and his two Wardens.

 Q. — How can these allegorical pillars support your Lodge, that is, preside over the constructive work of the Masons?
 A. — Wisdom to contrive, Strength executes, and Beauty to adorn.

 Q. — Why have you become a Freemason?
 A. — Because I was in darkness and wanted the light.


 Q. — Explain this answer.
 A. — The society in which we live is only half civilized. The essential truths are still surrounded by thick shadows, they are overcome by ignorance and prejudices, force takes precedence over right. The greater sum of truths and enlightenment could not therefore be better found than in the Masonic Temples, devoted to work and study by tried and chosen men.

 Q. — In what state were you when your initiation took place?
 A. — Neither naked nor clothed, but in decent condition and devoid of all metals.

 Q. — Why in this state?
 A. — Stripped of part of my clothes, to remind that virtue does not need ornaments. The heart uncovered, as a sign of sincerity and frankness. The right knee laid bare, to mark the feelings of humility which must preside over the pursuit of Truth. The left foot bare, in imitation of an oriental custom, and out of respect for a place which is sacred, because one seeks the Truth there. 32) Devoid of all metals, as proof of selflessness, and to learn to deprive oneself without regret of anything that can harm our development.


32)   The voice that came out of the burning bush said to Moses: "Come not near here; take your shoes off from your feet, for the place where you are standing is holy ground!"

Q. — How were you introduced into the Lodge?
 A. — By three loud knocks.

 Q. — What is their significance?
 A. — Ask and you will receive (the Light); seek and you will find (the Truth); knock, and (the doors of the Temple) will be opened to you.

 Q. — What happened to you after your introduction into the Temple?
 A. — After having undergone various trials and, with the consent of my brethren, the Master of the Lodge received me as a Mason.

 Q. — What are these trials and what do they mean?
 A. — These trials consisted of three journeys designed to teach me the road that leads to Truth.

 Q. — What did you do after going through the trials?
 A. — I promised to keep the secrets of the Order, and to act in all circumstances as a good and loyal Mason.

 Q. — What are the secrets of the Order?
 A. — The knowledge of abstract truths, of which the Masonic symbolism is the sensible translation.

 Q. — What did you see when you entered the Lodge?
 A. — Nothing that the human mind can understand: a thick veil covered my eyes.

 Q. — How do you explain this answer?
 A. — It is not enough for man to be placed in the presence of the Truth for it to be intelligible to him. Light only illuminates the human mind when nothing opposes its radiance. As long as illusion and prejudice blind us, darkness reigns in us and makes us insensitive to the splendor of the Truth.

 Q. — What did you see when you received the light?
 A. — The Sun, the Moon, and the Master of the Lodge.

 Q. — What symbolic relationship is there between these stars and the Master of the Lodge?
 A. — The Sun represents the reason which enlightens the minds, the Moon represents the imagination which clothes the ideas of an appropriate form, and the Master of the Lodge symbolizes the conscious principle which lights up under the double influence of reasoning (Sun) and imagination (Moon).

 Q. — Where stands the Master of the Lodge?
 A. — In the East.

 Q. — Why?
 A. — Just like the sun rises in the East to open the course of the day, so is the W. Master placed in the East to open the Lodge and instruct the workers in the work.

 Q. — Where stand the Wardens?
 A. — In the West [and South], to help the W. Master in his work, pay the workers, and send them home happy.

 Q. — What does the West mean in relation to the East?
 A. — The East marks the direction from which the light comes, and the West the region on which it stops. The West represents, therefore, the visible world which makes sense, and, in general, everything that is concrete. The East, on the contrary, represents the intelligible world, which is revealed only to the mind: in other words, everything that is abstract.


 Q. — Where stand the Apprentices?
 A. — In the North, which represents the least illuminated region, because they have not yet received but an elementary Masonic instruction and, consequently, they are not in a condition to bear a very strong light.

 Q. — At what time do Masons open and close their work?

 A. — Allegorically the work opens at noon and closes at midnight.

 Q. — What do these conventional hours mean?
 A. — They indicate that the man reaches half of his career, the midday of his life, before being able to be useful to his fellowmen, but that, from that moment until his last hour, he must work tirelessly for the common good. 33).


33)   According to the legend, Zoroaster, one of the founders of the mysteries of antiquity, received the disciples at noon and dismissed them at midnight, after the fraternal agape which followed the works.

Q. — What can we learn from the custom of knowing the time before acting?
 A. — Action is only useful if it comes at the right time. The conquests of progress are not accomplished until their hour. By being too impatient, one runs the risk of miscarrying what is being prepared. One has to know how to wait for the psychological moment: acting too early or too late leads to equal failure.

 Q. — How old are you?
 A. — Three years.

 Q. — What does this answer mean?
 A. — To inquire about the Masonic age of a Brother is to ask him what his rank is. - The Apprentice Mason is three years old, because he must be initiated into the mysteries of the first three numbers.

 Q. — What are these mysteries?
 A. — These are the logical consequences which are deduced from the intrinsic properties of numbers. Reason is based on these abstract notions when it applies to solving the problem of the existence of things.

 Q. — What have you learned from studying the number One?
 A. — That all is One, since there can be nothing outside of the All.

 Q. — How do you formulate the principles revealed to you by the number Two?
 A. — Human intelligence artificially assigns limits to what is One and without limits. The Unity is thus enclosed between two extremes, which are nothing but pure abstractions, to which words alone lend a false appearance of reality.


 Q. — What do you conclude from this?
 A. — that the Being, the Reality or the Truth is symbolized by the number Three.

 Q. — Why?
 A. — Because the Being or What that is appears to us as a third and middle term, in which the opposite extremes are reconciled.

 Q. — What do Apprentices work for?
 A. — To polish the rough stone, in order to strip it of its roughness and bring it closer to a shape related to its destination.

 Q. — What is this rough stone?
 A. — It is the coarse product of nature, which the art must polish and transform.

 Q. — What are the Apprentice's tools?
 A. — The Chisel and the Mallet.

 Q. — What do they represent?
 A. — The Chisel represents the determined thought, the resolutions taken, and the Mallet the will which puts them into execution.

 Q. — What does the Apprentices' step mean?
 A. — The zeal that we must show by walking towards the one who enlightens us.

 Q. — Do you have any ambition?
 A. — Only one, I aspire to the honor of being received among the Craftsmen [Fellows].


WORK AND PERSEVERE!


PREMIERS ÉLÉMENTS DE PHILOSOPHIE INITIATIQUE       [PRIMARY ELEMENTS OF INITIATIC PHILOSOPHY]



Les Mystères

La Science était jadis l'apanage du petit nombre. Elle ne se transmettait que sous le sceau du secret, à des hommes choisis dont on exigeait de rares qualités morales.
 Ces élus étaient mis en présence d'emblèmes et de symboles, car le langage manquait primitivement de termes pour exprimer les choses abstraites. Force était donc de revêtir les conceptions philosophiques d'un voile imagé, qui devait être transparent pour les esprits perspicaces.
 La science ne s'adressait ainsi qu'à des intelligences d'élite. Pour acquérir les connaissances propres aux anciens sages, il ne suffisait pas d'exercer la mémoire et de mettre en jeu une certaine facilité d'assimilation. Il fut un temps où on ne s'instruisait qu'en parvenant à résoudre des énigmes.
 Les vérités que l'on découvrait ainsi n'avaient rien de commun avec les connaissances usuelles que l'on cherche si largement à répandre de nos jours. — La Sagesse des anciens s'attachait aux plus hautes spéculations: elle recherchait les causes et surtout la Cause des causes. — La science moderne étudie, au contraire, les effets: elle observe et elle calcule; mais trop souvent, elle se dispense de penser. — L'antiquité tendait à produire des sages, alors que nous n'avons plus aujourd'hui que des savants.
 Le triomphe très légitime de l'expérimentalisme ne doit pas, néanmoins, nous faire perdre de vue l'ordre de ces vérités quis ont en nous et non en dehors de nous. — La pensée est soumise à des lois, dont la connaissance peut seule nous faire distinguer en toutes choses la réalité de l'apparence.
 L'homme qui ignore ces lois est le jouet de perpétuelles illusions, car il ne sait ni contrôler, ni rectifier les données de ses sens.
 Le penseur, au contraire, qui est initié aux Mystères de l'Etre, conçoit les conditions nécessaires de toute existence et ne saurait être dupe d'aucun mirage trompeur.
 Lorsqu'on a su conquérir cette initiation, on cesse de s'agiter en aveugle au sein des ténèbres du monde profane, on l'éclaire d'un flambeau qui dissipe l'obscurité que l'on porte en soi, on tient le fil d'Ariadne qui permet de pénétrer sans s'égarer dans le labyrinthe des choses incomprises.



L'Esotérisme

La science qui s'enseigne dans nos universités ne tient compte que de ce qui frappe les sens. Elle n'envisage que le côté extérieur des choses et repousse les notions d'ordre purement intelligible. Cette science du dehors, de l'apparent, du visible, c'est la Science profane de pro fanum, devant le Temple. Nul ne songe à la mépriser, mais elle ne doit pas faire négliger ce qu'on appelait jadis la Science sacrée, c'est-à-dire la science de ce qui est caché, de ce qui est invisible ou intérieur.

 Un exemple fera nettement saisir les caractères distinctifs de ces deux sciences.
 Supposons un volume imprimé, et prions un savant de l'examiner selon les méthodes qui lui sont propres. — Il envisagera le livre comme un objet doué de propriétés physiques, qu'il déterminera, avec une merveilleuse exactitude. Il pourra mesurer les dimensions du volume à un dix-millième de millimètre près. Le poids en sera indiqué en tenant compte de la moindre fraction de milligramme. Les caractères du texte seront comptés. On cherchera la règle de leur répartition. La science, en outre, fournira l'analyse chimique du papier et de l'encre d'imprimerie. Ses investigations iront sous ce rapport jusqu'aux plus extrêmes limites de la minutie.
 Mais tous ces renseignements ne vous intéressent que d'une manière secondaire et la chose essentielle pour vous serait de connaître la pensée que l'auteur a voulu exprimer. Gardez-vous cependant d'interroger à ce sujet l'homme aux instruments de précision. Il vous répondrait non sans une certaine suffisance, qu'il lui appartient de rester sur le terrain des faits, et qu'il doit s'interdire de compromettre la dignité de la science en la livrant au hasard des spéculations métaphysiques!
 Cette réponse n'étant guère de nature à satisfaire la curiosité humaine, il faut en conclure que les connaissances profanes sont insuffisantes.
 D'aucuns se complaisent, il est vrai, dans cette ignorance savante qu'on nomme l'agnosticisme. Ils s'obstinent à rester en arrêt devant la façade du Temple et se contentent de la vue extérieure des choses, dont l'essence intime leur échappera toujours, tant qu'ils n'auront pas pénétré dans l'intérieur du sanctuaire.



Les Nombres

Ce qui n'est pas visible se révèle à qui sait regarder au dedans de soi. Cette vue renversée sur elle-même, fait découvrir un vaste domaine de connaissances indépendantes de toute observation matérielle. Ce sont des notions qui s'imposent par leur propre évidence. Elles se rapportent à ce qui est nécessairement et constituent ainsi la science de l'absolu, qui ne souffre pas plus d'incertitude que les mathématiques.
 Cette science qui est la plus importante de toutes, est renfermée dans notre esprit, qui la découvre comme un trésor ignoré, dès qu'il parvient à se percevoir lui-même. — C'est ainsi que la connaissance de soi-même devient le point de départ de toute philosophie.
 Mais il est impossible de se connaître directement soi-même sans le secours d'un miroir. Les abstractions qui sont en nous ne deviennent perceptibles que lorsqu'elles se reflètent dans un signe extérieur. Ces symboles interviennent donc pour nous render manifestes les vérités qui sont en nous. Ils nous présentent l'image fidèle de ce que contient notre esprit. Lorsque celui-ci est vide, ils n'ont, par suite, aucune signification. La faute n'en est pas aux symboles, mais à celui qui ne sait rien y voir. On ne peut rien sortir d'une intelligence creuse.
 Les symboles, néanmoins, ne parlent pas d'eux-mêmes. Pour les rendre éloquents, il faut avoir ouvert le sanctuaire des vérités abstraites, grâce à la clef que nous fournit l'étude des propriétés intrinsèques des Nombres.
 Toutes les écoles initiatiques ont préconisé cette étude. — Les anciens en ont fait la base de leur science sacrée; aussi les nombres jouent-ils un rôle prépondérant dans le symbolisme de toutes les religions. — Pythagore prétendait que les nombres régissent le monde. — Dans leur correspondance particulière, les Maçons se saluent «par les nombres qui leur sont connus» (P∴ L∴ N∴ Q∴ V∴ S∴ C∴). La F∴ M∴, au surplus, n'agit en toutes choses, que d'après des nombres déterminés et rattache les connaissances spéciales de chaque grade à la philosophie numérale des anciens.
 Pour l'apprenti, le programme se limite aux nombres Un, Deux, Trois et Quatre, qu'il doit examiner au point de vue des déductions logiques qui se dégagent de la notion de l'Unité, du Binaire, du Ternaire et du Quaternaire.

 



The Mysteries

Science was once the preserve of a few. It was transmitted only under the seal of secrecy to chosen men, from whom rare moral qualities were required.
 These chosen ones were put in the presence of emblems and symbols, because the language initially lacked terms to express abstract things. It was therefore necessary to clothe philosophical conceptions with a veil of images that should be transparent to discerning minds.
 Science was thus addressed only to elite intellects. To acquire the knowledge specific to the ancient sages, it was not enough to exercise memory and bring into play a certain ease of assimilation. There was a time when one learned only by succeeding in solving enigmas.
 The truths that were thus discovered had nothing in common with the usual knowledge that is being so widely disseminate nowadays. — The wisdom of the ancients was dedicated to the highest speculations: it sought the causes and, especially, the Cause of causes. — Modern science, on the contrary, studies the effects: it observes, and it calculates; but too often, it dispenses with thinking. — Ancient times tended to produce wise men, whereas today we only have learned men.
 The very legitimate triumph of experimentalism should not, however, make us lose sight of the order of these truths that are in us and not outside of us. — Thought is subject to laws, whose knowledge can only make us distinguish reality from appearance in all things.
 The man who ignores these laws is the toy of perpetual illusions, because he does not know how to control or rectify the data provided by his senses.
 The thinker, on the contrary, who is initiated into the Mysteries of Being, conceives the necessary conditions of all existence and cannot be deceived by any deceptive mirage.
 When one has been able to conquer this initiation, he stops moving blindly in the darkness of the profane world, he lights it with a torch which dispels the darkness that we carry within ourselves, he holds the thread of Ariadne that allows to enter in the labyrinth of misunderstood things, without getting lost.


Esotericism

The science that is taught in our universities takes into account only what strikes the senses. It only considers the external side of things and rejects the notions of a purely intelligible order. This science of the external, of the apparent, of the visible, is the profane Science (from pro fanum: in front of the Temple). No one thinks of despising it, but it should not lead to neglecting what was once called the Sacred Science, that is, the science of what is hidden, of what is invisible or interior.
 An example will clearly show the distinctive characteristics of these two sciences.
 Let us suppose a volume is printed and a scholar is asked to examine it according to his own methods. — He will consider the book as an object endowed with physical properties, which he will determine with marvelous accuracy. He will be able to measure the dimensions of the volume to within ten-thousandth of a millimeter. The weight will be indicated taking into account the smallest fraction of a milligram. He will count the letters of the text; he will find the rules of their distribution. Science will also give the chemical analysis of the paper and printing ink. His investigations will go in this respect to the most extreme limits of thoroughness.
 But all this information interests you only in a secondary way and the essential thing for you would be to know the thought that the author wanted to express. Be careful, however, not to question in this regard the man of precision instruments. He would answer you, not without a certain sufficiency, that it is his responsibility to remain in the realm of facts, and that he must refrain from compromising the dignity of science by leaving it to the chance metaphysical speculations!
 As this response is hardly likely to satisfy human curiosity, it must be concluded that profane knowledge is insufficient.
 It is true that some take pleasure in that learned ignorance called agnosticism. They persist in stopping in front of the facade of the Temple and content themselves with the external view of things, whose intimate essence will always escape them, as long as they have not entered the interior of the sanctuary.



The Numbers

What is not visible is revealed to the one who knows how to look within himself. This view reversed on itself, reveals a vast field of knowledge independent of all material observation. These are notions that impose themselves by their own obviousness. They relate to what necessarily is, and thus constitute the science of the absolute, which suffers no more uncertainty than mathematics.

 This science, which is the most important of all, is contained in our mind, which discovers it as an ignored treasure as soon as it manages to perceive itself. — This is how self-knowledge becomes the starting point of all philosophy.

 But it is impossible to know yourself directly without the help of a mirror. The abstractions that are in us only become perceptible when they are reflected in an external sign. These symbols then intervene to make the truths that are in us manifest. They present to us the faithful image of what is in our mind. When this is empty, they therefore have no meaning. The fault is not with the symbols, but with the one who does not know how to see anything there. Nothing can come out of a hollow intellect.

 The symbols, however, do not speak for themselves. To make them eloquent, it is necessary to have opened the sanctuary of abstract truths, thanks to the key provided to us by the study of the intrinsic properties of Numbers.
 All initiatory schools have advocated this study. — The ancients have made it the basis of their sacred science; so numbers play a preponderant role in the symbolism of all religions. — Pythagoras claimed that numbers rule the world. — In their private correspondence, the Masons greet each other "by the numbers which are known to them" (P∴ L∴ N∴ Q∴ V∴ S∴ C∴). Freemasonry, moreover, acts in all things only according to determined numbers and relates the special knowledge of each degree to the numeral philosophy of the ancients.
 For the apprentice, the program is limited to the numbers One, Two, Three and Four, which he must examine from the point of view of the logical deductions which emerge from the notion of the Unit, of the Binary, of the Ternary, and of the Quaternary.



Genèse des chiffres dits «arabes».
Ils se composent d'un nombre d'éléments rectilignes correspondant à leur valeur et peuvent
s'extraire d'une figure constituée par une croix inscrite dans un carré.


Genesis of so-called "Arabic" numbers.
They are made up of a number of rectilinear elements corresponding to their value and can be
extracted from a figure consisting of a cross inscribed in a square.



L'Unité

Pour faciliter l'étude des nombres, la F∴ M∴ fait usage d'emblèmes attirant l'attention sur leurs propriétés essentielles. — Le nouvel Initié, néanmoins, ne discerne tout d'abord aucun symbole se rapportant au nombre Un.
 Il doit en être ainsi, car rien de ce qui est sensible ne peut être admis à représenter l'Unité. Nous ne percevons, en dehors denous, que diversité et multiplicité. Rien dans la nature n'est simple: tout y est complexe.
 Mais si l'Unité ne nous apparaît pas dans ce qui nous est extérieur, elle semble, par contre, résider en nous. Tout être pensant a le sentiment qu'il est Un.
 Cette Unité qui est en nous se manifeste à la fois dans notre manière de penser, d'agir et de sentir. — Nos idées, ramenées à l'idée d'un tout harmonique, font naître en nous la notion du Vrai. — Nos actes, rapportés à une loi établie pour tous, se règlent sur cette unité morale qui correspond au Juste et au Bien. — Nous sommes enfin portés à coordonner nos sensations, et c'est de ce besoin d'unité esthétique que naissent les arts qui réalisent le Beau. — Le Vrai, le Juste et le Beau traduisent donc, dans des domaines différents, un même principe d'Unité, qui est l'Idéal, le pôle unique vers lequel tendent toutes les aspirations.
 L'Unité n'a rien d'objectif. C'est une abstraction qui se rapporte au Centre insaisissable auquel nous ramenons notre moi.
 Ce Centre, qui n'est localisé nulle part, semble être en chacun de nous. Mais ce n'est qu'une illusion. La pensée est une. Il n'y aqu'un seul principe pensant commun à tous les êtres. C'est le Centre omni présent, qui est à la fois en nous et hors de nous.(Brahma, Osiris, Dieu le Père, l'Ancien des jours, etc).

 



The Unit

To facilitate the study of numbers, Freemasonry uses emblems, drawing attention to their essential properties. - The new Initiate, however, does not first discern any symbol relating to the number One.
 It must necessarily be so, because nothing that is sensible can be admitted as a representation of the Oneness. We perceive, outside of ourselves, only diversity and multiplicity. Nothing in nature is simple: everything in it is complex.
 But if Oneness does not appear to us in what is exterior to us, it seems, on the other hand, to reside in us. Every thinking being has the feeling that he is Unique.
 This Oneness, which is in us, manifests itself both in our way of thinking, acting, and feeling. — Our ideas, brought back to the idea of a harmonic whole, give birth in us to the notion of the True. — Our acts, related to a law established for all, are governed by this moral Oneness that corresponds to what is Just and Good. — We are, however, inclined to coordinate our sensations, and it is from this need for aesthetic unity that the arts, which realize Beauty, are born. — The True, the Just and the Beautiful therefore translate, in different domains, the same principle of Oneness, which is the Ideal, the unique pole towards which all aspirations tend.
 Oneness has nothing objective. It is an abstraction that relates to the elusive Center to which we bring our self.

 This Center, which is located nowhere, seems to be in each of us. But this is only an illusion. Thought is one. There is only one thinking principle common to all beings. It is the omnipresent Center, which is both within and outside of us (Brahma, Osiris, God the Father, the Ancient of Days, etc.).



Le Principe pensant universel, représenté par Indra, divinité védique dispensatrice de la pluie spirituelle,
animatrice du monde. — Chacun des cheveux de cette figure correspond à une individualité pensante.


The Universal Thinking Principle, represented by Indra, Vedic divinity dispenser of spiritual rain,
animator of the world. — Each of the hairs in this figure corresponds to a thinking individuality.


Tout centre suppose une circonférence. L'unité abstraite est donc indissolublement lié à la Multiplicité concrète.
 Le Père universel (Osiris) est uni à la Mère universelle (Isis ou la Nature). — Cela veut dire que les effets sont inséparables des causes, qui se ramènent toutes à une Cause primitive simple.

Quelle est cette Cause? Quel est le principe premier dont dérivent toutes choses?
 L'Unité absolue, qui englobe toute existence passée, présente et future, a été symbolisée jadis par un serpent qui se mord la queue, le fameux Ouroboros, qu'accompagnait la légende: EN TO ΠAN, UN LE TOUT.
 Cet Un-Tout échappe nécessairement à notre compréhension. C'est le Mystère par excellence, l'Arcane des Arcanes.
 L'existence ne s'explique pas, elle se constate. L'Etre, ou Ce qui est, se révèle à nos sens sous son aspect de multipticité, de même qu'il se montre à la raison dans son caractère d'unité. — A la fois un et multiple, il a été représenté dans la Bible par le mot Ælohim, pluriel qui régit un verbe au singulier. (Beraeschith bara Ælohim. Dans le principe Lui-les-Dieux créa …)
 Pour les alchimistes tout provient de la Matière première des Sages, substance non différenciée qui ne saurait frapper nos sens. Cette entité mystérieuse n'est pas pour le vulgaire, mais elle est tout pour les philosophes. — Les sots ne la voient nulle part, tandis qu'elle est partout pour les sages.

 La substance une est d'ailleurs pour nous comme si elle n'existait pas. Nous ne percevons les choses qu'en raison des contrastes, qui font nécessairement défaut dans ce qui est un et uniforme. — L'Unité absolue ne pouvant être distinguée ou séparée d'autre chose, se conçoit donc comme le Vide ou le Néant. C'est l'Abîme, la Nuit ou le Chaos des différentes cosmogonies. — Hiéroglyphiquement c'est un disque noir, ou un cercle vide 0, le zéro de notre numération, qui représente le Tout-Rien ou Etre-Non-Etre des Kabbalistes.

 


Every center supposes a circumference. Abstract unity is, therefore, indissolubly linked to the concrete Multiplicity.
 The Universal Father (Osiris) is united with the Universal Mother (Isis or Nature). — This means that the effects are inseparable from the causes, which all come down to a simple primeval cause.

What is this Cause? What is the first principle from which all things are derived?
 The absolute Unity, which encompasses all past, present, and future existence, was once symbolized by a snake that bites its tail, the famous Ouroboros, accompanied by the caption: EN TO ΠAN, ONE IN ALL.
 This One-All necessarily escapes our comprehension. It is the Mystery par excellence, the Arcanum of the Arcana.

 Existence cannot be explained, it is observed. Being, or What Is, reveals itself to our senses under its aspect of multiplicity, just as it shows itself to reason in its character of unity. — Both one and multiple, it was represented in the Bible by the word Ælohim, plural which governs a verb in the singular. (Beraeschith bara Ælohim. In the beginning He-the-Gods created …)
 For the alchemists, everything comes from the First Matter of the Sages, an undifferentiated substance which cannot strike our senses. This mysterious entity is not for the commoner, but it is everything for the philosophers. — The ignorant see it nowhere, while for the wise men it is everywhere.
 The One Substance is, moreover, for us as if it did not exist. We only perceive things because of the contrasts, which are necessarily lacking in what is One and Uniform. — Absolute Unity, which cannot be distinguished or separated from anything else, is therefore conceived as Void or Nothingness. It is the Abyss, the Night, or the Chaos of the different cosmogonies. — Hieroglyphically it is a black disc, or an empty circle 0, the zero of our numeration, which represents the All-Nothing or Being-Not-Being of the Kabbalists.



 Le Binaire   — The Binary


Nous ne pouvons comprendre, c'est-à-dire prendre mentalement, que ce qui donne prise à nos facultés intellectuelles. Or, celles-ci ne peuvent saisir l'Etre dans son unité radicale. L'infini échappe à notre entendement, tout en s'imposant à notre raison, qui est tenue de s'incliner devant les vérités transcendantes en reconnaissant son impuissance. (Le Récipiendaire se courbe jusqu'à terre en franchissant le seuil du Temple).
 Nous ne percevons un objet, que lorsqu'il se différencie de son milieu ambiant. La différenciation est donc indispensable à la connaissance, et c'est ce qui fait de Deux le nombre de la Science.
 Dans le symbolisme ancien, celle-ci était représentée par une femme assise entre deux colonnes, images du Binaire dans ses différents aspects.

 


We can only understand, that is to say, take mentally, that which gives support to our intellectual faculties. These, however, cannot grasp the Being in its radical unity. The infinite escapes our understanding, while imposing itself on our reason, which is required to bow before transcendent truths by recognizing its impotence. (The Candidate bows to the ground when crossing the threshold of the Temple).

 We only perceive an object when it is different from its surrounding environment. Differentiation is, therefore, essential to knowledge, and this is what makes the [number] Two the number of Science.
 In ancient symbolism, this was represented by a woman seated between two columns, an images of the Binary in its various aspects.


Cette femme est noire, pour indiquer le caractère mystérieux et secret de la science antique. Ses mains font le ligne de l'ésotérisme (ce qui est intérieur, inaccessible aux sens et d'ordre purement intelligible). La droite est dirigée vers le ciel, la gauche vers la terre. Cela signifie: «Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas». C'est le principe de l'analogie universelle, base de l'interprétation de tous les symbolismes.
 Des deux colonnes, l'une est rouge (J∴) et l'autre blanche (B∴). Elles correspondent aux antithèses suivantes:


Sujet ⟷ Objet.
 Agent ⟷ Patient.
 Actif ⟷ Passif.
Positif ⟷ Négatif.
    Mâle ⟷ Femelle.
Père ⟷ Mère.
 Donner ⟷ Recevoir.
    Créer, ⟷ Produire.
Développer, ⟷ Conserver.     
  Agir ⟷ Sentir.
        Raison ⟷ Imagination.
      Inventer ⟷ Comprendre.
Commander ⟷ Obéir.
Mouvement ⟷ Repos.
 Esprit ⟷ Matière.
Osiris ⟷ Isis.       
Soleil ⟷ Lune.   
Abstrait ⟷ Concret.   

Les colonnes symboliques rappellent les obélisques couverts d'hiéroglyphes qui se dressaient devant les temples égyptiens. On les retrouve dans les deux tours du portail des cathédrales gothiques. Ce sont les colonnes d'Hercule qui marquent les limites entre lesquelles se meurt l'esprit humain. Ce domaine de ce qui nous est connu a pour image le voile d'Isis, tendu de l'une des colonnes a l'autre.

 


This woman is black, to indicate the mysterious and secret character of ancient science. Her hands form the line of esotericism (what is interior, inaccessible to the senses and of a purely intelligible order). The right is directed towards the sky, the left towards the earth. It means: "What is above is like what is below." This is the principle of universal analogy, the basis for the interpretation of all symbolisms.
 Of the two columns, one is red (Jachin) and the other white (Boaz). They correspond to the following antitheses:


Subject ⟷ Object.    
Agent ⟷ Patient.
Active ⟷ Passive.
Positive ⟷ Negative.
   Male ⟷ Female.
Father ⟷ Mother.
    Give ⟷ Receive.
  Create ⟷ Produce.
 Develop ⟷ Conserve.
Act ⟷ Feel.
       Reason ⟷ Imagination.
        Invent ⟷ Understand.
Command ⟷ Obey.           
Movement ⟷ Rest.             
Spirit ⟷ Matter.
Osiris ⟷ Isis.       
  Sun ⟷ Moon.
Abstract ⟷ Concrete.

The symbolic columns are reminiscent of the obelisks covered with hieroglyphics that stood in front of Egyptian temples. They are found in the two towers of the portal of Gothic cathedrals. It is the Pillars of Hercules that mark the limits between which the human spirit is dying. This area of what is known to us has as a symbol the veil of Isis, stretched from one of the columns to the other.



La Vérité soulevant le voile de Maya,
(d'après un ancien tarot de la Bibliothèque Nationale).


Truth Lifting the Veil of Maya,
(based on an ancient tarot from the National Library).


Ce rideau nous dérobe la vue de la Réalité vraie, qui se renferme dans le mystère de l'Unité. Nous prêtons une objectivité décevante aux qualités contraires que nous attribuons aux choses. Nous sommes ainsi le jouet de Maya, la déesse de l'Illusion, qui nous tient fascinés sous le charme de ses enchantements.
 Pour se soustraire à l'empire de l'éternelle magicienne, le penseur ne doit accorder qu'une valeur purement relative aux entités antagonistes que nous imaginons, par un abus du langage autant que de la pensée. — Le Vrai et le Faux, le Bien et le Mal, Le Beau et le Laid, etc., se rapportent à des extrêmes qui n'existent que dans notre esprit. Ce sont les bornes factices du monde qui nous est connu, lambeau bien exigu, mais qui nous séduit par les reflets chatoyants des soies dont il est tissé. Ce voile, suspend entre les colonnes du Temple, en masque l'entrée, et doit être soulevé par le penseur qui veut y pénétrer. Le récipiendaire le laisse derrière lui, lorsqu'il a subi les épreuves et que la lumière lui est accordée. L'Initié se tient alors entre les deux colonnes, debout sur le pavé mosaïque, qui est un assemblage de dalles alternativement blanches et noires.
 Ces couleurs contraires nous apprennent comment, dans le domaine de nos sensations, tout se compense avec une rigoureuse exactitude. Nos perceptions se plient à la loi des contrastes. Nous ne jouissons du repos qu'en tant qu'il répare une fatigue. Nous n'apprécions le plaisir qu'en le comparant à la douleur qui nous est connue. La joie se proportionne à la peine ou à l'anxiété qui l'a précédée. L'erreur manifeste la vérité. Le bien nous attire dans l'exacte mesure ou le mal nous repousse. Le beau nous plaît en proportion de l'horreur que nous inspire le laid. La lumière ne se conçoit que par opposition aux ténèbres, et le bonheur ne peut être goûté que lorsqu'il nous sauve de l'infortune. L'existence n'acquiert de prix que par la lutte contre les difficultés qu'on parvient à vaincre. La jouissance ne réside que dans le triomphe. La vie résulte d'un perpétuel conflit. C'est l'opposition qui engendre toutes choses, de même que la révolte crée l'individu, car il faut s'insurger pour être. Tel est le sens du mythe de la chute adamique. Un foyer d'initiative individuelle ne se constitue que sous l'inspiration de l'égoïsme radical, (Serpent de la Genèse), qui incite l'automatisme physiologique à se rendre conscient et à vouloir être semblable à Lui les Dieux (Ælohim) connaissant le bien et le mal!»

 


This curtain hides from us the view of true Reality, which is enclosed in the mystery of the Unity. We attribute a deceptive objectivity to the contrary qualities which we attribute to things. We are thus the toy of Maya, the goddess of Illusion, who keeps us fascinated under the spell of her enchantments.
 To escape the empire of the eternal magician, the thinker must only give a purely relative value to the antagonistic entities that we imagine, both due to a backwardness of language and thought. — The True and the False, the Good and the Evil, the Beautiful and the Ugly, etc., relate to extremes which exist only in our mind. These are the artificial boundaries of the world that is known to us, a very small shred, but which seduces us with the shimmering reflections of the silks from which it is woven. This veil, suspended between the columns of the Temple, hides the entrance, and must be lifted by the thinker who wants to enter it. The candidate for initiation leaves it behind when he has passed the trials and the light is bestowed upon him. The Initiate then stands between the two columns, standing on the mosaic pavement, which is an assembly of alternately white and black slabs.
 These contrary colors teach us how, in the domain of our sensations, everything is compensated with rigorous accuracy. Our perceptions comply with the law of contrasts. We only enjoy rest in so far as it repairs fatigue. We only appreciate pleasure by comparing it to the pain that is known to us. Joy is proportioned to the pain or anxiety that preceded it. The error manifests the truth. Good attracts us to the exact extent that evil repels us. The beautiful pleases us in proportion to the horror that the ugliness inspires in us. Light is only conceived in opposition to darkness, and happiness can only be tasted when it saves us from misfortune. Existence acquires value only through the struggle against the difficulties that one manages to overcome. Enjoyment resides only in triumph. Life is the result of perpetual conflict. It is the opposition which generates all things, just as the revolt creates the individual, because it is necessary to rise in order to be. Such is the meaning of the myth of the fall of Adam. A focus of individual initiative is only constituted under the inspiration of radical egoism, (The Serpent of Genesis), which encourages physiological automatism to make itself aware, and to want to be like Him the Gods (Ælohim) knowing the good and the evil!"



LA SIRÈNE ROYALE DU BASILE VALENTIN
Ses mamelles répandent du sang (colonne J) et du lait (colonne B).
Elle nage dans l'Océan dont elle est la source. (La Matière première dont tout se forme).


THE ROYAL MERMAID OF BASIL VALENTINE
Her udders spill blood (column J) and milk (column B).
She swims in the Ocean of which she is the source. (The raw material from which everything is formed).



Le Ternaire.

Deux est le nombre du discernement, qui procède par analyse, en établissant des distinctions incessantes, sur lesquelles rienne saurait se baser. L'esprit qui refuse de s'arrêter dans cette voie se condamne à la stérilité du doute systématique, à l'opposition impuissante, à la contestation perpétuelle. Ce Binaire est celui de Méphistophélès, le contradicteur qui toujours nie.
 L'Initié sait conjurer le démon après l'avoir évoqué, car l'Unité radicale ne se dédouble à ses yeux que pour se reconstituer trinitairement. Deux révèle Trois et le Ternaire n'est qu'un aspect plus intelligible de l'Unité.


La Tri-Unité de toutes choses est le mystère fondamental de l'Initiation intellectuelle. Le Maçon qui pare sa signature de trois points en triangle donne à entendre qu'il sait ramener par le Ternaire le Binaire à l'Unité. Si réellement il s'est élevé à la hauteur du point qui domine les deux autres, il ne se perdra jamais en de vaines discussions, car il percevra sans difficulté la solution qui se dégage d'un débat contradictoire. Jugeant de haut sans le moindre parti pris et en toute liberté d'esprit, il fera jaillir la lumière du choc de l'affirmation et de la négation.

 Le vulgaire discute communément avec une partialité pleine de candeur. Loin de peser en chaque chose le pour et le contre, il ne veut connaître que le pour de ce dont il est partisan, de même qu'il ne s'attache qu'au contre de ce qu'il combat. Les victimes de l'esprit de parti sont ainsi hors d'état de voir clair, parce qu'elles restent prisonnières d'un point de vue unique. Le penseur ne craint pas de se déplacer afin d'épouser l'optique de son adversaire, car il ne saurait parvenir autrement à planer au-dessus du débat.
 C'est en raison de l'importance exceptionnelle du Ternaire que la Franc-Maçonnerie en rappelle la loi dans ses principaux symboles. L'un des plus frappants est à cet égard le Delta lumineux.

On distingue trois parties dans l'ensemble de l'emblème:
 1° Un triangle, qui porte en son centre l'œil de l'intelligence ou du principe conscient;
 2° des rayons exprimant l'activité, l'expansion constante de l'être, en vertu de laquelle le point mathématique sans dimensions, qui est partout, remplit l'immensité sans limites;
 3° un Cercle de nuages figurant le retour sur elles-mêmes des émanations expansives, plus exactement, leur condensation sous la pression de leur rencontre, puisqu'il s'agit de vibrations provenant d'une infinité de foyers.
 Le tout est un schéma de l'Etre dans la multiplicité infinie de ses manifestations, car tout est à la fois triple et un. Pour s'en convaincre, il suffit d'envisager un acte quel qu'il soit, qui n'est concevable qu'en tant qu'action exercée sur quelque chose pour obtenir un résultat. En tout ce qui se fait, donc en tout ce qui existe, interviennent ainsi trois termes: 1° un agent qui agit; 2° un patient qui subit l'action; 3° un effet produit par celle-ci.
 Le mystère de la Trinité s'applique ainsi universellement, si bien que, sous diverses formes, il se retrouve dans les systems de nombreuses écoles, comme l'indiquent les rapprochements suivants:

 



The Ternary.

Two is the number of discernment, which proceeds by analysis, making incessant distinctions, on which nothing can be based. The mind, which refuses to stop on this path, condemns itself to the sterility of systematic doubt, to powerless opposition, to perpetual contestation. This Binary is that of Mephistopheles, the opponent who always denies.

 The Initiate knows how to stave off the demon after having evoked it, because the radical Unity is duplicated in his eyes only to reconstitute itself Trinitarian. The Two reveals the Three and the Ternary is only a more intelligible aspect of the Unit.


Synthèse
Solution
Thèse Antithèse
Affirmation Negation



Thesis Antithesis
Affirmation Negation
Synthesis
Solution

The Tri-Unity of all things is the fundamental mystery of the intellectual Initiation. The Mason who adorns his signature with three points in a triangle implies that he knows how to bring back the Binary to the Unit through the Ternary. If he has really risen to the point which dominates the other two, he will never lose himself in any fruitless discussions, because he will easily perceive the solution that emerges from an adversarial debate. Judging with high-mindedness, without the slightest bias, and with complete freedom of mind, he will bring forth the light of the clash of affirmation and negation.
 The commoner commonly discusses with a partiality full of candor. Far from weighing the pros and cons in everything, he only wants to know the pros of what he is in favor of, just as he only attaches himself to the cons of what he fights for. The victims of the party spirit are thus unable to see clearly, because they remain prisoners of a single point of view. The thinker is not afraid to change places in order to espouse his opponent's point of view, because otherwise he would not be able to place himself above the debate.
 It is because of the exceptional importance of the Ternary that Freemasonry recalls the law in its main symbols. One of the most striking in this regard is the Luminous Delta.

Three parts are distinguished in the set of the emblem:
 1° A triangle, which bears in its center the eye of intelligence or of the conscious principle;
 2° The rays expressing activity, the constant expansion of being, by virtue of which the dimensionless mathematical point, which is everywhere, fills the limitless immensity;
 3° A circle of clouds, representing the return on themselves of the expansive emanations, more precisely, their condensation under the pressure of their clashing, since it is a question of vibrations coming from an infinity of foci.
 The whole is a diagram of the Being in the infinite multiplicity of its manifestations, because everything is at the same time threefold and unique. To be convinced, it is enough to consider any act that is committed only as an action exerted on something to obtain a result. In everything that is done, therefore, in everything that exists, three terms thus intervene: 1) an agent who acts; 2) a patient who suffers the action; and 3) an effect produced by it.
 The mystery of the Trinity is thus universally applicable, so much so that, in various forms, it is found in the systems of numerous schools, as the following comparisons indicate:


Dans ce tableau, le premier terme est actif, la second est passif par rapport au premier, mais actif par rapport au troisième, qui est pleinement passif.
 D'autres ternaires mettent en présence deux contraires (I et II, Positif et Négatif) dont la combinaison engendre le troisièmeterme (III Neutre ou Equilibré).

Les bijoux distinctifs des trois premiers officiers sont une illustration frappante de la loi du Ternaire.
 Le Niveau du 1er Surv∴ veut, en effet, que nul ne domine sur autrui; or, la Perpendiculaire du 2e Surv∴ sollicite au contraire chacun à s'élever aussi haut que possible, en même temps qu'à descendre jusque dans les abîmes les plus profonds de la pensée. Il y a donc conflit entre l'horizontale égalitaire et la verticale hiérarchique; mais tout se concilie dans l'Equerre qui décore le Maître de la Loge. Celui-ci accorde à tous les ouvriers une même estime en raison du zèle égal que tous apportent au travail, ce qui ne l'empêche pas d'apprécier chacun selon ses capacités particulières, si bien qu'il demande à l'un ce qu'il ne saurait exiger d'un autre. L'équité, dont l'Equerre est l'emblème, préside ainsi aux rapports des Maçons, qui se taillent d'ailleurs symboliquement eux-mêmes en blocs équarris avec soin, car seuls des matériaux rectangulaires peuvent s'ajuster entre eux sans solution de continuité, condition indispensable à la cohésion de l'édifice. Mais la solidité de celui-ci dépend de la stricte horizontalité des assises que contrôle le niveau. Quant à la construction en hauteur, elle se stabilise à l'aide de la Perpendiculaire, qui assure qu'aucun mur ne penche ni d'un côté ni de l'autre.

 Tout dépend en cela de la taille correcte des pierres. Il faut qu'elles soient normales, c'est-à-dire en concordance, avec l'Equerre (Norma en latin), autrement aucun art n'intervient et tout se borne à un grossier entassement de blocs informes. L'Equerre est donc en Maçonnerie l'instrument primordial, car elle dirige le dégrossissement de la pierre brute, autrement dit laf ormation de l'individu en vue de l'exact accomplissement de sa fonction humanitaire et sociale.



Les Trilogies

Les anciens Maçons faisaient reposer leur œuvre sur trois grands piliers nommés SAGESSE, FORCE et BEAUTÉ, en l'honneur d'antiques déesses auxquelles les imagiers du Moyen-Age ont consacré trois des vingt-deux compositions allégoriques du Tarot.
 La Sagesse nous apparaît ainsi sous les traits d'une Impératrice céleste, ailée comme la Vierge zodiacale ou Vénus-Uranie.C'est la Sophia des Gnostiques, la mère virginale des idées génératrices des formes.

Elle est l'Intelligence qui conçoit le projet de l'édifice et en arrête le plan.
 La Force exécute les conceptions en domptant les énergies rebelles. Ce n'est point un athlète, mais une femme gracieuse et frêle qui maîtrise en souriant un lion rugissant, emblème des passions qu'il faut soumettre et discipliner dans l'intérêt du Grand Œuvre à poursuivre.
 Tout comme la Vérité, la Beauté se montre nue. Elle arrose la terre aride, qui aussitôt se pare de verdure et de fleurs. C'est l'Idéalité, la fée qui embellit la vie et la fait aimer en dépit de ses misères et de sa cruauté.
 Le triangle maçonnique est parfois commenté par les mots
 BIEN PENSER, BIEN DIRE, BIEN FAIRE.
 Mais aux yeux de la Maçonnerie latine, il évoque la devise: LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERNITÉ. En politique, cette formule a pu réserver des déceptions; il n'en est pas de même en initiation.

 


In this table, the first term is active, the second is passive with respect to the first, but active with respect to the third, which is fully passive.
 Other ternaries bring together two opposites (I and II, Positive and Negative), the combination of which generates the third term (III Neutral or Balanced).

The distinctive jewels of the first three officers are a striking illustration of the law of the Ternary.
 The Level of the Senior Warden wants, in fact, that no one dominates over another; the Plumb Rule of the Junior Warden, on the contrary, asks everyone to rise as high as possible, at the same time as to descend into the deepest abysses of thought. There is thus a conflict between the egalitarian horizontal and the hierarchical vertical; but everything is reconciled in the Square which decorates the Master of the Lodge. He accords all workers the same esteem because of the equal zeal that all bring to work, which does not prevent him from appreciating each one according to his particular abilities, so much so that he asks of one that which he could not demand of another. Equity, of which the Square is the emblem, thus presides over the relationships of the Masons, who, moreover, symbolically carve themselves into squared blocks with care, because only rectangular materials can fit together without a solution of continuity, an essential condition for the cohesion of the building. But the solidity of this depends on the strict horizontality of the foundations controlled by the Level. As for the height of the construction, it is stabilized with the help of the Plumb Rule, which ensures that no wall leans to one side or the other.
 It all depends on the correct size of the stones. They must be normal, that is, in concordance with the Square (Norma in Latin), otherwise no art is involved, and everything is limited to a coarse pile of shapeless blocks. The Square is, therefore, in Masonry, the primary instrument, because it directs the roughing of the rough stone, or in other words, the formation of the individual in view of the exact fulfillment of his humanitarian and social function.



The Trilogies

The ancient freemasons made their work rest on three great pillars called Wisdom, Strength and Beauty, in honor of ancient goddesses to whom the image makers of the Middle Ages have consecrated three of the 22 allegorical compositions of the tarot.
 Wisdom thus appears to us in the guise of a celestial Empress, winged like the zodiacal Virgo or Venus-Urania. She is the Sophia of the Gnostics, the virginal mother of ideas generating forms.

She is the Intelligence which conceives the project of the edifice and decrees the plan.
 Strength executes the designs by taming the rebellious energies. She is not an athlete, but a graceful and frail woman who masters with a smile a roaring lion, the emblem of passions that must be subdued and disciplined in the interest of the Great Work to be pursued.
 Like Truth, Beauty shows itself naked. She waters the arid land, which instantly becomes adorned with greenery and flowers. She is Ideality, the fairy that beautifies life and makes it loved despite its miseries and cruelty.
 The Masonic triangle is sometimes commented on by the words:
 THINK WELL, SPEAK WELL, DO WELL.
 But in the eyes of Latin Masonry, it evokes the motto: FREEDOM, EQUALITY, FRATERNITY. In politics, this formula may have been a source of disappointment; it is not the same in the initiation.


La vraie Liberté appartient à l'homme affranchi de la tyrannie des vices et des passions, aussi bien que de la servitude des erreurs et des préjugés. Elle n'est le propre que de l'Initié qui resta libre, fût-il chargé de fers par les ennemis du bien. La Liberté réelle et inaliénable: l'homme la porte en lui-même et nul despote ne peut y attenter.
 L'Égalité n'est effective qu'aux yeux du philosophe qui envisage le monde comme un théâtre où chacun joue un rôle convenu. Bien ridicule serait l'acteur déguisé en prince, s'il méprisait son camarade appelé à contrefaire le mendiant. Ne sont-ils pas comédiens au même titre? Et si l'un est supérieur à l'autre, n'est-ce pas celui qui aura le mieux su se conformer aux intentions du dramaturge? La Fraternité découle aux yeux des Anglo-Saxons de la persuasion que nous sommes tous enfants d'un même Dieu. Faisant abstraction de toute théologie, les Latins puisent dans le sentiment de la solidarité humaine la conviction qu'il y a entre les hommes des liens plus puissants que ceux de la simple consanguinité. Le genre humain est beaucoup plus uni que ne saurait l'être une grande famille, car il constitue un corps unique, dont nous sommes les cellules animées d'une même vie générale. Faire du tort à autrui, c'est se frapper soi-même par le dommage causé à la collectivité. Se dévouer au bien de tous se traduit, au contraire, par un développement bénéfique de la valeur individuelle, et le bien réalisé se répercute sur son auteur.


 


True Freedom belongs to man freed from the tyranny of vices and passions, as well as from the bondage of errors and prejudices. It is only the property of the Initiate who remained free, even if he was burdened with chains by the enemies of good. Real Freedom is inalienable: man carries it within himself, and no despot can attempt against it.
 Equality is only effective in the eyes of the philosopher who sees the world as a theater in which everyone plays an agreed role. Very ridiculous would be the actor disguised as a prince if he despised his comrade called to play the role of beggar. Are they not equally comedians? And if one is superior to the other, is he not the one who will have best known how to conform to the intentions of the playwright? Fraternity arises in the eyes of the Anglo-Saxons from the belief that we are all children of the same God. Leaving aside all theology, the Latins draw on the feeling of human solidarity the conviction that there are among men ties more powerful than those of simple consanguinity. The human race is much more united than a large family could be, because it constitutes a single body, of which we are the cells animated by the same general life. To harm others is to hurt oneself, by the damage done to the community. Devoting oneself to the good of all translates, on the contrary, into a beneficial development of individual worth, and the good done has repercussions on its author.



Lion, Ox, Man, Eagle



Le Quaternaire

La quadruple purification subie par l'Initié doit lui enseigner à surmonter les attractions élémentaires. Celles-ci s'exercent en s'opposant deux par deux. On fait correspondre la première à la Terre, qui symbolise la lourdeur, l'opacité, le positivisme matériel, l'inertie, etc.
 Cette tendance vers le bas est combattue par le dégagement en hauteur, figuré par l'Air, élément léger, subtil, transparent, mais inconsistant et peu saisissable.
 L'Eau remplit ce qui est creux; elle a ainsi donné l'idée d'une matière universelle se pliant à toutes les formes. Elle cherche d'ailleurs le repos, l'horizontalité; elle calme, elle éteint, d'où la propulsion à la langueur et à la paresse qu'on lui attribue.
 A sa passivité, à son indifférence, à sa froideur s'oppose le Feu, dont l'activité stimule toutes les énergies. Modéré il vivifie, mais trop violent, il dessèche et tue.
 L'Initié doit se maintenir au centre de la croix dont les extrémités correspondent aux termes du quaternaire.
 Les Pythagoriciens expliquaient par la Tétrade les mystères de la création et la Bible représente l'Être des êtres par un hiérogramme de quatre lettres: h w h y mot sacré qui ne devait pas être prononcé.
 Ces indications doivent suffire ici, car l'étude plus approfondie du Quaternaire rentre dans le programme du grade de Compagnon.

 



The Quaternary

The fourfold purification undergone by the Initiate must teach him to overcome elemental attractions. These are exercised by opposing each other two by two. The first is made to correspond to the Earth, which symbolizes heaviness, opacity, material positivism, inertia, etc.
 This downward tendency is fought by the tendency toward the height, represented by Air, a light, subtle, transparent element, but inconsistent and difficult to grasp.
 Water fills that which is empty; it thus gave the idea of a universal matter that folds itself into all forms. It also seeks rest, horizontality; it calms down, it turns off, hence the tendency to languor and laziness attributed to it.

 To its passivity, to its indifference, to its coldness is opposed the Fire, whose activity stimulates all energies. In moderation it vivifies, but too violent it dries up and kills.
 The Initiate must remain in the center of the cross, whose extremities correspond to the terms of the quaternary.
 The Pythagoreans explained the mysteries of creation through the Tetrad, and the Bible represents the Being of beings by a four-letter hierogram: h w h y a sacred word which should not be pronounced.
 These explanations should suffice here, for the more in-depth study of the Quaternary is part of the program of the Fellowcraft degree.



Le Temple

La décoration et l'arrangement intérieur d'un lien de réunion exercent une influence marquée sur l'esprit de ceux qui s'y rassemblent. Un temple maçonnique doit donc être autre chose qu'une simple salle de conférences.
 Nul besoin cependant que ce soit un local luxueux. Il suffît que certaines données symboliques soient constamment rappelées aux Maçons, afin qu'elles s'imposent à leurs méditations.
 C'est ainsi qu'à l'imitation de l'Univers sensible, tel que se le figuraient les anciens, l'atelier sera plus long que large et conventionnellement orienté selon les quatre points cardinaux.

 La porte s'ouvrira à l'Occident, entre deux colonnes creuses, aux chapiteaux ornés de lys égyptiens et couronnés de pommes de grenade entr'ouvertes; ces fruits aux grains symétriquement rangés rappellent la famille maçonnique, dont tous les members sont harmonieusement reliés par l'esprit d'ordre et de fraternité.
 La Colonne du Sud est rouge; elle marque la place du 1er Surveillant, dont l'insigne est le Niveau.
 La Colonne du Nord est blanche; près d'elle siège le 2e Surveillant que décore la Perpendiculaire.
 Ces deux colonnes se dressent sur le pavé mosaïque composé de dalles alternativement blanches et noires.
 L'Orient est occupé par une estrade élevée de trois marches, sur laquelle prend place le Maître de la Loge, dit Vénérable Maître ou simplement Vénérable, assisté de l'Orateur (Sud) et du Secrétaire (Nord).
 La chaire présidentielle 34) (trône) est surmontée d'un dais dont les draperies encadrent le Delta lumineux, qui se trouveainsi suspendu entre le Soleil (Sud) et la Lune (Nord), de manière à former avec ces astres un triangle renversé.


34)   Le Vénérable porte aussi le titre de Maître en chaire de l'anglais chair Master qui le distingue des autres Maîtres, ses égaux en grade.


Le plafond est parsemé d'étoiles. De même que les tentures, il est bleu comme la voûte céleste qui enveloppe de toutes parts la terre, figurée par le parquet du local.
 Un lambrequin dentelé forme frise et porte une corde terminée par des houppes qui se rejoignent près des Colonnes J∴ et B∴ Cet ornement a été appelé improprement houppe dentelée. La corde se noue en entrelacs, dits lacs d'amour et représente ainsi la chaîne d'Union reliant tous les Maçons. Les noeuds peuvent être au nombre de douze pour correspondre aux signes du zodiaque.
 L'initiation se conférait primitivement dans des grottes naturelles, puis dans des cryptes taillées dans le flanc des montagnes. C'est en souvenir de ces sanctuaires que la Loge n'est éclairée par aucune fenêtre. On a également voulu rappeler ainsi que l'Univers n'est visible que du dedans, puisqu'il n'y a pas à supposer l'aspect extérieur au Tout qui remplit l'immensité sans limites. Un éclairage artificiel s'impose ainsi en Loge: il est fourni par un minimum de cinq lumières placées près des cinq premiers officiers.
 Le Trésorier siège près de l'Orateur (Sud) et l'Hospitalier près du Secrétaire (Nord).
 Les assistants prennent place au Nord et au Sud en se faisant face. Les Apprentis se tiennent au Nord et demandent la parole au 1er Surveillant. Ils ne sauraient s'expliquer d'emblée tous les symboles qui les frappent en Loge, mais les Maîtres ont mission de les instruire et les aideront a déchiffrer l'énigme des choses.

 L'Apprenti se considère comme une Pierre brute non encore dégrossie à souhait. Il est à la fois le sujet et l'objet de son travail, puisqu'il est appelé à se transformer lui-même en bloc rectangulaire, capable de tenir exactement sa plaça dans l'édifice à construire. Ses outils sont à cet égard le Ciseau et le Maillet. Quand il aura prouvé qu'il sait en faire usage en vue de son perfectionnement intellectuel et moral, il sera proposé pour le grade de Compagnon.

 



The Temple

The decoration and interior arrangement of a meeting place exerts a marked influence on the minds of those who gather there. A Masonic temple must, therefore, be more than a simple conference hall.
 There is, however, no need for it to be a luxurious venue. It suffices that the Masons are constantly reminded of certain symbolic elements, so that they prevail over their meditation.

 Thus, in imitation of the sensitive Universe, such as the ancients imagined it, the lodge will be longer than it is wide, and conventionally oriented according to the four cardinal points.
 The door will open to the West, between two hollow columns, with capitals adorned with Egyptian lilies, and crowned with half-opened pomegranate; these pomegranates, with symmetrically arranged grains, are reminiscent of the Masonic family, of which all members are harmoniously linked by the spirit of order and brotherhood.
 The South Column is red; it marks the place of the Senior Warden, whose insignia is the Level.
 The North Column is white; next to it sits the Junior Warden decorated by the Plumb Rule.
 These two columns stand on the mosaic pavement made up of alternating white and black slabs.
 The East is occupied by a three-steps high dais, on which is seated the Master of the Lodge, known as Worshipful Master or simply the Worshipful, assisted by the Orator (South) and the Secretary (North).
 The presidential seat 34) (throne) is surmounted by a canopy whose folds frame the luminous Delta, which is thus suspended between the Sun (South) and the Moon (North), so as to form with these stars an inverted triangle.


34)   The Worshipful also bears the title of Master in the Chair from the English Chair Master which distinguishes him from the other Masters, his equals in rank.

The ceiling is dotted with stars. Like the wall covering, it is blue like the celestial vault which envelops the earth on all sides, represented by the floor of the room.
 An indented valance forms a frieze and carries a cord terminated by tassels which meet near Columns J and B. This ornament has been improperly called a serrated tassel. The rope is knotted in interlacing, called ties of love, and thus represents the chain of Union binding all the Masons. The knots can be twelve in number, to correspond to the signs of the zodiac.
 The Initiation was originally conferred in natural caves, then in crypts carved into the sides of mountains. It is in memory of these shrines that the Lodge has no windows. Likewise, this has been intended to remind us that the Universe is only visible from the inside, because it is not necessary to assume the external aspect the Whole which fills the immensity without limits. Artificial lighting is thus required in the Lodge: it is provided by a minimum of five lights placed near the first five officers.
 The Treasurer sits near the Orator (South) and the Almoner near the Secretary (North).
 The assistants are placed in the North and in the South, facing each other. The Apprentices stand in the North and ask the Junior Warden's permission to speak. They would not be able to explain, of course, all the symbols that attract their attention in the Lodge, but the Masters have the mission of instructing them and helping them to decipher the enigma of things.
 The Apprentice considers himself a rough stone not yet properly cut. He is both the subject and the object of his work, since he is called upon to transform himself into a rectangular block capable of occupying exactly its place in the building to be constructed. To this end, his tools are the chisel and the Mallet. When he has proven that he knows how to use them for his intellectual and moral improvement, he will be proposed for the degree of a Fellowcraft.



Les Figures du Livre de l'Apprenti
Figures from the Apprentice Book



Illustrations


INDICATIONS SOMMAIRES SUR LEUR ORIGINE
ET LEUR PORTÉE SYMBOLIQUE

Frontispice. — L'Apprenti devant la Pierre brute qu'il doit dégrossir à l'aide du ciseau et du maillet.
 Page 13. — Janus, d'après une médaille antique. Le croissant lunaire, qui surmonte le double visage, rapproche le Dieu latin de l'Hermès grec. Il s'agit de l'influence formatrice, qui s'inspire de la tradition (hérédité), pour engendrer ce qui doit naître.
 Page 31. — Le Rebis, la chose double unissant les deux sexes, en réalité l'âme spirituelle douée de raison (Soleil) et d'imagination (Lune). Le principe intelligent domine l'animalité, représentée par le dragon des attractions élémentaires.
 Page 109. — Hercule enfant. La personnalité qui veut vivre doit subir l'épreuve des courants de la vie générale, figurés par les serpents de Junon. En fixant ces forces hostiles, le germe qui se développe se les attache et assure sa croissance.
 Page 114. — Les Emblèmes du Cabinet de réflexion. Rentrons en nous-mêmes, approfondissons, faisons abstraction des apparences extérieures, et pénétrons jusqu'au squelette de la réalité dépouillée de tout décor séducteur. Quand Saturne ainsi aura fait son œuvre, le Coq de Mercure éveillera notre intelligence, ouverte désormais aux vérités initiatiques.
 Page 117. — Le Récipiendaire ni nu, ni vêtu, mais dans un état décent et privé de tous métaux.
 Page 118. — L'Épreuve du Glaive. Le récipiendaire était jadis introduit en Loge la corde au cou. Un nœud coulant l'étranglait ainsi s'il tentait de reculer, alors qu'il était empêché d'avancer par la pointe acérée qui lui piquait la poitrine.
 Page 120. — La Maison-Dieu. — L'arcane XVI du Tarot fait allusion aux entreprises chimériques dont ne saurait résulter que ruine et déception.
 Page 130. — Le Fou du Tarot. L'inconscience, l'abandon aux impulsions impliquant absence de toute réelle personnalité.
 Page 136. — Pluton. Les enfers correspondent au monde intérieur que nous portons en nous. Or, l'invisible n'est conceivable que par opposition au visible. Comme l'indique le sceptre bifurqué du dieu, on ne pénètre dans le domaine de l'ésotérisme qu'en imaginant ce que suggèrent les contrastes.
 Page 144. — La Justice. L'Arcane VIII du Tarot fait allusion à la loi universelle d'équilibre qui remet fatalement chaque chose à sa place.
 Page 156. — La Tri-unité Nordique. Les Scandinaves symbolisaient l'Esprit universel par un triangle dessinant une tête à triple face animée d'un perpétuel mouvement rotatoire.
 Page 157. — Le Sphinx. L'énigme des choses réside dans l'intelligence (tête humaine) et dans la sentimentalité (seins de femme), qui s'unissent a un corps de bœuf (pesanteur, aptitude à labourer la terre), allégé par des ailes d'aigle (sublimation, spiritualité) et armé de griffes de lion (ardeur, férocité). Cette synthèse de l'hominalité et de l'animalité correspond à l'âme de la planète, qui détermine les destinées (glaive justicier).
 Page 162. — Indra. Cette divinité védique correspond au Jupiter pluvius des Latins. Cependant l'eau céleste que fait tomber «celui qui pleut» féconde, non les champs, mais les intelligences. Elle émane de l'Océan de la Sagesse suprême, personnifiée par Ea chez les Chaldéens.
 Page 163. — L'Ouroboros. Le circuit incessant de la vie universelle. Le courant qui simultanément crée, dévore et reconstitue.
 Page 164. — Le Globe ailé des Egyptiens. La matière animée (serpents) qui se volatilise (ailes) pour remplir l'immensité sans limites.
 Page 165. — Isis, déesse du mystère. Elle est assise sur la pierre cubique et enseigne à deviner ce qui est caché.
 Page 166. — Le Monde, soutenu par les quatre vents de l'Esprit, supporte la révélatrice de l'Absolu qui a soulevé le voile des apparences sensibles.
 Page 168. — La Sirène est la grande séductrice qui fait aimer la vie. Elle attire les êtres dans l'agitation des flots, où ils auront à se débattre sans jamais trouver le repos.

 Page 169. — Méphistophèlès. Le tentateur de Faust détruit toute certitude et oblige l'esprit à chercher constamment une vérité qui lui échappe.
 Page 170. — Le Delta rayonnant. Les Alchimistes reconnaissaient en cet emblème la réunion de leurs trois principes: Soufre, Mercure et Sel, qui se distinguent nécessairement en tout être et en toute chose.
 Pages 173 et 174. — Sagesse, Force et Beauté, les trois piliers de la construction maçonnique, correspondent aux Arcanes III, XI et XVII du Tarot, qui figurent l'intelligence théorique la plus haute, l'énergie pratique appliquée judicieusement et le sens esthétique qui sait tout idéaliser.

 Page 175. — Les Animaux kabbalistiques de la vision d'Ezéchiel et de l'Apocalypse se retrouvent dans le symbolisme hindou. L'Aigle, dont le regard pénètre toutes choses, y représente l'ubiquité, alors que le Taureau figure le pouvoir générateur dans sa plus haute acception; le Lion est d'autre part l'image de la force active illimitée de l'Univers et l'Ange sa rapporte a la fécondité intellectuelle. Quant au Serpent Amanta, il correspond au Fleuve Océan de la Vie universelle dont le courant entraîne les individualités jusqu'à ce qu'elles aient conquis leur liberté en s'unissant à Brahma (le Grand Architecte).
 Page 179. — Le Carré long renfermant les symboles essentiels du grade d'Apprenti. Il se traçait jadis sur le plancher de la Loge au moment de l'ouverture des travaux et toute trace en était effacée lors de la clôture. C'était l'équivalent d'un cercle magique servant aux évocations. Les conjurateurs se figuraient que l'Esprit maçonnique était descendu au milieu d'eux, si bien que le plus humble local se trouvait transformé, par la magie du rituel et la foi des assistants, en un sanctuaire plus vénérable qu'un temple sompteux.

 



Illustrations


SUMMARY INDICATIONS ON THEIR ORIGIN
AND THEIR SYMBOLIC SCOPE

Frontispiece. - The Apprentice in front of the Rough Stone which he must rough-hew using the chisel and the mallet.
 Page 13. - Janus, as depicted in an antique medal. The lunar crescent, which surmounts the double face, brings the Latin God closer to the Greek Hermes. This is the formative influence, which is inspired by tradition (heredity), to generate what must be born.
 Page 31. - The Rebis, the double being uniting the two sexes, in reality the spiritual soul endowed with reason (Sun) and imagination (Moon). The intelligent principle dominates the animality, represented by the dragon of elemental attractions.
 Page 109. - Hercules child. The personality who wants to live must undergo the test of the currents of general life, represented by the serpents of Juno. By stabilizing these hostile forces, the germ that develops attaches them and ensures its growth.
 Page 114. - The Emblems of the Chamber of Reflection. Let us go inside ourselves, deepen, disregard external appearances, and penetrate to the skeleton of reality stripped of all seductive decor. When Saturn has thus done its work, the Rooster of Mercury will awaken our intelligence, now open to initiatory truths.

 Page 117. - The Candidate neither naked nor clothed, but in a decent state and deprived of all metals.
 Page 118. - The Trial of the Sword. The Candidate was formerly brought into the Lodge with the rope around his neck. He would have been strangled by a noose if he had tried to retreat, while he was prevented from advancing by the sharp point which pricked his chest.
 Page 120. - The Maison-Dieu. - Arcana XVI of the Tarot alludes to the chimerical enterprises which can only result in ruin and disappointment.
 Page 130. - The Fool of the Tarot. Unconsciousness, abandonment to impulses, implying absence of any real personality.
 Page 136. - Pluto. The underworld corresponds to the inner world that we carry within us. Now, the invisible is conceivable only in opposition to the visible. As the bifurcated scepter of the god indicates, one only enters the realm of esotericism by imagining what the contrasts suggest.
 Page 144. - Justice. The Arcanum VIII of the Tarot alludes to the universal law of balance which inevitably puts everything in its place.
 Page 156. - The Nordic Tri-Unity. The Scandinavians symbolized the universal Spirit by a triangle drawing a triple-sided head animated by a perpetual rotary movement.
 Page 157. - The Sphinx. The enigma of things lies in intellect (human head) and sentimentality (woman's breasts), which unite with an ox's body (weight, ability to plow the earth), lightened by eagle's wings (sublimation, spirituality) and armed with lion's claws (ardor, ferocity). This synthesis of hominality and animality corresponds to the soul of the planet, which determines destinies (justice sword).

 Page 162. - Indra. This Vedic deity corresponds to Jupiter Pluvius of the Latins. However, the celestial water that "the one who rains" drops, makes fertile, not the fields, but the intellects. It emanates from the Ocean of Supreme Wisdom, personified by Ea among the Chaldeans.
 Page 163. - The Ouroboros. The incessant circuit of universal life. The current which simultaneously creates, devours, and reconstitutes.
 Page 164. - The Winged Globe of the Egyptians. The animated matter (snakes) which volatilizes (wings) to fill the limitless immensity.
 Page 165. - Isis, goddess of mystery. She sits on the cubic stone and teaches to guess what is hidden.
 Page 166. - The World, supported by the four winds of the Spirit, supports the revealing of the Absolute which has lifted the veil of sensible appearances.
 Page 168. - The Mermaid is the great seductress who makes people love life. It attracts the beings in the agitation of the waves, where they will have to struggle without ever finding rest.
 Page 169. - Mephistopheles. Faust's tempter destroys all certainty, and forces the mind to constantly seek a truth that escapes it.
 Page 170. - The radiating Delta. The Alchemists recognized in this emblem the meeting of their three principles: Sulfur, Mercury, and Salt, which are necessarily distinguished in every being and in everything.
 Pages 173 and 174. - Wisdom, Strength and Beauty, the three pillars of Masonic construction, correspond to Arcana III, XI and XVII of the Tarot, which represent the highest theoretical intelligence, practical energy judiciously applied, and meaningful aesthetic that knows how to idealize everything.
 Page 175. - The Kabbalistic Animals of the vision of Ezekiel and of the Apocalypse are found in Hindu symbolism. The Eagle, whose gaze penetrates all things, represents ubiquity, while the Taurus represents the generating power in its highest acceptation; the Leo is, on the other hand, the image of the unlimited active force of the Universe, and the Angel relates to intellectual fertility. As for the Serpent Amanta, it corresponds to the Ocean River of Universal Life, whose current carries individuals down until they have conquered their freedom by uniting with Brahma (the Great Architect).

 Page 179. - The long square containing the essential symbols of the apprentice rank. It was once traced on the floor of the Lodge at the opening of the works and all traces were erased at the closing. It was the equivalent of a magic circle used for evocations. The conjurers imagined that the Masonic Spirit had descended among them, so that the humblest locale was transformed, by the magic of the ritual and the faith of the assistants, into a sanctuary more venerable than a sumptuous temple.



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